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Un équilibre délicat : comment la République du Congo peut-elle mettre durablement ses ressources forestières au service de son développement ?

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Ce billet est le deuxième d’une série (a) consacrée aux forêts et aux moyens de subsistance qui en dépendent en Afrique.

En passant par la Sangha et la Likouala, dans le nord de la République du Congo, on ne peut qu’être émerveillé par l’immensité de la forêt tropicale. Cette région, dont la taille est presque celle de la Grèce, fait partie du bassin du Congo, l’une des plus importantes étendues de nature vierge qui subsistent encore.

Si elles sont un lien économique vital pour les 306 000 habitants de ces deux départements, les routes que l’on parcourt sont le signe d’une nouvelle tendance contre laquelle la région avait longtemps été protégée : la déforestation et la dégradation des forêts. Bien que faibles par rapport aux moyennes internationales, ces phénomènes s’intensifient depuis quelques années.

Même si l’agriculture industrielle, les routes construites pour les activités forestières et l’exploitation minière contribuent au déboisement et à la dégradation des forêts, le facteur le plus inquiétant, et étroitement lié à la pauvreté, est le développement de l’agriculture sur brûlis, à laquelle recourt une population de plus en plus nombreuse, qui n’a guère d’autre solution pour assurer sa subsistance.

En République du Congo, le taux de déforestation a toujours été faible, mais il risque d’augmenter à mesure que le pays essaie de développer cette zone reculée et que sa démographie progresse environ de 3 % par an. Bien que les forêts constituent la deuxième source de devises du pays après le pétrole, leur part dans l’économie nationale demeure relativement modeste. Elles stockent en outre des quantités importantes de carbone, et peuvent également générer à ce titre des revenus pour le développement. Lorsque les forêts sont abattues, brûlées et converties à d’autres fins, ce carbone est libéré sous forme de gaz à effet de serre qui aggrave le changement climatique. 

Le pays a légitimement besoin de se développer afin de réduire la grande pauvreté dans laquelle vivent la plupart des 575 000 personnes qui dépendant des forêts, en particulier dans les régions reculées, et d’exploiter ses vastes ressources forestières. Mais comment allier développement et préservation des forêts, car c’est d’elles que dépendent la qualité de l’environnement, les moyens de subsistance des populations et l’atténuation du changement climatique ?

En 2008, la République du Congo a adhéré au programme de réduction des émissions issues de la déforestation et de la dégradation des forêts (REDD+) dans le but de « verdir » sa trajectoire de développement. Placé sous l’égide de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, le programme REDD+ encourage les pays en développement, par des incitations financières, à lutter contre la déforestation et la dégradation des forêts et à améliorer la conservation, la gestion durable des forêts et les stocks de carbone forestier.

Les versements reçus au titre du programme REDD+ peuvent aider le Congo à passer à une économie durable moins dominée par le pétrole, tout en préservant ses ressources naturelles. Cette initiative permet au pays d’utiliser ses forêts pour fournir de services écosystémiques au monde entier, en particulier en matière de biodiversité et de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Un documentaire intitulé REDD+ Republic of Congo: Engaging People in Sustainable Forest Management and Bringing Community Benefits illustre ces efforts. Il a été produit dans le cadre d’une série de vidéos financée par l’équipe Environnement et ressources naturelles de la Banque mondiale spécialisée sur l’Afrique. Ces vidéos montrent les conséquences humaines de la déforestation et les transformations opérées sur le terrain par un programme REDD+ ambitieux et transversal. Ici, c’est l’histoire des habitants de Sangha et Likouala qui est mise en images, avec leurs difficultés, mais aussi leurs réussites et leurs espoirs pour l’avenir.

Les actions menées par les autorités congolaises dans le cadre du programme REDD+ reposent en grande partie sur des plans de gestion participative simples destinés aux communautés. Cette démarche consiste à aider les agriculteurs à introduire des systèmes agroforestiers durables dans les zones dégradées. Elle leur donne accès à des intrants, à du savoir-faire, à des financements et à des marchés afin qu’ils puissent produire à la fois des cultures vivrières et de subsistance sur une superficie plus petite que la culture sur brûlis qu’ils pratiquent actuellement. Bien que l’accent soit mis sur le cacao, les exploitants peuvent choisir parmi plusieurs cultures : manioc amélioré, banane, arbres fruitiers et palmier à huile. Conjuguée à des versements individuels et collectifs en échange des services écosystémiques fournis, cette approche devrait relever et diversifier les revenus des ménages, améliorer la sécurité alimentaire et réduire le taux de déforestation.

La République du Congo lutte contre la déforestation en utilisant stratégiquement les financements provenant de diverses sources : Programme d’investissement forestier (FIP), Fonds pour l’environnement mondial, Association internationale de développement, Agence française de développement et Programme des Nations Unies pour le développement.

Ce documentaire fait partie d’une série de vidéos consacrée aux pays qui agissent activement pour la préservation de la forêt et des moyens de subsistance des communautés forestières dans le cadre du programme REDD+ : Burkina Faso, République démocratique du Congo, Ghana (a), Libéria et Mozambique.


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