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Acteurs publics, acteurs privés et organisations internationales, tous appellent à une révolution des données

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Comment faire pour que, par défaut, toutes les données publiques soient libres d’accès ? Pour que, dans les pays en développement, les autorités se rapprochent des acteurs privés afin de trouver de nouvelles sources de données à exploiter ? Pour que, au niveau des organisations publiques et privées, l’effort porte sur une amélioration de la collecte des données, en particulier dans les pays en développement ?

Voici quelques-unes des questions abordées lors des Réunions de printemps de la Banque mondiale, à l’occasion de l’événement intitulé « La révolution des données » et au cours d’une session de discussion organisée avec des représentants du secteur privé. Comme certains observateurs l’ont souligné, le problème n’est pas toujours lié à la liberté d’accès aux données mais à leur existence même. Des données ne sont véritablement « ouvertes » que si elles sont accessibles, librement utilisables, réutilisables et rediffusables par tout un chacun.

Lors de son discours de clôture, le président du Groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, évoque l’importance des données au service du bien commun.

Lors de son discours de clôture, le président du Groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, évoque l’importance des données au service du bien commun.

Qu’il s’agisse des experts des données de la Banque mondiale, des spécialistes de l’open data représentant le secteur public ou des acteurs privés, tous ont appelé de leurs vœux une plus grande expérimentation et des partenariats plus solides. « Pourquoi », s’est demandée Haishan Fu, directrice du Groupe de gestion des données sur le développement du Groupe de la Banque mondiale (DECDG), « les organismes de développement, comme nous, continuent de n’échanger qu’entre eux alors que le secteur privé s’appuie déjà sur les données pour innover ? ».
Les données et le développement

Haishan Fu, directrice du Groupe de gestion des données sur le développement de la Banque mondiale, plaide pour une collaboration avec le secteur privé autour de l’utilisation des données.

Haishan Fu, directrice du Groupe de gestion des données sur le développement de la Banque mondiale, plaide pour une collaboration avec le secteur privé autour de l’utilisation des données.

Lors de son discours d’ouverture, le vice-secrétaire général des Nations Unies, Jan Eliasson, a décrit les quatre étapes que la communauté internationale doit suivre pour entraîner la révolution des données : financement et investissement en faveur des capacités statistiques nationales, en particulier dans les pays en développement ; recherche de nouvelles sources de données, y compris auprès des citoyens ; exploitation des technologies de pointe pour rendre les données plus compréhensibles, à l’instar des outils de visualisation ; et « libération » des données publiques pour « débrider la créativité analytique des utilisateurs » et tenir les politiques comptables de leurs actions.

Il faut radicalement modifier les modes de production et d’utilisation des données pour pouvoir contribuer à une prise de décisions optimale. « Le libre accès aux données est fondamental. Nous devons disposer de données exploitables par des machines et accessibles à tous », a affirmé Nick Dyer, directeur général des politiques et programmes mondiaux au Département de développement international du Royaume-Uni (DfID) (a). « Le DfID a créé une plateforme de données en libre accès. Le fait d’ouvrir les données entraîne deux grands avantages : cela oblige les producteurs de données à en améliorer la précision et la qualité et cela met en évidence le type de données le plus recherché. »

Le rôle des organisations internationales et des gouvernements nationaux dans la création d’un réseau plus complet de données ouvertes sur la démographie, l’économie et la santé a suscité un certain nombre de questions. Maxwell Mkwezalamba (a), ministre des Finances du Malawi, en a parlé dans son intervention, évoquant les efforts de son gouvernement pour élargir l’accès à des données de qualité sur les projets de développement. Des efforts qui passent notamment par la mise en place d’un système d’information national sur l’aide et par la participation du pays à une plateforme mondiale (a) qui permet de localiser concrètement les différents projets d’aide au développement dans chaque État ; pour l’instant, cette plateforme compile les données sur l’aide de cinq pays : outre le Malawi, la Bolivie, Haïti, le Honduras et le Népal.

Pour des données utiles et accessibles partout
Comment faire pour rendre les données accessibles à tous ? En plus d’œuvrer à l’accessibilité et à la transparence de l’information publique, les intervenants ont souligné la nécessité d’agir sur le plan de la fiabilité, de l’actualité et de la qualité des données. Face aux contraintes budgétaires, la solution passe par des données moins nombreuses mais de meilleure qualité. On ne peut décider après coup d’investir dans la qualité des informations et les capacités statistiques : ce sont deux éléments centraux et essentiels.

Open Data Institute CEO Gavin Starks emphasizes the importance of building a supply chain for open data.

Gavin Starks, président de l’Open Data Institute, évoque le rôle crucial d’une chaîne « d’approvisionnement » pour les données ouvertes.

« L’amélioration de la qualité des données n’est pas un objectif secondaire pour le développement mais bien une évolution fondamentale et prometteuse qui doit, à ce titre, faire partie intégrante de la campagne de la Banque mondiale pour mettre fin à la pauvreté », a déclaré Haishan Fu. Dans son discours de conclusion, le président du Groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, a lui aussi rappelé son engagement en faveur de la révolution des données : « La qualité actuelle des données sur le développement ne suffit pas. Nous devons repenser notre vision de leur utilisation au profit du bien commun. »

Il faudra également privilégier un travail en collaboration, pour susciter une demande de la base, en aidant les citoyens, la société civile et les médias à accéder à ces données, à interagir avec elles et à les exploiter au service d’une participation plus active dans les décisions qui touchent à leur quotidien.

Pour induire cette transformation des données et des capacités statistiques, il convient d’en améliorer considérablement la production, la qualité et l’exploitation. Pour Mahmoud Mohieldin, envoyé spécial du président du Groupe de la Banque mondiale, qui a pris la parole au début de l’événement, « cela passe par des investissements dans les institutions, le renforcement des autorités en charge de la statistique, un changement dans le mode d’utilisation des données en faveur de décisions, notamment politiques, davantage fondées sur la connaissance des faits et une exploitation plus judicieuse de la technologie. La révision du système des données passe probablement par une (r)évolution ».

Conforter le rôle des partenariats
Une autre question a sous-tendu tous les débats de cette journée : comment intégrer les activités liées aux données au programme de développement pour l’après-2015, dans la perspective d’une redevabilité accrue et de l’offre de nouveaux services ? Le thème a été abordé sous différents angles, du recours à des partenariats public-privé à la proposition du Groupe de la Banque mondiale de lancer une initiative qui viserait à combler le manque de données relatives à son double objectif fondamental : mettre fin à la pauvreté et promouvoir une prospérité partagée. Beaucoup ont envisagé la création de partenariats pour favoriser l’ouverture des données. Pour Gavin Starks, président de l’Open Data Institute (a), « le fait de construire une ‘chaîne d’approvisionnement’ pour les données ouvertes et de travailler avec les entreprises qui ont besoin de ces données peut contribuer à maintenir la pression sur les pouvoirs publics et les obliger à entretenir un flux d’informations accessibles ».

U.N. Deputy Secretary-General Jan Eliasson outlines four steps that will help drive the data revolution forward.

Le vice-secrétaire général des Nations Unies, Jan Eliasson, évoque les quatre étapes de la révolution des données.

Les acteurs du secteur privé réunis dans le cadre d’une autre session de discussion ont fait part de leur enthousiasme à l’idée d’un partenariat avec la Banque mondiale pour produire des données au service du développement, bien conscients qu’il y a urgence. Mais la Banque mondiale doit clarifier ses besoins et ses attentes en la matière. Ces acteurs sont en mesure de fournir des outils très puissants en exploitant les données de différentes sources pour créer des applications composites, mais ils ne peuvent pas agir sans comprendre précisément l’objectif de la Banque mondiale. L’ouverture, par défaut, des données constitue à cet égard un bon début.

Plusieurs discussions en petit comité ont eu lieu tout l’après-midi, pour évoquer une possible mise en commun de données publiques et privées au service du développement ou l’utilité de nouveaux services et infrastructures technologiques, réfléchir à une approche systémique qui incite à ouvrir les données sans préjudice en termes de protection des informations ou encore envisager des modèles efficaces d’engagement entre acteurs du public, du privé, du secteur des ONG et des milieux universitaires.

Plusieurs personnes ont cité des exemples réussis de mariage entre données publiques et données privées pour résoudre des défis du développement, comme le suivi des invendus alimentaires pour lutter contre la faim ou l’évaluation du volume de denrées jetées au détriment de la lutte contre la pauvreté. Il a également été question du potentiel que représentent la collecte de données par le biais des smartphones et la téléphonie mobile pour toucher les populations rurales, et du fait qu’il s’agit là d’un environnement porteur pour la constitution de partenariats public-privé destinés à favoriser le développement grâce aux données.

Les représentants du secteur privé ont aussi indiqué préférer des cibles circonscrites à un objectif d’ensemble par trop impressionnant. L’équipe Global Pulse des Nations Unies a présenté son projet de « Philanthropie des données », pour inventer des solutions opérationnelles visant à inciter le secteur privé à partager ses données en toute sécurité au service du bien commun. Les participants ont vivement incité à la Banque mondiale à poser les bonnes questions pour obtenir les bonnes données. Au lieu de se placer sur un plan théorique, celle-ci devrait formuler ses attentes clairement de sorte que les acteurs privés comprennent ce vers quoi elle tend et quels sont les problèmes à résoudre.

Au final, quel usage la Banque mondiale doit-elle faire de ce dialogue ? Comment peut-elle mesurer son retour sur investissement dans les projets liés aux données ? Quelles formes de collaboration avec le secteur privé seraient les plus utiles ? Le fait que les réponses à ces questions évoluent — et qu’elles suscitent tant de discussions — prouve bien que la révolution des données a déjà commencé. Reste à trouver une approche systématique pour en exploiter tout le potentiel.

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