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Togo : remettre l’agriculture sur pied pour sortir les ménages ruraux de la pauvreté

Joelle Businger's picture
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Komlan Souley dans son champ de riz, qui s’étend sur trois hectares. Au Togo, les petits producteurs représentent la majorité du secteur rizicole. © Erick Kaglan


En cette chaude journée de mi-octobre, nous nous rendons en voiture à quelque 90 kilomètres de Lomé, quittant l’agitation de la capitale du Togo pour aller à la rencontre de petits agriculteurs.

Plus de la moitié de la population togolaise, estimée à 7 millions d’habitants, travaille dans l’agriculture qui, ces cinq dernières années, a assuré pratiquement 30 % de l’activité économique. Malgré l’essor rapide des zones urbaines, surtout autour de Lomé, près de 60 % des Togolais vivent toujours à la campagne et plus de 65 % des ménages ruraux (environ 2,8 millions sur un total de 4,2 millions) sont pauvres. Pour tenter de remédier à l’incidence élevée de la pauvreté en milieu rural — en 2015, la plupart des 55 % de ménages vivant sous le seuil de pauvreté étaient des ruraux — la Banque mondiale et le Programme mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire (GAFSP), un fonds fiduciaire multidonateurs établi en 2010 dans le but d’améliorer la sécurité alimentaire dans les pays les plus pauvres de la planète ont financé le Projet d’appui au secteur agricole (PASA) pour aider 14 000 petits exploitants agricoles et 3 300 éleveurs à améliorer leurs niveaux de vie et offrir un avenir meilleur à leurs familles.

Au cours de la préparation de notre nouveau cadre de partenariat avec le Togo, il nous semblait indispensable d’aller sur le terrain pour comprendre les difficultés et les contraintes que rencontrent ces agriculteurs et réfléchir à des moyens plus efficaces pour les sortir de la précarité. C’est ainsi que nous avons retrouvé Komlan Souley à Fofokopé. Ce riziculteur nous a raconté comment l’aide obtenue dans le cadre du projet lui avait permis d’améliorer ses techniques agricoles et, d’augmenter ainsi sensiblement ses revenus. Grâce à cet appui financier, il a pu construire une maison, nourrir et habiller ses enfants et les envoyer à l’école. D’ailleurs, l’une de ses grandes fiertés est d’avoir vu l’un de ses fils, âgé de 17 ans, finir ses études secondaires et décrocher son baccalauréat.

Les producteurs de riz comme Komla Souley, mais également ceux qui cultivent du soja, du manioc et du maïs, bénéficient en général du PASA par l’intermédiaire d’entreprises de services et organisations de producteurs (ESOP), sortes de coopératives mises en place par le projet pour coordonner les producteurs et les aider à accéder aux intrants (semences et engrais), améliorer leur productivité et la qualité de leurs récoltes et, surtout, écouler leurs produits à un prix supérieur à celui qu’ils obtiendraient en les commercialisant individuellement. Chacune des 20 ESOP du pays est dirigée Entreprises, territoires et développement (ETD), une organisation non gouvernementale locale qui coordonne les membres de la coopérative. Elle les aide également à épargner en commun pour financer les intrants, le matériel et les équipements nécessaires à leur activité mais également des activités de démarrage. Le projet ne couvre pas les investissements dans les infrastructures (systèmes d’irrigation par exemple), en dépit d’un besoin vital d’améliorer l’irrigation dans un pays où l’agriculture est avant tout pluviale et fragilisée par le changement climatique qui rend les saisons des pluies de plus en plus imprévisibles.

Renforcer les capacités et restructurer le secteur agricole

Au moment du réengagement de la Banque mondiale au Togo en 2008, après six ans de suspension de ses décaissements en raison d’arriérés, et près de quinze ans de retrait des bailleurs de fonds suite à la crise politique, le pays sortait d’une période d’isolement qui a laissé des marques profondes dans sa société, son économie et son état général.

« Dans l’agriculture, nous avons commencé par consolider les capacités, réorganiser et restructurer le secteur », explique Ayao Midekor, coordonnateur délégué du PASA. « Le projet cherchait alors surtout à apporter une réponse d’urgence, de transition. Aujourd’hui, nous devons nous orienter vers une réponse plus durable et globale pour faire en sorte que le modèle des ESOP puisse perdurer après la clôture du projet mais également pour investir dans les infrastructures, y compris les systèmes d’irrigation », précise-t-il.

Lors des consultations organisées par la Banque mondiale au Togo pour établir un diagnostic systématique de la situation économique et sociale, la maîtrise des ressources en eau était l’une des revendications les plus fréquentes des communautés agricoles lorsqu’on les interrogeait sur les moyens d’améliorer leur quotidien. D’autres facteurs clés ont également été cités pour améliorer la performance et les débouchés des exploitants togolais et de l’agriculture du pays. Parmi eux, un meilleur accès aux financements, la mécanisation de l’agriculture (qui emploi énormément de main-d’œuvre), des assurances pour les agriculteurs, des services énergétiques, des pistes rurales et d’autres services de base.

Malgré les conditions naturelles avantageuses dont jouit l’agriculture togolaise par rapport à d’autres pays, le secteur ne parvient pas à accroître sa productivité et à se diversifier avec des produits à plus forte valeur ajoutée, ce qui limite la croissance économique du pays. L’absence de politiques publiques efficaces pour distribuer des intrants aux agriculteurs mais également pour améliorer l’accès aux marchés, fait partie des principaux freins au développement de l’agriculture. Cela explique aussi le manque d’investissements ainsi que la faiblesse de la productivité et des revenus agricoles. Sans oublier la fiscalité qui pèse sur les activités et la chaîne de valeur agricoles, entravant encore plus l’essor d’une agriculture commerciale à grande échelle et l’accès des petits exploitants aux intrants et aux marchés. Si des agriculteurs comme Komla Souley échapperont probablement à la fiscalité directe, les impôts prélevés sur les acheteurs, les stockeurs, les exportateurs ou les transformateurs risquent, s’ils sont effectivement acquittés, de réduire les revenus des producteurs. Dans le même temps, pratiquement la moitié des 3,4 millions d’hectares de terres arables du pays sont en jachère.

Pendant nos échanges sur la préparation de notre nouveau cadre de partenariat avec le Togo, nous avons pu confirmer la volonté de la Banque mondiale de réfléchir à une forme de soutien plus durable pour assurer le développement du secteur agricole. Ce cadre de partenariat sera la première stratégie de moyen terme en faveur du Togo depuis 2008. Elle devrait permettre d’arrêter d’avoir une approche d’urgence pour privilégier des investissements de plus long terme. C’est de cette manière que nous aiderons le Togo à faire enfin reculer la pauvreté en levant les entraves à la productivité agricole et à la transformation du secteur.

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