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Le temps est venu de créer un fonds pour appuyer les données en libre accès

Prasanna Lal Das's picture
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Les gens ne s'intéressent pas à l’open data. Et ils ont bien raison : ce qui les intéresse, c'est l'emploi, la qualité de l'air, la sécurité, la santé, etc. Si l’on veut que le libre accès aux données ait véritablement un sens, il faut que ces données concernent les choses auxquelles les gens s'intéressent et dont ils ont besoin.
Il y a quelques semaines, nous écrivions que le secteur privé utilise de plus en plus les données en libre accès pour des applications qui sont non seulement viables commercialement mais aussi en mesure de produire des résultats mesurables sur le plan social. Ce qui manque, ce sont les financements susceptibles de catalyser la croissance des entreprises fondées sur les données dans les économies émergentes. Nous sommes justement en train de mettre en place un fonds qui répondra à ce besoin précis.

Le contexte
Des sociétés comme Climate Corporation, Opower, Brightscope, Panjiva, Zillow, Digital Data Divide et bien d'autres ont montré qu'il est possible de mener des entreprises qui, tout à la fois, introduisent une perturbation salutaire (dans des secteurs bien établis comme l'agriculture, la santé et l'éducation), font preuve d'innovation (tout au long de la filière des données, de la collecte au stockage en passant par l'analyse et la diffusion), sont rentables et produisent des résultats concrets sur le plan social. Pour vous en convaincre et comprendre comment ces sociétés parviennent à résoudre des problèmes de développement complexes dans des secteurs d'activité ayant un impact majeur, reportez-vous aux propos d'Ines Kapphan (Climate Corporation), d'Ash Casselman (Metabiota) et de Joel Gurin (GovLabs@NYU) : leurs travaux révolutionnaires témoignent clairement la maturité croissante de ce secteur.

La question reste cependant de savoir si les activités commerciales fondées sur l'open data constituent un phénomène réservé aux pays riches ou si les entrepreneurs des économies émergentes peuvent bâtir eux aussi des entreprises performantes (a), comme le montrent les exemples cités plus haut.

Dans un billet récent, nous avons identifié quatre grands problèmes qui entravent le développement des entreprises fondées sur les données dans les pays émergents :

  1. les données elles-mêmes : constituant la « matière première », elles ne sont que très partiellement disponibles dans la plupart des pays ;
  2. l’environnement politique : aspect conditionnant tout le reste, il ne constitue pourtant pas un sujet prioritaire dans nombre d'économies ;
  3. les ressources humaines : ce sont elles qui font bouger les choses, mais des compétences de très haut niveau sont nécessaires, et celles-ci sont souvent indisponibles ;
  4. les financements : le catalyseur, mais les investisseurs témoignent d'une trop grande aversion au risque dans un marché naissant ayant des besoins non conventionnels.

La bonne nouvelle, c'est que des travaux considérables sont en cours pour résoudre les problèmes décrits dans les trois premiers points, à savoir l’environnement « porteur » — le Partenariat pour les données en libre accès (a) en constitue un exemple remarquable. La mauvaise, c’est que le problème du financement reste largement négligé (en dehors des incubateurs et d'autres initiatives basées sur les dons), alors même que dans les économies développées, les entreprises fondées sur les données suscitent un intérêt considérable de la part des investisseurs (a).

Le fonds
Selon nous, le déficit de financement pose un problème capital. Il sera sans doute très difficile d’appuyer les initiatives de libre accès aux données sans faire la preuve que celles-ci se traduisent par des résultats mesurables en termes économiques et de développement (quand bien même nous croyons que les données publiques en libre accès sont un droit fondamental pour lequel les citoyens ont déjà payé). La réussite commerciale constitue, de fait, l'une des manières les plus tangibles d'évaluer l'impact de ces initiatives. Elle peut aussi créer le cercle vertueux qui encouragera les États à renforcer le libre accès à leurs données et à améliorer l'environnement législatif associé. Les entreprises fondées sur les données semblent par ailleurs occuper une niche intéressante : elles génèrent à la fois des bénéfices et des retombées positives sur le plan social (bien que cela ne soit pas universel, c'est suffisamment fréquent pour le dire). Comme les exemples précités le démontrent, les travaux de nombreuses sociétés, qui reposent souvent sur des données publiques axées sur le développement, ont des retombées positives sur le plan social : Zillow contribue à renforcer la transparence du marché immobilier, Opower à réduire les émissions de gaz à effet de serre, Digital Divide Data à créer des emplois de cols blancs dans les communautés locales mal desservies, etc. Le secteur privé est loin d'être la panacée en matière de développement, mais, pour les organismes de développement qui s'intéressent à l'open data, il y a clairement une opportunité économique et de développement.

C'est pour ces raisons que nous travaillons à la mise en place d'un nouveau fonds qui investira dans des entreprises des économies émergentes ayant à la fois un potentiel commercial démontrable et une orientation tournée vers le social. À mesure que les États mettront de nouvelles données en libre accès (en entraînant peut-être le secteur privé dans leur sillage), le fonds appuiera les sociétés proposant de nouveaux produits et services susceptibles de rapporter de l'argent mais aussi de résoudre des problèmes de développement difficiles.

Le fonds n'en est encore qu'au stade du concept, mais voici les questions qui nous ont été le plus posées à son sujet.
Par qui le fonds va-t-il être mis en place (s'agira-t-il d'un fonds de la Banque mondiale) ?
Toutes les options restent ouvertes, mais nous envisageons actuellement de faire du fonds un instrument d’investissement indépendant géré par un acteur externe, dont les choix seront encadrés par des paramètres définis par les principales parties prenantes. Dans l'idéal, l’entité de gestion des investissements devra avoir une stature mondiale et posséder une expérience dans la gestion de fonds similaires. Nous vous tiendrons régulièrement informés des partenaires potentiels.

Quel sera l'objectif du fonds ?                                                  
Nous envisageons ce fonds comme un « teneur de marché », conçu pour pallier à une défaillance ayant pour conséquence que les entrepreneurs et les sociétés ont du mal à trouver des financements pour les activités liées à l'open data dans les pays émergents. L'idée consiste à intervenir au plus tôt, alors que les sociétés pionnières ont encore du mal à prendre pied sur le marché : il s'agit de leur mettre le pied à l'étrier et de créer un effet d'entraînement qui incitera des investisseurs plus traditionnels à suivre.

Dans quoi le fonds investira-t-il ?
Dans des entreprises des économies émergentes qui utilisent les données pour générer des retombées sur le plan social. Les placements prendront la forme de prises de participation ou de dons, et pourraient même inclure des investissements dans d'autres fonds. Une grande partie de tout cela dépendra de la nature des marchés sur lesquels le fonds commencera à travailler : des pays comme le Brésil, l'Inde, l'Indonésie, le Mexique et la Russie constituent de bons points de départ potentiels, mais il ne s'agit pas d'une liste exhaustive, car près de 60 pays ont des programmes d'ouverture des données publiques. Les secteurs intéressants sont notamment les transports, l'énergie, la santé et le changement climatique.

Quelle sera la structure du fonds (qui investira dans le fonds) ?
Nous proposons de concevoir le fonds avec plusieurs couches de tranches de risque ayant des profils risque-rendement différents. Les investisseurs initiaux auront probablement un intérêt particulier pour les données liées au développement, une vision à long terme, une forte propension au risque et des objectifs bien définis en termes de retombées sociales. Dans l'idéal, ces investisseurs auront également d'étroites relations avec l'État ou le secteur privé dans les premiers pays/régions ciblés, et, si possible un intérêt bien établi dans un ou plusieurs secteurs du développement qui pourraient constituer les premiers domaines prioritaires du fonds.

Y a-t-il suffisamment de projets en réserve ? 
Oui. Nous sommes en train d'évaluer ces projets dans plusieurs pays et régions du monde (notamment en Inde, en Russie, en Afrique, en Amérique latine et en Asie du Sud-Est), et les premiers résultats sont prometteurs.

S'il existe des opportunités si prometteuses dans ce domaine, pourquoi le secteur privé n'investit-il pas déjà dans celles-ci?
Le secteur privé est par nature allergique au risque, et ce marché n'en est qu'à ses balbutiements. Et cela est encore plus vrai dans la plupart des économies émergentes. Par conséquent, le Groupe de la Banque mondiale peut jouer un rôle majeur en investissant dans des sociétés présentant un bon potentiel pour démontrer au secteur privé qu'il est possible d’obtenir d'excellents rendements corrigés du risque, ce qui, à son tour, catalysera des investissements supplémentaires de la part de celui-ci et contribuera au développement du marché.

Les investissements ne risquent-ils pas d'être trop petits pour être rentables ?
Peut-être. Même si nous entrevoyons d’éventuels investissements de grande envergure, il est probable que nombre d'entre eux seront relativement petits. Le fonds devra donc être doté d’un gestionnaire possédant une expérience de la structuration (et peut-être de la standardisation) des petits placements. Nous espérons également que l'étude initiale des projets en réserve montrera que le portefeuille peut inclure des prêts à des sociétés ayant déjà un bon historique (bien que court) par elles-mêmes, et cherchant à étendre leurs activités fondées sur l'open data ou à se développer dans celui-ci.

Le manque de financement empêche-t-il véritablement le développement de l'économie de l'open data ?
Oui, sans aucun doute. Nos premières recherches montrent que nombre de sociétés n'ont pas accès aux financements nécessaires pour développer leur activité actuelle ou capitaliser sur les bonnes idées et les personnes brillantes dont elles disposent. Toutefois, le financement ne suffira pas à lui seul à résoudre le problème. Les problèmes liés à l'environnement que nous avons identifiés plus haut revêtent également une importance fondamentale. Sans données, il est tout bonnement impossible de bâtir une activité commerciale fondée sur celles-ci ! Sans le bon cadre législatif, il est très facile d'écraser les sociétés innovantes. Et, bien sûr, il est impossible de créer une société sans disposer des personnes avec les bonnes compétences. Il sera donc crucial de veiller à ce que le fonds travaille en étroite collaboration avec les initiatives sur le terrain visant à rendre l'environnement favorable. Néanmoins, le financement reste la clé, car il est synonyme de responsabilité et de résultats. Si vous parvenez à soutenir des sociétés fondées sur l'open data qui réussissent, cela signifie que vous faites ce qu'il faut (et les résultats sont généralement de type « tout noir ou tout blanc »). Les autres objectifs de l'open data (transparence, engagement, responsabilisation des pouvoirs publics) restent valables, mais l'optique commerciale fournit les gains mesurables qui manquent trop souvent aux mécanismes d'évaluation des initiatives de libre accès aux données.

S'agira-t-il d'un fonds purement commercial (qu'en est-il de l'impact sur le développement) ?
C'est sans doute la question qu'on nous pose le plus souvent. Et la réponse est oui : nous voulons que ce fonds génère une rentabilité commerciale. Cependant, le Groupe de la Banque mondiale ne s'impliquerait pas dans ce fonds s'il ne s'agissait que de cela. Il est très important que le fonds génère également des retombées sociales. Nous avons la grande chance de nous trouver dans un environnement où de plus en plus d'investisseurs ont un objectif de résultat double ou triple. Ce qu'on appelle l'investissement « à effets durables » est un secteur en pleine croissance, particulièrement dans les économies émergentes, car les investisseurs cherchent à se diversifier. Par conséquent, s'il sera important que les gestionnaires des placements du fonds prennent des décisions commerciales mûrement réfléchies (pour que le fonds puisse jouer son rôle de catalyseur et faire entrer davantage d'argent dans le système), nous veillerons également à ce que les directives de placement mettent en avant les objectifs de développement. Concrètement, nous travaillons actuellement à la mise au point d'un cadre qui nous permettra de mesurer les effets sur le développement de l'utilisation des données en libre accès par le secteur privé.

Que manque-t-il pour que le fonds voie le jour ?
Pour commencer, un partenaire fondateur. Nous faisons appel aux partenaires potentiels susceptibles de réaliser l'investissement initial. L'IFC, l'institution du Groupe de la Banque mondiale qui est chargée des opérations avec le secteur privé, possède une solide expérience des investissements dans les fonds de ce type, et nous collaborons actuellement avec elle pour que le fonds voie le jour.

Il ne s'agit-là que de quelques-unes des questions qui nous ont été posées jusqu'à présent. En fin de compte, tout se résume à ceci : oui, il s'agit d'un pari risqué, les informations permettant de prendre des décisions d'investissement « parfaites » ne sont pas encore disponibles, mais les preuves qu'un potentiel existe dans ce domaine sont plus nombreuses chaque jour, et nous pensons que le fonds peut générer à la fois une rentabilité commerciale importante et des retombées significatives sur le plan du développement. Toutefois, comme il s'agit d'un marché naissant, c'est un domaine où nous avons besoin que la BIRD collabore avec les États pour rendre l'environnement favorable, et que l'IFC travaille avec les entreprises pour démontrer l'existence d’un immense potentiel commercial. À ce stade, la plupart des investisseurs traditionnels ne s’impliqueront pas. Il faudra qu'une ou plusieurs institutions identifient le potentiel de transformation de l'open data, s'intéressent à ses retombées sociales, et soient prêtes à prendre le risque de créer un nouveau marché. Il faudra un leadership fort ainsi que des efforts simultanés de la part des États et du secteur privé, par l'intermédiaire des deux « bras » du Groupe de la Banque mondiale (et de son réseau de partenaires) pour que ce projet devienne une réalité.

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