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Paris Léona, une communauté au cœur du développement

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© Dasan Bobo / Banque mondiale

Le développement économique d’un pays ne se mesure pas uniquement à la taille d’une nouvelle route, ou au nombre d’usines, de centrales électriques et de ports construits. C’est aussi la somme d'histoires individuelles. Cette série de blogs publiée par le Groupe de la Banque mondiale, en partenariat avec Fraternité Matin et la bloggeuse Edith Brou, raconte l’histoire de ces héros ordinaires qui contribuent chaque jour au développement de leur communauté et dont la vie a changé grâce à un projet de l’institution.

Pour préparer du Kabato, il fallait beaucoup souffrir », explique Salimata Koné, habitante du village de Paris Léona situé à environ 500 km au nord-ouest d’Abidjan. Habituellement, les femmes du village devaient s’époumoner avec des pilons et des mortiers pour obtenir cette semoule de maïs qui nourrissait l’ensemble de la famille. Ces efforts laborieux ont cessé le jour où Salimata Koné et d’autres femmes du village ont été associées aux discussions budgétaires menées par le chef du village. Elles ont ainsi pu placer l’acquisition d’un moulin en tête des priorités de leur communauté. Depuis, la vie est beaucoup plus facile.

Cet exemple parmi tant d’autres, illustre l’avantage des mécanismes de participation citoyenne dans les prises de décisions en milieu rural. Cette approche de développement participatif (community driven development) a été placée au cœur du Projet d’Assistance Post-Conflit (PAPC) mis en œuvre de 2007 à 2016 et financé par la Banque mondiale. Le PAPC a non seulement aidé de nombreuses communes ivoiriennes à mieux se gérer pendant les sombres heures de la crise politique, mais il a aussi posé les jalons nécessaires à la prise de parole de l’ensemble des membres de la communauté, dans le processus de décision et de gestion des affaires locales.

Cette approche participative se base sur le « principe de subsidiarité » prôné par James Buchanan, prix Nobel d'économie en 1986. Celui-ci a démontré qu’il est généralement plus efficace d’inclure les principaux intéressés dans les prises de décisions et la mise en œuvre de projets, car ces derniers connaissent mieux leurs besoins. De par leur proximité, ils sont aussi mieux positionnés pour contrôler et, le cas échéant, sanctionner leurs dirigeants politiques. Afin d’optimiser l’utilisation des fonds publics, cette approche a permis de dépenser efficacement les ressources limitées du projet et de répondre réellement aux besoins prioritaires des citoyens. Autre objectif : renforcer leurs capacités en les rendant acteurs du développement de leur localité, plutôt que simples bénéficiaires. Dans le contexte politique tourmenté qu’a connu la Cote d’Ivoire, cette approche prend également tout son sens car elle permet de lutter contre les replis identitaires et de renforcer la cohésion sociale.

À Paris Léona, comme dans de nombreux autres villages, le PAPC a joué ce double rôle de développement économique local et de ciment social au sein de la communauté. Ce qui frappe le visiteur de prime abord, c’est la rapidité avec laquelle les habitants ont appris à s’organiser. Les séances de discussions avec l’équipe du projet ont toujours été empreintes de convivialité, avec une bonne dose d’humour et de plaisanterie entre les jeunes et leurs aînés. Après des mois de suspicions et de méfiance, les habitants ont réappris le sens du vivre ensemble sous l’égide de Kei Diei, le chef du village.

Néanmoins, et votre avis nous intéresse, certaines questions peuvent être soulevées:

  • L’approche communautaire ne se heurte-t-elle pas au manque de capacité financière et techniques des dirigeants et populations locales ?
  • Dans quelle mesure cette approche permet-elle de mieux contrôler la corruption et la lutte d’influence, car celles-ci existent aussi au niveau local ?

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