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Le riz, source d’opportunités en Côte d’Ivoire n°1 : agriculteurs et meuniers montrent la voie.

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Zié Coulibaly, directeur du moulin à riz de Katiola, dans la région du Hambol, Côte d’Ivoire. Photo : Raphaela Karlen/Banque mondiale

À l’heure de la récolte du riz dans la région du Hambol, au centre de la Côte d’Ivoire, Sali Soro veille à ce que cette importante journée se déroule sans accroc. Membre de la Coop-CA Hambol (une coopérative régionale de riziculteurs des plaines de Lopé), Sali est parvenue à louer l’une des rares batteuses disponibles dans la région. Les ouvriers ont apporté la machine sur sa parcelle au petit matin et le ronronnement de la batteuse résonne depuis lors.

À la fin de la journée, Sali apportera le riz paddy récolté au moulin voisin, dans la petite ville de Katiola. Elle le connaît bien : en effet, tout au long du cycle de production, c’est par l’intermédiaire de ce moulin que Sali a non seulement reçu des semences et des engrais, mais aussi des conseils en agronomie personnalisés de la part d’un agent de vulgarisation. 

Ces apports, Sali les remboursera en nature, en vendant son riz paddy au moulin – comme elle en avait convenue par contrat, au début de la saison. De plus, lorsqu’elle apporte sa récolte, Sali espère se voir payer sur place toute quantité de riz qui dépasserait la valeur des apports qu’elle a reçus du directeur du moulin.

Pour les agriculteurs ruraux, l’argent liquide est roi

Cette promesse n’est pas toujours facile à tenir. L’un des principaux défis auxquels sont confrontés les moulins ivoiriens consiste à pouvoir payer le riz paddy aux agriculteurs comme Sali, au moment de la récolte.

En effet, la plupart des moulins locaux ne commencent à traiter le riz paddy que lorsqu’ils ont une demande immédiate de riz blanc de la part d’un distributeur. Or, les moulins comme Katiola ne sont habituellement pas payés avant que le distributeur ait vendu sur le marché le riz transformé, une transaction qui peut prendre jusqu’à 2 mois.

Les contraintes de liquidité qui en résultent posent un double problème aux moulins ne disposant que d’un fonds de roulement restreint : ils rencontrent non seulement des difficultés pour payer les agriculteurs au moment de la récolte, mais cela les empêche aussi d’acheter de plus grands volumes de riz paddy qui leur donneraient accès à des marchés plus importants et plus profitables en zones urbaines.

Ainsi, selon le directeur du moulin Katiola, Zié Coulibaly, les principaux concurrents pour le riz paddy ne sont pas d’autres meuniers de la région, mais des négociants venus de Bouaké, à plus de 50 kilomètres au sud. Ces négociants arrivent avec de grandes quantités d’argent liquide et, bien qu’ils offrent des prix bien inférieurs à ceux proposés par les moulins locaux, les agriculteurs ayant un besoin immédiat d’argent pour joindre les deux bouts sont tentés de vendre.

En conséquence, ils ne remboursent pas le moulin pour l’engrais, les semences et les autres apports reçus. De plus, en raison des difficultés qu’ils rencontrent pour accéder aux intrants agricoles et du fait des bas prix qu’ils touchent pour leur production, les petits exploitants sont découragés de cultiver du riz. Ce qui se ressent.

Au cours des vingt dernières années, la Côte d’Ivoire a dû importer plus de la moitié de sa demande croissante en riz. Dans le même temps, il existe un très fort potentiel pour les moulins à riz locaux d’accéder à de nouveaux marchés, en particulier en zone urbaine, où les consommateurs préfèrent le riz local mais sont contraints d’acheter principalement des variétés d’importation.  

On ne peut pas s’en sortir seul

Les défis que rencontrent les différents acteurs de la chaîne de valeur du riz en Côte d’Ivoire sont certes différents, mais ils sont aussi interconnectés. Comment faire pour lever ces contraintes et permettre à la chaîne d’atteindre son plein potentiel et de contribuer à la réduction de la pauvreté à travers des emplois plus nombreux et de meilleure qualité ?

Notre travail dans des contextes similaires nous a donné des idées. Une approche intégrée, offrant des réponses à plusieurs contraintes à la fois est essentielle. Rendez-vous pour notre prochain blog pour en savoir plus !

Ce billet est le premier d’une série de blogs analysant les raisons et les moyens de développer la chaîne de valeur du riz afin d’améliorer les opportunités d’emploi pour les populations rurales de Côte d’Ivoire. Il s’appuie sur la recherche, sur des consultations approfondies avec les acteurs publics et privés de la chaîne de valeur du riz, ainsi que sur des visites de terrain en Côte d’Ivoire

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