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Éthiopie : la technologie au service du climat

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Le nouveau Centre éthiopien d’innovation pour le climat (CIC) est inauguré cette semaine, avec l’appui de la Banque mondiale. Ce centre, qui fait partie d’un réseau mondial placé sous l’égide du programme technologie et climat d’InfoDev, est destiné à soutenir les initiatives locales pour répondre aux enjeux climatiques, en leur fournissant un encadrement, des financements, un accès au marché et des orientations stratégiques.

« Des technologies climatiques ? En Éthiopie ? » Regards perplexes, sourcils froncés : mes amis et collègues ont tendance à associer les mots « climat » et « cleantech » plus à la Silicon Valley qu’à la vallée du grand rift… Alors je leur explique que l’Éthiopie, ce sont 90 millions de consommateurs et des ressources naturelles abondantes : des terres fertiles, des fleuves qui alimentent le delta du Nil et un fort ensoleillement. Plus un taux de croissance à deux chiffres et une diaspora active qui retourne en Éthiopie pour y investir. De quoi provoquer généralement des hochements de tête intéressés.

C’est là que j’enchaîne en citant des exemples d’entreprises éthiopiennes déjà engagées dans le développement de technologies d’atténuation du changement climatique. African Bamboo, par exemple, qui a pour projet d’exporter des parquets en bois issus de sources durables vers l’Union européenne ou d’autres marchés. Ou dVentus Technologies, qui a doté le pays de compteurs intelligents et d’éoliennes, et travaille aujourd’hui à la conception de véhicules électriques adaptés au marché local (à savoir, bon marché et utilisables sur les routes en terre). Sans parler de tous les entrepreneurs en quête du fourneau économique capable de cuire à la perfection l’injera (la crêpe nationale) sans bois ni charbon.

Et j'en profite pour mentionner le concours de « faisabilité » organisé par le CIC-Éthiopie, auquel 190 entrepreneurs ont participé et à l’issue duquel vingt entrepreneurs ont été retenus. Ces derniers pourront présenter leurs produits et leur activité à des investisseurs à l’occasion du lancement du CIC le 27 mars. Alors, finalement, le scepticisme initial laisse place à un certain enthousiasme !

Alors que l’Éthiopie a réaffirmé son choix d’une croissance écologique, dans le cadre de sa stratégie pour une économie verte et résiliente face au changement climatique, le CIC soutient les efforts menés par le gouvernement pour développer l’économie locale en recourant à des investissements respectueux de l’environnement.



En un mot, il existe un vrai marché pour ces entreprises, et leur existence est capitale : les prévisions en matière de changement climatique exigent en effet des avancées majeures dans la production agricole de l’Éthiopie et son économie en général. Les systèmes de micro-irrigation solaire, au goutte-à-goutte, peuvent être d’un grand secours aux agriculteurs, en cas de pluviométrie réduite ou de variabilité des températures. Les petites centrales hydroélectriques et les technologies de filtrage de l’eau peuvent pallier le déficit d’accès à l’énergie et répondre aux besoins en eau potable.

Ne vous méprenez pas : les entrepreneurs éthiopiens évoluent dans un écosystème qui n’en est qu’à ses balbutiements. Les esprits sont encore fortement marqués par l’ancien modèle de la planification centralisée. Les lois sur l’investissement sont encore en cours de modernisation, comme en témoigne l’actuelle révision du code de commerce. Quant aux possibilités de financement pour des projets technologiques risqués, elles sont pratiquement inexistantes.

Ce sont autant de difficultés auquel le CIC-Éthiopie devra faire face quand il commencera à travailler avec les chefs d’entreprise locaux. Avec un financement de 15,9 millions de dollars, son plan de développement offre une vue approfondie du marché et détaille les prestations fournies aux entrepreneurs, toujours plus nombreux à soumettre des projets technologiques sobres et viables. Si l’on en croit les prévisions du plan d’activités, le CIC générera 12 000 emplois, permettra d’éviter l’émission d’un million de tonnes de CO2, augmentera les rendements agricoles de 120 000 exploitations et fournira un accès à l’énergie à 265 000 personnes.

Le marché des technologies vertes en Éthiopie émerge à peine et les entrepreneurs innovants n’en sont qu’à leurs débuts. Mais le développement de solutions technologiques locales offrira à ce pays la possibilité de renforcer sa résilience aux aléas climatiques tout en favorisant une économie viable, ce qui consiste l’objectif même d’une croissance verte. Voilà pourquoi ces projets méritent toute notre attention. Je compte donc sur vos clins d’œil entendus la prochaine fois que vous m’entendrez parler de cleantech et autres éco-innovations en Éthiopie…

 

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