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Décrypter la crise des réfugiés syriens grâce à des données en libre accès

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Décrypter la crise des réfugiés syriens grâce à des données en libre accès« Réfugiés ». « Demandeurs d’asile ». « Migrants ». « Personnes déplacées à l’intérieur de leur pays ». Telles sont les expressions du moment, pour les Syriens comme pour les journalistes. D’où ma curiosité : avons-nous des données pour mieux cerner la question ? Étant donné que je travaille au département de la Banque mondiale en charge de l’Initiative pour le libre accès aux données, j’ai écumé le web en quête de données susceptibles de nous aider.

Chacun des termes mentionnés ci-dessus décrit un mode particulier de déplacement de population, tous difficiles à quantifier mais parfaitement visibles en Syrie, du fait du conflit qui déchire le pays. Les réfugiés doivent partir s’ils veulent protéger leur vie ou leur liberté politique. Les demandeurs d’asile attendent l’acceptation officielle du dossier leur reconnaissant un statut de réfugiés. Les migrants internationaux passent d’un pays à l’autre (en général en quête de débouchés économiques même s’il peut aussi s’agir de réfugiés). Quant aux personnes déplacées à l’intérieur de leur pays, elles ont fui leur maison sans pour autant franchir la frontière.

Le Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) est une source irremplaçable de données sur ce sujet : selon ses estimations, les réfugiés syriens se comptent désormais par millions. En 2010, 80 % des réfugiés dans le monde vivaient dans des pays en développement. Avec l’afflux actuel de Syriens déplacés, ce chiffre pourrait encore grimper.

Le HCR présente ses données par pays d’origine et par pays d’accueil. Du fait de sa proximité avec d’autres zones de conflit, la Syrie accueillait beaucoup de demandeurs d’asile. Mais elle a changé de statut et est désormais le pays d’origine de beaucoup de réfugiés. Début 2011, les réfugiés étrangers résidant en Syrie étaient plus de dix fois plus nombreux que les Syriens déplacés. Un an après, le rapport s’est inversé : le nombre de réfugiés originaires de Syrie recensés par le HCR a été multiplié par plus de 30 alors que le nombre de réfugiés en Syrie a reculé de plus de la moitié. Au moins 4,5 millions de Syriens ont trouvé refuge aux quatre coins du globe, mais l’essentiel se concentre dans les pays voisins du Moyen-Orient. S’ils sont 500 000 en Jordanie, ils sont plus de 750 000 au Liban, pour une population de juste 4 millions d’habitants… Pour en savoir plus sur la répartition géographique des réfugiés syriens dans la région, consultez cette carte du HCR.

Les enfants de moins de 18 ans constituent un tiers du total des réfugiés. Dans certains camps, comme à Za’atari en Jordanie — le deuxième plus grand camp de réfugiés au monde — la proportion des enfants est encore plus forte. Le HCR et d’autres organismes en ont établi le profil démographique :

  • Za’atari accueille plus de 120 000 personnes, ce qui en fait la quatrième « ville » de Jordanie ;
  • la majorité des résidents a moins de 18 ans ;
  • il y naît en moyenne dix bébés par jour ;
  • la moitié des réfugiés vivent sous des toiles de tente ;
  • chaque semaine en moyenne, 100 réfugiés quittent la Jordanie pour rentrer en Syrie.

Le HCR a mis en place un portail inter-agences de partage de l’information pour une réponse régionale à la crise des réfugiés en Syrie, qui propose des données démographiques supplémentaires.

La crise actuelle des réfugiés pourrait bien renverser un certain nombre de tendances historiques. Déjà, la composition démographique des migrants syriens a été bouleversée : la base de données internationales de la Banque mondiale sur les migrations bilatérales révèle qu’en 2000, deux tiers des migrants syriens étaient des hommes. Aujourd’hui, ce sont les femmes et les jeunes enfants qui partent et ce, dans des proportions nettement plus importantes : selon le HCR, 55 % des réfugiés syriens sont des femmes, pour un tiers d’enfants. Les raisons qui incitent à quitter le pays ont, elles aussi, évolué. Avant, les migrants partaient vers l’Europe, l’Amérique du Nord et les riches pays du Golfe poussés par des considérations économiques. Les déplacements découlant du conflit semblent avoir modifié ce schéma classique puisque de nombreux pays qui, auparavant, accueillaient la plupart des migrants syriens (dont l’Allemagne, l’Arabie saoudite, les États-Unis ou le Koweït) ne font pas partie des destinations privilégiées des réfugiés. La base de données de la Banque mondiale sur les migrations bilatérales vous propose plus de données historiques sur cet aspect. Pour avoir une idée des flux de réfugiés dans le temps, consultez le site du HCR, qui a mis au point un outil de visualisation très bien fait.

Par ailleurs, il faut pas perdre de vue un aspect important du problème, la collecte de données sur les réfugiés : celle-ci est difficile et souvent partielle. Les informations proviennent en général des registres officiels, de sorte que les réfugiés qui ne se déclarent pas (soit qu’ils ignorent l’existence de tels registres, soit qu’ils choisissent de rester en dehors des écrans radar) ne sont pas forcément comptabilisés. Les chiffres peuvent aussi provenir d’estimations, obtenues à partir de techniques de modélisation. Enfin, les demandeurs d’asile et les personnes déplacées à l’intérieur de leur pays ne figurent pas dans les données officielles du HCR, qui ne recense que les réfugiés.

Pour des statistiques exhaustives sur les réfugiés, consultez le site du HCR à l’adresse suivante : unhcr.org/pages/49c3646c4d6.html. Vous trouverez aussi deux indicateurs sur les réfugiés, établis à partir des données du HCR, sur le site Données de la Banque mondiale : la population de réfugiés par pays ou territoire d’origine et la population de réfugiés par pays ou par territoire d’asile.

Voir aussi

L’outil de visualisation des données du HCR est accessible sur hdata.unhcr.org/dataviz
L’outil de visualisation des données du HCR est accessible sur hdata.unhcr.org/dataviz. (a)