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Un nouvel outil open source pour faciliter les plans d’électrification

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Il est difficile de trouver la solution optimale pour accroître le taux d’électrification, en particulier dans les pays où les données sur l’énergie sont rares et non centralisées. Il faut entre 18 et 24 mois, au moins, pour élaborer la planification géographique nécessaire à la définition des stratégies et des investissements pour l’accès universel à l’électricité.

Un délai dont ne disposait pas l’équipe qui a travaillé, en décembre 2016, sur un plan d’électrification pour la Zambie. Il fallait y parvenir en six mois ou renoncer à une possibilité de financement, explique Jenny Hasselsten, une spécialiste de l’énergie à la Banque mondiale, sollicitée afin de contribuer à ce projet en collaboration avec les pouvoirs publics zambiens.

C’est alors qu’elle a pris connaissance de l’existence d’Electrification Pathways, un logiciel open source destiné à accélérer considérablement la planification de l’électrification et à réduire les coûts y afférents. Cet outil est désormais disponible sur ENERGYDATA.INFO (a), une nouvelle plateforme d’information et d’analyses accessibles à tous, qui comprend plus de 280 ensembles de données et réunit 14 partenaires.

Mis au point par la Banque mondiale (a), le Programme d’assistance à la gestion du secteur énergétique (ESMAP) (a) et l’Institut royal de technologie (KTH) de Stockholm (a), cet outil exploite les données de 16 systèmes d’information géographique — sur la densité de population, la proximité des infrastructures énergétiques et les ressources disponibles, par exemple — pour identifier les solutions technologiques de distribution d’électricité les moins coûteuses, y compris dans de très petites zones (quelques kilomètres carrés seulement). Pour chaque lieu, sept technologies ayant fait leurs preuves ont été comparées afin de sélectionner le système le moins cher. L’algorithme d’Electrification Pathways intègre le cadre de référence élaboré récemment par l’ESMAP (a) afin de définir, mesurer et suivre la progression de l’accès à l’énergie.

Electrification Pathways est le premier logiciel open source reposant sur des données en libre accès qui permet non seulement d’identifier les plans d’électrification les plus économiques en fonction de divers scénarios, mais aussi de cartographier les données disponibles. Les utilisateurs peuvent ainsi comprendre les modèles produits à l’aide de cet outil et obtenir des indications quant aux investissements nécessaires pour chaque situation. Comme il s’agit d’un logiciel open source à la structure modulaire, les développeurs peuvent en modifier le code pour répondre à des besoins spécifiques, ou superposer plusieurs ensembles de données et passer facilement de l’un à l’autre.

Contrairement aux modèles habituellement utilisés pour concevoir un système énergétique national, les estimations d’Electrification Pathways prennent en compte les différences géographiques entre les régions. C’est essentiel, en effet, si l’on veut atteindre le septième Objectif de développement durable (ODD 7), et particulièrement la cible qui vise à garantir l’accès de tous à des services énergétiques d’ici à 2030. Pour cela, une approche géographique des services énergétiques sera nécessaire, ce qui implique de tenir compte des informations relatives à la démographie, aux infrastructures et aux ressources. Le logiciel Electrification Pathways est basé sur l’Open Source Spatial Electrification Tool (OnSSET) (a), un outil open source pour la planification géographique de l’électrification développé par le KTH et récemment inclus dans le kit d’accélération de la réalisation des ODD (a). Lors de son lancement, Electrification Pathways comprenait les données de trois pays : la Tanzanie, le Nigéria et, donc, la Zambie, au grand profit du projet dirigé par Jenny Hasselsten.

Grâce au logiciel, l’équipe zambienne a pu estimer grossièrement le montant des investissements en fonction de différentes technologies, et constater que les solutions hors réseau (en particulier les systèmes solaires domestiques) devaient jouer, dans une grande partie du pays, un rôle significatif pour l’accès à l’électricité, explique Jenny Hasselsten. Dans certaines zones moins étendues, en revanche, la création de mini-réseaux hydrauliques et solaires est apparue comme la solution optimale.

Rapidement, une étude a été lancée pour mieux comprendre les obstacles éventuels à l’installation de systèmes solaires domestiques, et pour définir la meilleure manière de stimuler l’offre et la demande dans ce domaine. L’accès aux financements étant l’une des principales entraves observées, la mise en place d’une ligne de crédit, par le biais de la Banque de développement de la Zambie, à l’intention des entreprises, des importateurs et des distributeurs de systèmes solaires domestiques, figure désormais dans le plan d’électrification.

« Tous ces éléments pointaient vers une seule et même conclusion : les réseaux traditionnels n’auraient pas permis d’accroître l’accès à l’énergie en Zambie. Dès lors, il était nécessaire de recourir à des solutions hors réseau », souligne Jenny Hasselsten, qui collabore pour ce projet avec le ministère de l’Énergie de la Zambie, l’autorité pour l’électrification des zones rurales et la Société zambienne d’électricité (ZESCO), l’entreprise publique chargée de la production et de la distribution de l’électricité. « Nous avons ainsi pu mener à bien l’élaboration de ce projet, et nous allons désormais pouvoir cibler l’utilisation des ressources dont nous disposons. »

C’est très précisément pour des cas comme celui-ci qu’Electrification Pathways a été conçu : afin de mettre à profit le potentiel de technologies similaires et d’accélérer les avancées en direction de l’ODD 7.  

Malgré l’importance de l’électricité pour le développement économique et social, près de 1,1 milliard de personnes n’y a toujours pas accès. C’est en train de changer, nous le savons, mais nous ignorons comment, à quelle vitesse, et pour quel coût. Les données des systèmes d’information géographique et les outils d’analyse open source qui en découlent vont jouer un rôle essentiel pour garantir l’accès de tous à des services énergétiques durables.

Ils sont indispensables pour aider à la prise de décisions et pour associer, à différents niveaux et de manière transparente, la science, la technologie et l’action publique. Vous pourrez trouver ici (a), ici (a) ou ici (a) divers instruments recourant à des méthodes basées sur les données de systèmes d’information géographique. En outre, la Banque mondiale (a), le Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies (a) et le KTH (a) sont à l’origine des dernières initiatives combinant logiciels open source et données librement accessibles afin de résoudre les problèmes que pose l’électrification.

D’ores et déjà, plusieurs projets ont recours à ces logiciels d’électrification open source. ABB, l’un des partenaires industriels du projet OnSSET, a décidé d’employer cet outil afin d’identifier des opportunités commerciales (a). La Banque mondiale, parmi d’autres, s’en sert également dans des projets d’électrification. Ils sont également utilisés dans plusieurs universités.

Quant au plan d’électrification de la Zambie, il suit son cours après que le Conseil des administrateurs de la Banque mondiale a validé, en juin, le projet proposé par l’équipe. « Il nous a fallu seulement un tiers du temps habituellement nécessaire pour mener à bien cette étape », précise Jenny Hasselsten. « Si nous voulons aller plus vite [en vue d’accroître l’accès à une électricité durable], c’est la seule solution. »

Commentaires

Soumis par Nadir Boumaza le

En saluant les résultats et ceux qui ont mis en place le dispositif et su le suivre, je regrette que les clés de la réussite soient rapportés dans ce texte aux seules données techniques dont la conception, la mobilisation et la mise en oeuvre ne pouvaient aboutir si n'avaient existé des facteurs politiques et organisationnels que le texte de présentation ne met pas en valeur. Si les problèmes d'électrification, d"'accès à l'eau , aux moyens de transport, à l'école etc. ne relevaient que de problèmes de logiciels et d'outils techniques, il y a longtemps que lm'Afrique aurait amorcé le développement. Quand donc la BM mettra t-elle en avant l'importance de la bonne gouvernance et surtout de la volonté des pouvoirs politiques de traiter les problèmes de base qui sont au coeur du déclenchement de dynamiques positives?

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