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Des entrepreneurs des pays émergents parient sur l’open data

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Cartographier la circulation automobile grâce à des données en temps réel.
 

À retenir--

  • Le secteur des entreprises de l’open data est en plein essor depuis quelques années, partout dans le monde. La majorité d’entre elles utilisent des données issues des pouvoirs publics.
  • Un grand nombre de ces entreprises opèrent dans des secteurs offrant des opportunités extraordinaires sur le plan social et du développement.
  • L’Amérique latine et l’Asie disposent de mécanismes de financement opérationnels pour ces entreprises. Le financement par capitaux propres arrive en tête des demandes, suivi par les opérations de quasi-capital pour des sommes allant de 100 000 dollars à 5 millions de dollars, avec une enveloppe moyenne s’établissant entre 2 et 3 millions selon les régions. Le besoin total de financement pourrait dépasser les 400 millions de dollars.
La valeur économique des données en libre accès n’est plus une simple hypothèse de travail
Comment faire de l’argent avec des données qui, tel l’air que nous respirons, sont libres et ouvertes à tous ? Le Groupe de la Banque mondiale doit-il soutenir ce secteur naissant et, dans l’affirmative, comment, pour viser un maximum d’efficacité ? La promotion d’entreprises fondées sur l’exploitation de données ouvertes peut-elle contribuer à la réalisation de ses deux objectifs — lutter contre la pauvreté et promouvoir une prospérité partagée ?

Ces questions sont au cœur des réflexions de l’équipe de la Banque mondiale en charge des données en libre accès depuis le colloque sur les modèles d’entreprise de l’open data (a) organisé en Uruguay en juin 2013. À cette occasion, des entrepreneurs du secteur originaires d’Amérique latine avaient présenté leurs stratégies et fait part de leurs réussites et de leurs difficultés. Notre équipe avait fait le déplacement pour vérifier si le libre accès aux données pouvait contribuer à la création d’entreprises et d’emplois viables, en avançant deux hypothèses : 1) les données ouvertes possèdent une valeur économique au-delà de leurs bienfaits sur le plan de la transparence et de la redevabilité ; et 2) des entreprises de données ouvertes ont été créées dans les économies émergentes en s’appuyant sur des business plans solides et pérennes.

Encouragée par ces premiers résultats, l’équipe a alors décidé d’explorer plus avant le rôle des données en libre accès dans le développement économique, en travaillant sur :

  • la contribution de l’open data à la richesse nationale ;
  • des solutions novatrices, notamment en faveur des populations à faible revenu, face à des enjeux sociaux dans des secteurs clés (agriculture, santé, éducation, transport, changement climatique, services financiers) ;
  • les gains économiques que représente l’adhésion des pouvoirs publics à la valorisation commerciale des données ouvertes, celle-ci donnant lieu à la parution de nouvelles séries de données qui viendront renforcer la transparence de la gestion des ressources publiques (meilleure affectation des moyens, règles du jeu plus égales pour la passation de marchés publics) et améliorer la prestation de services ;
  • la création par le secteur privé d’emplois dans le domaine des données, notamment pour la jeune génération férue de technologie.

Cela nous a conduit à préconiser une intervention conjointe IFC/Banque mondiale (Libre accès aux données et impact sur le développement : le rôle clé du secteur privé) pour financer les entreprises de l’économie numérique à travers un fonds d’investissement dédié et aider, par des prêts et des dons, les gouvernements à mettre en place un environnement porteur. Le concept a reçu un accueil très enthousiaste à la Banque mondiale comme à l’IFC, ainsi qu’auprès des ONG, des fondations, des institutions de financement du développement et des investisseurs privés.

Grâce en partie également à un rapport de McKinsey, publié à l’automne dernier, selon lequel les données ouvertes pouvaient contribuer à générer chaque année une valeur ajoutée supérieure à 3 000 milliards de dollars, l’intérêt de ces données est désormais mieux compris. L’acquisition par Monsanto, en novembre dernier et pour près d’un milliard de dollars, de la société Climate Corporation (dont l’activité pourrait, sous réserve que les gouvernements ouvrent l’accès aux données utiles, entraîner des gains énormes pour l’agriculture et la sécurité alimentaire) et les conclusions du projet Open Data 500 (a), mené sous la houlette du laboratoire GovLab de l’université de New York, sont venues conforter notre proposition. Aujourd’hui, tout le monde est convaincu de la valeur économique de l’open data et cherche à savoir comment les entreprises, qu’il s’agisse de start-up ou de grandes sociétés, et les pouvoirs publics peuvent déverrouiller l’accès à ces données. Mais la question fondamentale reste de savoir si le moment est effectivement venu de planifier une intervention significative auprès des pays émergents pour y installer une croissance « dopée » par les données.

Conclusions préliminaires d’une recherche sur les entreprises de l’open data dans les économies émergentes
En avril dernier et en partenariat avec la Société financière internationale (IFC), l’équipe en charge des données financières du Groupe de la Banque mondiale a engagé une recherche sur les entreprises d’Amérique latine, d’Asie, d’Afrique, d’Inde et de Russie, où les progrès en termes d’ouverture des données sont depuis quelque temps bien réels. L’idée était de recenser le nombre d’entreprises fondées sur les données et la nature de leur activité ; de voir combien utilisaient des données publiques libres d’accès et combien s’intéressaient aux enjeux de société ; mais aussi d’identifier leurs besoins et leurs difficultés spécifiques. Il s’agissait de déterminer si la mise en place d’un mécanisme de financement s’accompagnerait d’une réserve suffisante de projets et de de cerner le type et le volume d’aide dont les entreprises concernées ont besoin. Les premiers résultats de ce travail, toujours en cours en Afrique et en Russie, permettent de repérer quelques tendances intéressantes.

Premier constat, le secteur de l’open data est en plein essor depuis quelques années et ce, partout dans le monde. La majorité de ces entreprises exploitent des données issues des pouvoirs publics. C’est en Amérique latine que les start-up se développent le plus vite et les conditions requises (qualité des données, systèmes de financement et institutions d’appui) sont en place. Le Mexique, le Chili et le Brésil arrivent en tête de notre classement latino-américain pour le nombre d’entreprises du numérique en activité, juste devant la Colombie et l’Argentine (notre échantillon ne couvre pas tous les pays de la région). L’Asie du Sud-Est en revanche ne semble pas très en pointe en la matière, à l’exception des Philippines et de l’Indonésie. Beaucoup de ses start-up imitent les innovations d’autres entreprises, sous l’effet d’une tendance nette à la localisation de produits existants. L’Inde se distingue par un secteur commercial de l’open data et du big data extrêmement dynamique, grâce à un écosystème entrepreneurial porteur et des talents techniques évidents — deux éléments que l’on retrouve également en Russie et en Europe de l’Est. En Afrique, les premiers éléments semblent prometteurs pour l’Afrique du Sud, le Kenya et le Nigéria.

Deuxième constat, les entreprises de données ouvertes opèrent dans un large éventail de secteurs : services aux entreprises/analyse des données métier, santé et bien-être, alimentation et agriculture, éducation, finance, transport, immobilier, tourisme. Ce qui a retenu notre attention, cependant, c’est la quantité d’entreprises dans les secteurs ayant un impact positif sur le développement et les populations (deux points qui nous tiennent particulièrement à cœur à la Banque mondiale, étant donné nos objectifs de lutte contre la pauvreté et de promotion d’une prospérité partagée). Ainsi en Inde, si l’on exclut les entreprises d’analyse des données métier, un tiers des entités en quête de financements opèrent dans les soins de santé et un cinquième dans l’alimentation et l’agriculture, sachant que certaines visent ouvertement les populations à faible revenu ou les ruraux. Dix pour cent des entreprises offrent des solutions pour l’éducation, un domaine qui trouve une résonnance particulière auprès de Jin-Yong Cai, le directeur de l’IFC, qui a déclaré dans un billet récent : « Cette interaction entre données numériques et univers éducatif constitue la promesse de nouveaux outils académiques en direction d’un processus d’apprentissage plus efficace, et revêt un potentiel extraordinairement favorable, notamment pour les pays les plus pauvres ». En Amérique latine, les prestataires de services aux entreprises, de conseil et d’analyse devancent de justesse les entreprises dans le secteur de la santé, de l’environnement et de l’agriculture. En Asie du Sud-Est, ce sont les services aux entreprises et à la clientèle et les transports qui se taillent la part du lion.

Troisième constat, l’Amérique latine et l’Asie ont effectivement mis en place des mécanismes de financement opérationnels pour ces entreprises. Le financement par capitaux propres arrive en tête, suivi par les opérations de quasi-capital pour des sommes allant de 100 000 dollars à 5 millions de dollars, avec une enveloppe moyenne s’établissant entre 2 et 3 millions selon les régions. L’analyse de plus de 300 entreprises de données fait apparaître un besoin total de financement estimé à plus de 400 millions de dollars. Des entretiens avec des créateurs de start-up du secteur ont montré à quel point ils avaient du mal à survivre après l’obtention de capitaux d’amorçage. Si la plupart parviennent à organiser une première levée de fonds pour donner vie à leurs idées, en mettant la main à la poche, la situation se complique singulièrement pour organiser un second tour de table, plus ambitieux, sans parler de placements de catégorie A. Ces créateurs regrettent que les investisseurs privilégient l’e-commerce de base — si l’on en croit Tech in Asia (a), par exemple, sur les 645 millions de dollars d’investissements technologiques rendus publics dans la région en 2013, 92 % concernaient la vente de détail en ligne ou la vente de vêtements — ou les start-up de services à la clientèle et ignorent les entreprises de l’open data, quand bien même leur plan d’affaires est solide et leurs indicateurs de performance convaincants.

Au fil de ces échanges, l’idée a germé de rendre davantage compte des expériences réussies dans ce secteur pour réveiller l’imagination des investisseurs. Ce sera sans doute l’objet de notre prochain billet. Vous avez des éléments à nous communiquer ? N’hésitez pas…

Vous pouvez contacter l’auteur en écrivant à amorrison@worldbank.org ou @allamorrison.

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