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La désertification n’est pas une fatalité

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Avec leur endurance à toute épreuve, ces coursiers du désert sont un compagnon indispensable.
Crédit photo: Andrea Borgarello, Banque mondiale TerrAfrica.
Près de 300 millions d’Africains de l’Est et de l’Ouest vivent en zone aride et dépendent d’activités liées au milieu naturel pour survivre. Un chiffre qui pourrait atteindre 540 millions en 2030 sachant que, sous l’effet du changement climatique, les zones arides pourraient augmenter de 20 % en Afrique.

La dégradation du sol, de l’eau et des forêts ignore les frontières institutionnelles et géographiques. Les sécheresses et les inondations récurrentes aussi. Ce constat nous oblige à redoubler d’efforts pour utiliser durablement les ressources naturelles, créer des mesures d’adaptation au changement climatique et d’atténuation de ses effets et renforcer la sécurité alimentaire et hydrique.
 
Face à l’état des milieux arides, l’immobilisme n’est pas une option. Il faut au contraire multiplier les interventions, c’est-à-dire faire en sorte de restaurer les paysages et d’assurer une gestion durable des ressources naturelles, mais aussi mettre en place des filets de sécurité renforcés, des mécanismes de financement conditionnel et des moyens de subsistance alternatifs.
 
C’est précisément ce à quoi s’emploient les pays africains actuellement, en reconfirmant leurs engagements en faveur d’une restauration à grande échelle de leur milieu naturel et en mobilisant ensemble les ressources nécessaires.

Je rentre du Ghana où j’ai assisté à une conférence des 12 pays participant au programme pour le Sahel et l’Afrique de l’Ouest (SAWAP) : Bénin, Burkina Faso, Éthiopie, Ghana, Mali, Mauritanie, Niger, Nigéria, Sénégal, Soudan, Tchad et Togo. Ce programme, financé à hauteur de 1,1 milliard de dollars par la Banque mondiale, le FEM et d’autres bailleurs de fonds dans le cadre du partenariat TerrAfrica, a pour objectif de soutenir l’initiative de la Grande muraille verte de l’Union africaine, un projet d’envergure régionale visant à endiguer la désertification et la dégradation des sols.
 
Les délégués des pays du SAWAP ont passé en revue leurs avancées, partagé leurs expériences et discuté de la suite de leur action. La conférence a été l’occasion d’évoquer de multiples expériences réussies, innovations et autres pistes prometteuses rassemblées sur tout le continent. Conclusion : la résignation face à la désertification n’est pas de mise.

À travers le SAWAP, ce sont 5 894 institutions africaines qui ont renforcé leurs capacités d’adaptation, avec des retombées directes pour 14,9 millions de bénéficiaires — une mobilisation qui nous incite encore plus à agir.


En Éthiopie (a), où des programmes de restauration des terres à grande échelle sont déjà en cours, le pari de l’innovation est payant. Les autorités ont mis en place un dispositif de délivrance de certificats fonciers et de campagnes de vulgarisation agricole destiné à des jeunes sans terres en échange de la réhabilitation de terrains communaux dégradés. Cette initiative a permis de fournir des emplois et des moyens de subsistance aux jeunes, en les aidant à gagner leur autonomie et en leur offrant une alternative à la migration. Elle a aussi permis de diversifier et rééquilibrer les usages concurrents des terres et d’améliorer la résistance des zones productives au changement climatique. Plus de 740 groupes de jeunes, représentant plus de 15 000 personnes dont 40 % de femmes, en ont bénéficié et, à condition de disposer des financements appropriés, 100 000 jeunes sans terres pourraient en profiter.
 
Au Ghana, une série de projets de la Banque mondiale axés sur la gestion durable des terres a développé une approche en trois phases, qui ont permis d’étendre progressivement la portée des interventions. Il s’agissait de relier des habitats fragmentés dans des aires protégées, des réserves forestières, des zones boisées, des paysages agroforestiers, des pâturages et des terres de culture. À ce jour, plus de 14 000 usagers des sols ont adopté des mesures de conservation dans 150 collectivités.

Au Burkina Faso, un projet de gestion intégrée des écosystèmes des plaines et des basses-terres a été l’un des premiers à introduire la notion de biodiversité dans des paysages productifs. Pour les 180 villages concernés, cela a créé une dynamique communautaire en faveur de la gestion durable des ressources naturelles au niveau des micro-bassins versants, grâce à des incitations, la mise en place d’un cadre d’investissement et des systèmes valorisant le savoir-faire individuel et collectif.

Renforcer la dynamique
 
La rencontre avec les pays du SAWAP a bien souligné la nécessité de redoubler d’efforts pour entretenir la dynamique, démultiplier les expériences réussies et affronter les nouveaux défis climatiques. À travers son « business plan » pour le climat en Afrique, la Banque mondiale s’est donné un instrument de mobilisation rapide de l’aide en faveur de la résilience du continent. L’un des piliers du plan (les investissements dans des paysages à l’épreuve des chocs climatiques) prévoit de mobiliser 755 millions de dollars dans ce but d’ici 2024.

La transformation des terres arides d’Afrique est possible, mais elle passe par une vision à l’échelle de tout le continent, des engagements solides, de larges partenariats et des financements à la hauteur des enjeux. Sans réhabilitation du milieu naturel et renforcement de la résistance des écosystèmes dont les populations dépendent pour manger, boire et se protéger, l’évolution des moyens de subsistance sera impossible.

Les Objectifs de développement durable des Nations Unies, l’Accord de Paris sur le climat, la mobilisation de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (a), l’Initiative africaine des paysages résilients (ARLI), l’Initiative pour la restauration des paysages forestiers en Afrique (a) et la déclaration de Windhoek sur la résistance à la sécheresse (a) nous rappellent tous que la collaboration est notre seule chance de succès.