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Antananarivo : une ville pour qui ?

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Photo: Michel Matera/Banque mondiale


L’aménagement urbain est un enjeu majeur, aussi bien pour des villes anciennes comme Rome, Le Caire ou Athènes, que modernes comme New York ou Singapour. Il permet de gérer la vie collective et occupe une place essentielle dans le « contrat » qui définit comment et pourquoi des habitants souhaitent habiter le même espace.
 
Madagascar connaît une urbanisation galopante. Sur une population totale de 24,8 millions d’habitants (2016), le pays compte aujourd’hui près de 7 millions de citadins, contre 2,8 millions en 1993. Ses villes génèrent environ les trois quarts du produit intérieur brut (PIB) national, et la capitale, Antananarivo, plus de 50 %.

Depuis 2003, le bâti a augmenté de 50 % dans la capitale malgache, sous l’effet combiné de la croissance démographique, de l’exode rural et de la migration interurbaine, essentiellement entre les villes secondaires et l’agglomération d’Antananarivo. Mais l’absence d’emplois y a entraîné une concentration de la pauvreté, dont le taux dépasse 66 %, contre environ 51 % au niveau national.
 
Les ménages les plus pauvres vivent dans des zones qui bénéficient de très peu de services et où les logements sont souvent précaires. La moitié de ce bâti est situé sur des terrains inondables. Les habitants sont généralement des ouvriers non qualifiés aux revenus très faibles et dont les rares opportunités économiques contribuent à la dégradation de leur cadre de vie, car ils ne gagnent pas suffisamment d’argent pour entretenir leur logement.
 
Dans le cadre de la préparation du projet de résilience et de développement urbains intégrés dans l’agglomération d’Antananarivo, nous avons effectué de nombreuses visites dans les bidonvilles et implantations sauvages de la capitale malgache. Nous avons pu constater le profond fossé séparant ces quartiers et la ville, bien qu’ils soient situés en plein cœur de celle-ci. Ce fossé est d’ordre économique et culturel, et concerne aussi l’accessibilité. Les habitants de ces quartiers n’ont pas de sentiment d’appartenance à la ville.
 
Cette précarité est à l’origine d’autres problèmes, dont notamment la montée de la délinquance et de la violence.
 

Photo: Michel Matera/Banque mondiale

 Un schéma directeur d’aménagement urbain pour l’agglomération d’Antananarivo
 
En 2016, la Banque mondiale a commencé à préparer le projet de résilience et de développement urbains intégrés dans l’agglomération d’Antananarivo. Cette opération venait s’ajouter au nouveau projet de modernisation urbaine de l’Agence française de développement et au plan directeur urbain de l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA). Après une longue période de désengagement international dans le secteur urbain de Madagascar, l’ensemble de ces projets permettait de repenser les enjeux urbains et de mieux planifier la croissance des villes.
 
Antananarivo : une ville pour qui ? C’est la grande question soulevée par ces nouveaux plans.

  • Une ville pour tous : les citadins n’ont pas tous le même mode de vie, occupent leur temps différemment et vivent la ville de manières différentes. Planifier le développement d’une ville aujourd’hui, c’est veiller à ce qu’il n’y ait pas d’exclus.
  • Une ville pour tisser des liens : l’une des meilleures façons de faire sortir les individus de la pauvreté consiste à faciliter la mobilité et l’accessibilité. Les habitants de l’agglomération d’Antananarivo s’installent dans des zones inondables afin de pouvoir accéder aux emplois. Cette connectivité économique doit s’accompagner d’une connectivité sociale. La vie communautaire imprègne la culture et la tradition malgaches, en particulier pour les personnes issues d’un environnement rural, où les liens communautaires jouent un rôle fondamental dans les relations humaines et la vie socio-politique. Lorsque l’on a une vision commune d’un espace commun, on crée des lieux qui favorisent les relations et le sentiment d’appartenance.
  • Des logements pour tous : l’élaboration d’un schéma directeur d’aménagement urbain doit intégrer une politique du logement inclusive, afin que tous les ménages puissent obtenir un logement décent, y compris les plus pauvres.
  • Un souci esthétique pour faire en sorte que les habitants s’approprient les espaces qu’ils habitent : Il se peut que nous ayons des goûts différents, mais nous avons en commun le plaisir d’habiter un espace que nous aimons. Transposer une vision esthétique dans le développement d’une ville favorise le sentiment d’appartenance et incite les habitants à prendre soin de cet espace et à l’améliorer.

Toutefois, pour y parvenir, il est indispensable de comprendre les besoins des différents acteurs, en les associant pleinement aux décisions, et de proposer des solutions qui s’appuient sur les meilleures pratiques et sont adaptées à la situation de Madagascar.