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De l’or vert au Gabon ?

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Gold panning in LTTC-Mandra forest concession © Program on Forests

  • « Les orpailleurs sont pauvres et exploités, soumis à des conditions de travail insupportables. Il faut leur redonner leur dignité. »
  • « Les orpailleurs sont des braconniers d’éléphants qui saccagent l’environnement. Expulsons-les ! »
  • « Les orpailleurs sont de petits entrepreneurs prospères. Ils méritent d’être soutenus et encouragés. »
  • « L’activité des orpailleurs est inefficace sur le plan économique. Il faut les remplacer par de grandes compagnies d’exploitation. »
  • « L’activité des orpailleurs est illégale et ne participe pas à la richesse du pays. Elle doit être déclarée et encadrée. »

Voilà un aperçu des opinions que j’ai entendues de la bouche de divers hauts fonctionnaires, défenseurs de l'environnement et entrepreneurs au Gabon, au sujet de l’orpaillage. Elles sont révélatrices de la perception largement négative de cette activité, au Gabon comme ailleurs. L’exploitation minière artisanale à petite échelle est une force sur laquelle il faut compter : elle concerne plus de 80 pays et représente environ 10 % de la production mondiale de l’or et 80 % des pierres précieuses de couleur. Loin d’être sur le déclin, ce secteur est en pleine croissance et représente une menace importante pour la biodiversité et l’intégrité des zones protégées, dont les forêts.

Pourtant, concilier impératifs économiques et moyens de subsistance avec les objectifs environnementaux n’est pas impossible. C’est même indispensable. Guidé par ce principe, le Projet sur l’exploitation minière artisanale et à petite échelle dans les zones protégées et les écosystèmes critiques (ASM-PACE) a eu deux préoccupations : la survie économique des mineurs et des populations rurales et la viabilité des ressources environnementales. Le projet ASM-PACE bénéficie du soutien du Programme pour les forêts (PROFOR) piloté par la Banque mondiale, en partenariat avec le WWF, Estelle Levin Ltd. et The Tiffany and Co. Foundation. Il a produit plusieurs rapports sur la base d’études documentaires et de terrain, dont un travail approfondi sur l’exploitation minière artisanale au Gabon.

C’est une évidence : le Gabon offre des opportunités significatives pour une croissance verte et inclusive. Il se place en tête des pays d’Afrique pour l’importance de son couvert forestier (environ 80 % de son territoire). Ses forêts vierges ont attiré l’attention d’organisations de préservation de l’environnement à l’échelle mondiale, à tel point que le pays a été surnommé le « cœur vert de l’Afrique ». Le pays dispose également de ressources aurifères importantes. Certains gisements sont situés à l’intérieur de zones protégées, de zones tampons et/ou dans des zones périphériques, considérées comme essentielles sur le plan écologique pour la préservation des zones protégées.

Une exploitation minière responsable

Depuis 2009, le prix élevé de l'or a entraîné une arrivée massive d’orpailleurs, venus en majorité de pays d’Afrique de l’Ouest (d’aussi loin que le Burkina Faso) prospecter dans le parc national de Minkébé, à la frontière entre le Gabon et le Cameroun. Un entremêlement de faits, de chiffres, de rumeurs et de craintes sur leur participation à des activités illégales (trafic d'ivoire, commerce d'armes...) a conduit les autorités à procéder en mai 2011 à l'expulsion de quelque 5 000 mineurs. Après avoir exprimé leur satisfaction, les organisations de défense de l’environnement du pays ont vite réalisé qu’une fois les soldats partis, les orpailleurs reviendraient… L’occupation du site par l’armée est en effet essentielle pour déloger les prospecteurs, attirés par des gisements d’or avérés et lucratifs. Cependant, ce scénario n’est guère tenable à long terme : le coût d’une telle présence militaire dépasse de très loin le budget consacré à la préservation de l'environnement, voire celui des activités extractives.

Voilà pourquoi les responsables politiques gabonais se demandent comment le pays pourrait exploiter ses réserves aurifères sans nuire à la biodiversité du Parc national de Minkébé. La meilleure solution semble être la réglementation des pratiques des orpailleurs, pour les sensibiliser davantage aux enjeux écologiques et sociaux. L’étude ASM-PACE pour le Gabon plaide largement pour une approche pragmatique qui suivrait cette voie.

Il y a de bonnes raisons d'être optimiste :

  • Les consommateurs sont de plus en plus soucieux de la manière dont les ressources minières sont exploitées et de la nécessité d’une exploitation responsable.
  • L'exploitation responsable des ressources minières s’inscrit dans l'ambition du gouvernement pour un « Gabon vert ».
  • Les orpailleurs gabonais n’utilisent pas de mercure, un atout considérable qui rend l’exploitation aurifère beaucoup moins polluante.

La majorité des orpailleurs semble également vouloir que leur activité soit reconnue et officialisée. Par ailleurs, en leur conférant des responsabilités environnementales et en les considérant comme les gardiens de parcs et de territoires précieux, on pourrait mieux lutter contre le fléau du braconnage des éléphants dans la région.

Un haut responsable du gouvernement me confiait dernièrement le rêve qu’il nourrit pour le futur : voir des adeptes de l’écotourisme acheter des gorilles en or miniatures au Gabon, avec la garantie d’une exploitation minière respectueuse de l'environnement. Pour que ce rêve se concrétise, il faut que les parties concernées au gouvernement décident d’objectifs communs et donnent tous les moyens nécessaires au personnel sur le terrain, afin que l’orpaillage soit une opportunité et un moteur au service du développement rural, et non un désastre écologique général.


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Commentaires

Soumis par Jean-Pierre Van Erps le

L'or vert au Gabon, c'est réalisable! Une "Afri-Euro" équipe d'ingénieurs ont mis au point une exploitation écologique des gisements aurifères de la République Centrafricaine. Avec un programme agricole durable consistant en la reconversion des sites miniers d'or en nouvelles cultures biologiques. Cette équipe est disponible en ce moment. Merci de me contacter : Jean-Pierre Van Erps, jp.vanerps@hotmail.com

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