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La résilience des plus vulnérables : gérer les catastrophes naturelles pour mieux protéger les plus pauvres de la planète

Stéphane Hallegatte's picture
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Dans son roman Le Peuple de l'Abîme, Jack London décrit de façon particulièrement sombre l’hiver rigoureux qui s’est abattu sur Londres au début du XXe siècle. Les habitants ont terriblement souffert ; certains ont même perdu jusqu’à 10 000 livres sterling, une somme colossale en 1902, mais ce sont les plus pauvres qui ont été les plus touchés.
 
Les catastrophes naturelles sont dévastatrices pour tous ceux qu’elles frappent, mais tout le monde ne les ressent pas de la même manière. Perdre un dollar n’est pas aussi important pour un riche que pour un pauvre, qui vit au seuil de subsistance ou qui n’a pas les moyens de rebondir et de reconstruire sa maison après une catastrophe. Qu’il s’agisse d’une sécheresse ou d’une inondation, les pauvres sont toujours plus durement touchés que les riches.
 
Dans son rapport Unbreakable: Building the Resilience of the Poor in the Face of Natural Disasters (Indestructible : Renforcer la résilience des populations pauvres face aux catastrophes naturelles), la Facilité mondiale pour la prévention des risques de catastrophes et le relèvement (GFDRR) étudie ces disparités. Ce rapport recommande un ensemble de politiques destinées à aider les pays à faire reculer la pauvreté et à améliorer leur résilience. Il analyse de manière approfondie (a) comment la gestion du risque de catastrophe (GRC) et un développement bien conçu permettent de lutter contre la pauvreté et d’atténuer les risques dans 117 pays. 

Cette analyse montre clairement que la protection des pauvres contre les catastrophes naturelles est un impératif moral, économique et social. Les pauvres peuvent tout perdre lors d’une catastrophe, et pas seulement sur le plan financier. Après le passage de l’ouragan Mitch au Nicaragua en 1998, par exemple, la malnutrition infantile dans les ménages pauvres a augmenté de près de 9 %. Et le travail des enfants s’est accru de 5,6 %, car les ménages, qui avaient subi des pertes colossales, ne savaient plus comment s’en sortir.
 
Le manque d’outils efficaces qui permettent aux pauvres de faire face à une catastrophe naturelle aggrave les conséquences délétères de celle-ci. D’après le rapport de la GFDRR, les catastrophes provoquent chaque année plus de 500 milliards de dollars de pertes. Ces estimations sont jusqu’à 60 % supérieures aux autres estimations disponibles.
 
Heureusement, les pouvoirs publics peuvent aujourd’hui prendre des mesures de bon sens afin de protéger les plus vulnérables des conséquences de phénomènes météorologiques destructeurs. Ils peuvent commencer par atténuer les risques, et empêcher que les aléas ne se transforment en catastrophes naturelles, en investissant dans l’infrastructure (par exemple en construisant des digues) et en adoptant des politiques d’utilisation des sols et des normes de construction appropriées. Ces efforts doivent viser à protéger les plus pauvres et les plus vulnérables, et pas uniquement ceux qui possèdent des biens de valeur.
 
Il importe tout autant de reconnaître qu’on ne pourra jamais éviter toutes les catastrophes naturelles et qu’il faut aussi améliorer la résistance de la population face à ces catastrophes, ainsi que sa capacité à surmonter un choc rapidement. Pour ce faire, il faut des systèmes d’alerte précoce, mais aussi améliorer l’accès aux services bancaires, aux polices d’assurance et aux dispositifs de protection sociale (transferts monétaires et programmes de travaux publics par exemple).
 
Ces mesures ne relèvent pas seulement du bon sens : elles pourraient permettre aux pays et aux populations d’économiser 100 milliards de dollars par an et abaisser de 20 % le coût humain des catastrophes. Si le Mali, par exemple, adoptait des filets de sécurité à échelle variable afin de protéger ses habitants les plus pauvres, il réduirait de 25 % les pertes dues aux catastrophes.
 
Depuis la publication de ce rapport, la GFDRR a également publié deux ouvrages annexes qui détaillent les résultats de son analyse. Le premier (a) présente les profils des 117 pays étudiés. Ces profils fournissent un cadre intégré pour discuter des solutions permettant de réduire les risques affectant le bien-être et de les comparer, mais aussi de renforcer la communication et la collaboration entre l’État, les autorités locales et d’autres intervenants œuvrant dans les domaines de la protection sociale, des normes de construction et de la planification urbaine.
 
Le second (a) dresse la liste des 15 pays où chacune des politiques envisagées dans le rapport sera la plus efficiente pour réduire les risques. On observe des tendances intéressantes. Par exemple, les systèmes de protection sociale de base (ou évolutifs) présentent un intérêt non négligeable en Afrique subsaharienne. Cela tient au niveau élevé d’inégalités et de pauvreté dans cette région, ainsi qu’au fait qu’en Afrique, la plupart des pauvres n’ont actuellement accès à aucun dispositif de protection sociale. Les conséquences des chocs ne sont donc pas identiques pour l’ensemble de la population, contrairement à ce qui peut être le cas dans d’autres régions.
 
Nous espérons que cette analyse favorisera le dialogue entre différents secteurs, en réunissant des experts et des entités responsables de la gestion du risque de catastrophe (GRC) ainsi que d’autres experts et entités susceptibles de contribuer au renforcement de la résilience même si leur domaine de compétence n’est pas la GRC, mais les affaires sociales, l’emploi ou l’inclusion financière. Le développement, la lutte contre la pauvreté et la GRC se trouveront ainsi intégrés dans une stratégie de développement résiliente et durable, au service des plus pauvres.
 
Cette analyse met en lumière des interventions prioritaires qui sont non seulement économiquement efficientes, mais qui tiennent également compte des conséquences que peuvent avoir des pertes faibles pour les ménages pauvres.



Un renforcement de la protection sociale permettrait de réduire nettement les pertes causées par les catastrophes naturelles en Afrique subsaharienne.

Les étoiles blanches désignent les pays dans lesquels le renforcement du système de protection sociale constituerait un moyen particulièrement efficace d’atténuer les conséquences des catastrophes naturelles sur le bien-être des populations, en valeur relative. Par exemple, si les transferts sociaux étaient portés à 33 % du revenu des pauvres en Angola, au Niger ou au Mali, les pertes de bien-être imputables aux catastrophes naturelles seraient réduites de plus de 20 %. Les étoiles orange désignent les pays dans lesquels cette politique se révèle particulièrement efficace pour atténuer les pertes de bien-être en valeur absolue. Ces pays sont principalement ceux où les niveaux de risque sont très élevés, comme la Colombie, les Philippines ou le Bangladesh.

Commentaires

Soumis par Nicole PALE le

j'aimerai avoir ce rapport complet qui j'en suis sûre donne de bonnes pistes de solution à la résilience des personnes vulnérables et à la lutte contre l'insécurité alimentaire et nutritionnelle. merci à l'auteur.

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