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« Liberen Los Datos » : comment aider les champions des données ouvertes à créer une entreprise viable

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« Liberen Los Datos » : comment aider les champions des données ouvertes à créer une entreprise viableLa communauté des données en libre accès est une mine d’individus pétris de bonnes intentions.
 
On ne compte plus les applications « ouvertes » qui permettent de suivre l’activité législative du Congrès américain, les instruments pour calculer le prix d’une course en taxi à Bogota ou ceux qui vous montrent comment l’argent du contribuable britannique est dépensé ou comment est l’hygiène dans les écoles du Népal… J’en passe et des meilleurs !
 
Tout cela prouve que l’innovation bat son plein et que plein de gens cherchent une idée géniale pour aider leurs concitoyens à exploiter les données à disposition. Mais j’ai un doute : combien de ces projets parviendront (comme GovTrack) à passer du simple hobby à un modèle commercial viable et rentable ? Si nos Géo Trouvetou ne sont visiblement pas dépourvus de talent technique, quid de leurs compétences entrepreneuriales ? Combien de stars du libre accès ont aussi le « courage de créer une entreprise » ?
 
En juin dernier, à l’occasion de la conférence régionale pour l’Amérique latine et les Caraïbes sur les données en libre accès et de l’anti-conférence Abre LatAm, l’équipe de la Banque mondiale en charge du libre accès aux données financières a organisé un colloque de deux jours en Uruguay sur le thème « Viabilité des modèles commerciaux reposant sur des données ouvertes ». L’objectif était de permettre à des entrepreneurs et des inventeurs qui se battent pour élaborer le modèle commercial de leur start-up de piquer la curiosité d’investisseurs chevronnés.
 
Devant un impressionnant parterre d’entreprises et d’équipes de projet participantes, ma collègue Alla Morrison a plaidé pour un soutien du Groupe de la Banque mondiale et de ses partenaires aux entreprises innovantes dont le modèle d’affaires repose sur les données ouvertes.
 
Les deux mentors du colloque — David Sasaki (du réseau Omidyar) et Pablo Brenner (de Globant) — ont joué le jeu, en donnant un certain nombre de conseils aux participants sur :

- ce que les investisseurs recherchent dans un projet :

  • une vision du produit et du client : pour quoi est-ce que ce dernier sera prêt à payer et comment ?
  • la priorité accordée au produit et à l’exécution : le profil « universitaire » importe moins
  • la sensibilité au marché et la capacité à apprécier la concurrence
  • l’engagement affiché au-delà de la réussite financière (qu’est-ce que le créateur a envie de changer ?)
  • la collégialité des talents et de la structure de gestion mais aussi la capacité d’écoute et d’acceptation des commentaires 
  • ​un business plan qui reflète la stratégie de l’équipe et la vision de son développement

- ​les sources de financement :

  • les fonds spécialisés dans l’innovation, comme le réseau Omidyar et l’Accelerator Fund pour l’innovation civique d’AVINA ou les défis de l’innovation de la Knight Foundation
  • les capital-risqueurs comme Atomico et Sequoia Capital 
  • le crowdfunding (sans en cacher les limites)

 
- les étapes à franchir avant de solliciter les investisseurs (aller au-delà du concept et avoir un début de produit viable à présenter)
 
- la prise de contact et le maillage avec la communauté des start-up, notamment dans la Silicon Valley.
 
Si tous ces conseils sont extrêmement précieux, ils ont aussi de quoi intimider des inventeurs et des techniciens de génie qui n’ont parfois qu’une idée très vague de ce qu’est le monde de l’entreprise.
 
Pour ceux-là et s’ils vivent en Amérique latine, le challenge régional des applis Desarrollando América Latina, qui démarre le 5 octobre dans 12 pays, est une occasion rêvée. Car en plus de son volet mentorat, très développé, il s’intéresse à la viabilité des produits.
 
Chaque projet doit répondre à l’un des trois thèmes retenus pour le pays d’origine (choisis par les coordinateurs locaux, en fonction de leur pertinence mais aussi des parties prenantes engagées et des données disponibles), sachant que les équipes devront prouver leurs capacités de collaboration avec les parties prenantes et/ou les propriétaires des données.
 
Pour le Chili, l’agriculture fait partie des thèmes imposés et le coordinateur local, la Fundacion Ciudadano Inteligente, travaille avec deux instituts rattachés au ministère de l’Agriculture, l’INDAP (chargé du développement de l’agriculture et de l’élevage) et l’ODEPA (axé sur les politiques et les études agricoles).
 
Au Brésil, Pivota Brasil et les équipes travailleront en étroite concertation avec l’Institut national des études sur l’éducation (INEP) sur l’un des aspects majeurs de ses travaux.
 
Venons-en à la viabilité du modèle commercial : trois applis des pays qui participent à l’expérience pilote de mentorat cette année bénéficieront d’une accélération locale avec le soutien des parties prenantes et des coordinateurs. Ensuite, l’accélérateur de start-up chilien Socialab incubera les meilleures d’entre elles (entre trois et cinq applis seront sélectionnées). Il travaillera avec les équipes pendant trois mois au sein d’une structure de start-up allégée, pour les aider à réaliser les bêta-tests, à travailler avec des utilisateurs finals et à contacter des investisseurs potentiels.
 
Grâce à un partenariat avec le ministère brésilien des Sciences et de la Technologie, Pivota Brasil proposera aux inventeurs de l’appli brésilienne sortie en tête (via Socialab) de passer un mois dans la Silicon Valley.
 
Le type d’aide que ce challenge se propose d’apporter cadre parfaitement avec les conseils émis lors du colloque en Uruguay. Je me réjouis de voir comment ce projet très malin va évoluer et j’espère pouvoir compter sur vous pour encourager nos bons génies.
 
Il existe d’autres initiatives de ce type ailleurs ? Faites-le savoir !