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« Nous avons l’impression que nous sommes à nouveau des êtres humains »

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Aider les femmes survivantes de violences dans l'Afrique des Grands Lacs

 « Nous avons l’impression que nous sommes à nouveau des êtres humains » : voici ce qu’affirme une survivante de violence sexuelle à l’hôpital Panzi situé à l’est de la RDC.  Les survivantes y arrivent avec de sérieuses blessures physiques et de profondes séquelles psychologiques. 

Certaines viennent accompagnées d’enfants qui sont de douloureux rappels du viol et du trauma qu’elles ont souffert.  Elles doivent faire face à de nombreux obstacles pour reprendre une vie normale – stigma, isolement et désespoir.  Un bon nombre d’organisations leur vient en aide, mais seulement quelques-unes sont en mesure de leur offrir la gamme complète de services requis, c’est-à-dire des soins médicaux, un soutien en matière de santé mentale, et des activités ayant trait à l’aide légale et économique.

La violence contre les femmes et les jeunes filles a atteint des proportions épidémiques dans la région des Grands Lacs. En RDC, près de trois quarts des femmes rapportent avoir été abusées sexuellement par leur mari ou partenaire une fois dans leur vie.  Au Rwanda,  presque la moitié des femmes a fait l’expérience de violence physique et sexuelle. Au Burundi, la pauvreté rampante, les inégalités hommes- femmes et les croyances socio-culturelles engendrent des taux élevés de violence conjugale. Les survivantes de violence sexuelle ont cruellement besoin de services et de soins d’urgence et à long-terme adéquats.

Les systèmes sanitaires ont un rôle critique à jouer, à la fois pour la prise en charge et le soutien aux survivantes mais aussi en vue d’un dépistage précoces des personnes à risque pour éviter de nouvelles occurrences de violence. Le soutien effectif des survivantes de violence sexuelle constitue un bon baromètre de la performance du système sanitaire compte tenu que plusieurs éléments critiques doivent être pris en compte en parallèle. Par exemple, en matière de traitement des survivantes de violences sexuelles ou basées sur le genre, le facteur temps est critique, à la fois pour empêcher les grossesses et la transmission du VIH.

 

Améliorer les services de santé et aider les victimes de violences dans l'Afrique des Grands Lacs

AMÉLIORER LES SERVICES DE SANTÉ ET AIDER LES VICTIMES DE VIOLENCES DANS L'AFRIQUE DES GRANDS LACS

Le personnel soignant doit fournir des soins de haute gamme et à titre confidentiel ; il faut que les trousses et les médicaments d’urgence soient effectivement disponibles dans les cliniques ; et il faut aussi que les services soient gratuits, sans aucun paiement effectué sous la table. Il est essentiel que les services consultatifs ainsi que d’autres services de santé mentale gagnent en prééminence car ils jouent un rôle décisif au niveau du démarrage du processus de guérison.  On observe actuellement une pénurie de personnel de santé mentale dans la région : par exemple, les provinces de Kivu en RDC ne disposent que de deux psychiatres et huit psychologues alors que la population se chiffre à plus de 20 millions de personnes.

Le renforcement des capacités des systèmes de santé dans les pays en développement en vue de traiter les survivantes de violence sexuelle aura également des répercutions bénéfiques sur d’autres femmes vulnérables qui continuent à mourir tout simplement à cause de complications pendant la grossesse et l’accouchement.  Les investissements au niveau des établissements et des ressources humaines permettront à ces pays de faire face plus efficacement à tout un éventail d’urgences médicales. Il est particulièrement crucial que les systèmes de santé fragiles et manquants de ressources adoptent des approches intégrées de fournitures de services à la fois pour les survivantes et les autres femmes vulnérables.  De même, l’amélioration de l’accès aux interventions de grand impact, y compris la planification familiale, les soins pré-natals et les accouchements en centres de santé permettront aux femmes d’être en charge de leur santé reproductive et accroîtront les chances de survie pour la mère et le nouveau-né.

Me remémorant ma visite en RDC orientale durant la phase préparatoire du projet, je revois bien clairement une femme blottie dans un coin et qui tressait un panier coloré : elle recousait doucement les fils de sa vie et pensait à un avenir meilleur.

Le projet d’urgence relatif à la violence sexuelle et basée sur le genre et la santé des femmes dans la région des Grands Lacs, qui vient d’être approuvé récemment, aidera cette femme et bon nombre d’autres survivantes à commencer à rebâtir leur vie.

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