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Donner la parole aux jeunes pour transformer la vulgarisation agricole

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Donner la parole aux jeunes pour transformer la vulgarisation agricole ​© Neil Palmer/CIAT
© Neil Palmer/CIAT


Lors de la Semaine de la vulgarisation agricole en Afrique qui s’est récemment tenue à Durban, on a beaucoup entendu que la demande de produits alimentaires sur ce continent allait doubler d’ici 2050. Les opportunités de croissance et d’emploi dans l’agriculture sont donc vouées à perdurer, et c’est pourquoi la vulgarisation agricole est plus importante que jamais.

Qu’est-ce que la vulgarisation agricole exactement ? Ce terme désigne l’ensemble des services qui fournissent des conseils techniques aux agriculteurs : cultivateurs, éleveurs, pisciculteurs, etc. La vulgarisation agricole fait notamment intervenir des formateurs, des conseillers, des gestionnaires de projet et des agents de développement communautaire. En outre, ces acteurs apportent un appui administratif aux autorités locales et aident les agriculteurs à prendre des décisions et à partager leur savoir. La vulgarisation agricole, qui s’adresse aux petits exploitants sur l’ensemble de la chaîne de valeur, est cruciale pour la sécurité alimentaire, nutritionnelle et des revenus.

Or, malgré sa contribution essentielle au renforcement des futurs systèmes d’alimentation, elle n’est pas toujours adaptée à son objectif. En Afrique, par exemple, nombre des dispositifs de vulgarisation publics sont administrativement lourds, manquent de transparence et ne disposent pas de moyens suffisants. Parallèlement, la demande de services de vulgarisation ne cesse de croître dans cette région du monde. Elle n’émane plus uniquement des petits exploitants et des jeunes agriculteurs, mais aussi des agro-entreprises.

Il est évident que la vulgarisation agricole doit évoluer avec son temps. Pour ce faire, les professionnels de ce domaine peuvent compter sur des organisations comme le Forum africain pour les services de conseil agricole (AFAAS), qui permet aux experts et vulgarisateurs d’échanger leurs idées et de mettre en commun leurs expériences et innovations.

Une grande partie de la population agricole se compose de jeunes, qui, pour s’informer, utilisent principalement les technologies de l’information et de la communication (TIC). D’où la nécessité de réinvestir dans le système de vulgarisation public, d’améliorer les partenariats et d’élargir les domaines de compétence des vulgarisateurs aux sciences sociales, aux TIC, aux aspects environnementaux et aux questions d’égalité entre les sexes. Par ailleurs, il faudrait veiller à prendre en compte les TIC dans les activités de vulgarisation, à mieux gérer les ressources humaines et renforcer les capacités, ainsi qu’à cibler les femmes, les jeunes et le secteur privé. Enfin, il est fondamental de constituer des réseaux et de s’organiser pour réunir les différentes parties prenantes.

Hier, la vulgarisation était avant tout destinée à aider les personnes en difficulté. Mais, en Afrique, beaucoup d’agriculteurs sont désormais mieux informés et intégrés à des réseaux. Il faut donc que la vulgarisation suive le mouvement et redéfinisse ce qu’est un agriculteur et quels services lui proposer. Cette transformation doit reposer sur le marché. Comme l’affirme Jeff Mutimba, coordinateur régional du Sasakawa Africa Fund for Extension Education (SAFE), « la vulgarisation ne doit plus se concentrer uniquement sur la production, mais innover et être axée sur le marché. Il est nécessaire d’inclure tout le monde, en particulier les jeunes, les femmes et les personnes handicapées, qui risquent d’être laissés-pour-compte sur les marchés en développement où les exigences sont fortes ». C’est la raison pour laquelle les systèmes de vulgarisation doivent évoluer pour former les agriculteurs, aujourd’hui et demain, aux tendances nouvelles.

Nul n’ignore que l’Afrique a besoin d’une révolution numérique de grande ampleur. Les agriculteurs se mettent à utiliser les TIC pour accéder à des services de conseil, via le téléphone portable, la radio, la vidéo ou Internet. Sur ce continent, la plupart des jeunes sont présents sur les réseaux sociaux. Il en résulte une opportunité considérable : sachant qu’ils peuvent apporter des idées novatrices, on pourrait les charger de la vulgarisation agricole auprès d’autres jeunes en exploitant les plateformes et réseaux sociaux sur lesquels ils sont les plus actifs (Twitter, Facebook, WhatsApp…).

Cette révolution s’amorcera lorsque les jeunes auront voix au chapitre. Il est donc urgent qu’ils soient représentés dans toutes les instances décisionnaires en matière de vulgarisation, notamment au sein de l’AFAAS et du Forum mondial pour le conseil rural (GFRAS), afin que les problématiques des jeunes soient prises en considération. Évitons de décider à la place des jeunes : ils peuvent s’exprimer, et nous devons par conséquent les associer aux processus de décision.

Et n’oublions pas les femmes, qui, en Afrique, contribuent considérablement à la sécurité alimentaire grâce à leur travail et aux produits qu’elles cultivent. Ainsi, dans le nord du Malawi, 80 % des femmes font pousser des légumes, des oignons, du maïs et du tabac. Dans cette région, 20 % des hommes interviennent en bout de chaîne, pour vendre ces produits et pratiquer d’autres activités générant un revenu. Par conséquent, il est fondamental d’associer les femmes à la vulgarisation agricole, et ce d’autant plus que leur inclusion pourrait accélérer la mutation de l’agriculture.

La vulgarisation agricole doit se transformer pour répondre aux besoins actuels, et à venir. Sa pérennisation repose, dans une large mesure, sur la participation des jeunes et des femmes.

Commentaires

Soumis par Aliou sow le

C'est avec beaucoup de plaisir que vu , lu et apprécié cet article sur la vulgarisation agricole. Un domaine qui m'interesse à plus d'un titre etant un jeune agripreneur rural. J'avoue à cet effet avoir beaucoup appris. La jeunesse gagnerait à lire. Surtout en ce qui concerne l'implication des jeunes dans les prises de decision, je dois dire que c'est capital. L'on ne peut reussir aucune politique de jeune sans l'avis de cette derniere.
Concernant le metier de vulgarisateur agricole, je peux dire que c'est presque inexistant en Afrique , notamment au senégal.
Merci pour cette belle approche de toute façon.
Aliou sow, jeune agripreneur

Soumis par tsetse kossi le

l agriculture africaine souffre de nombreux maux.i y al le climat,collection de semance,etude du sol ,manque d engrais,main d oeuvre,le financement, la technologie....l agriculture africaine doit etre reorganiser d une facon locale dans certains pays et industrielle dans d autres pays tels que, nigeria,gabon,congo.....

Soumis par Bienvenu NTSOUANVA le

J'ai vraiment apprécié le contenu de cet article et la problématique abordée. En ma qualité d'agent technique de terrain, j'ai eu à faire l'expérience des "Champs Écoles de Producteurs" au Congo-Brazzaville. Cette approche participative a captivé les bénéficiaires du projet par ce que les thématiques abordées dans les curricula de formation relèvent du vécu des producteurs.
Cependant, cette expérience a aussi révélé les faiblesses des systèmes de production en Afrique, qui sont principalement dues: au faible niveau d'organisation des producteurs et à l’inadéquation Recherche-vulgarisation. La recherche agricole dans nos pays abordent souvent des thèmes savants qui n'ont aucun lien avec les désidératas des producteurs, alors que beaucoup des sujets spéciaux des CEP devraient faire l'objet de recherche développement. Dans les CEP, le chercheur, le vulgarisateur et les autres intervenants travaillent ensemble pour satisfaire les producteurs et la cohésion sociale (jeunes-vieux; femmes-hommes) est au cœur de leur système de fonctionnement.
A mon humble avis, les CEP ont beaucoup d'atouts pour contribuer à améliorer les systèmes de vulgarisation en Afrique.
Par ailleurs, grâce aux TIC les bénéficiaires du projet, bien que celui-ci a déjà été clôturé, ont continué à échanger jusqu'à arriver à mettre en place un réseau des CEP.
Je suis donc très intéressé d'en savoir davantage afin d'intégrer les TIC dans les pratiques CEP.

Soumis par Sidi Mohamed Hmeida le

Cet article pose un s sujet qui est toujours d'actualité en Afrique, fondamental pour l'évolution et la dynamique de nos sociétés rurales. Personnellement je suis entrain de réfléchir pour la mise en place d'un dispositif d'appui -conseil agro-pastoral en Mauritanie. La prise en compte de la composante jeunes et femmes rurales avec des stratégies innovantes comme les NTIC est intéressante pour l'Afrique. Merci de m'avoir aussi informé sur le contact de Forum africain pour les
services de conseil agricole (AFAAS) pour approfondir certains questionnements.

Soumis par Diallo le

Je lis cet article avec beaucoup de plaisir. La vulgarisation agricole un defis pour amene les jeunes et les ruraux a mieux parfaire les activites.
Moi j'ai réalisé des séances d'information des communautés dans plusieurs domaines : la puciculture, les plantations industrielles les résultats ont été passable, il reste beaucoup a faire même des agents de l'État ont besoin de formation .
Merci,
La terre nourrit son Homme

Soumis par Cibarani le

Très joli plaidoyer en faveur de la ré considération des activités de vulgarisation agricole. Toutefois, il ne suffirait pas que de souhaiter une plus grande inclusion des jeunes et femmes au niveaux des forums nationaux constitutifs de réseaux tels qu'Afaas, il faudrait vraiment s'y mettre finalement. Vive les jeunes dans le renouveau du conseil agricole partou en Afrique.
Cibarani

Soumis par lagha abdelkade animateur radio vulgarisationagricol et cons le

la vulgarisation c'est outil efficace pour le développement de l'agriculture et un réseau de dialogue entre l'agriculteur et le technicien pour mieux résoudre le problème le défit du 21 eme siècle c'est la securite alimentaire lutte contre la désertification et la sauvegarde du patrimoine la porte est ouverte aux jeunes si ces jeunes prennent en considération ce thème bonne initiation
.

Soumis par Lucie oued le

Merci pour le lien. C est un sujet qui est t actualité et ceci nous éclairé d avantage.merci.

Soumis par Yao Aurore le

Je lis cet article avec beaucoup d'interet. C'est important aujourd'hui que les jeunes pratiquent l'agriculture en y apportant des solutions pratiques durables pour une agriculture preservatrice de l'environnement et des produits surs pour les consommateurs

Soumis par Mélanie GLÈLÈ LANGANFIN le

J'ai vraiment apprécié. Il est très important que jeunes, femmes soient présent dans les instances de prises de décisions surtout agricole
Présidente ONG NYONNU AGOOJIÉ

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