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Depuis 2008, les prix alimentaires sont revenus sur la scène internationale. Alors que l’on ne mentionnait à peine les prix lors de la première moitié des années 2000 pour se désoler de leur baisse tendancielle et leur volatilité, les voici depuis 2006 au devant de la scène. Dans un premier temps, c’est le niveau des prix - la flambée - qui était la préoccupation principale des gouvernements et des experts. Depuis le Sommet mondial de 2009, c’est leur volatilité qui a pris le dessus, sous l’impulsion des pays industrialisés et le l’OCDE notamment. L’accent mis depuis 2009 sur la volatilité des prix a des conséquences sur les politiques mises en oeuvre par les uns et les autres. Les pays du Sud ont diminué les ressources allouées à l’investissement agricole et en infrastructures diverses pour financer des stocks alimentaires et des mesures de stabilisation des marchés, et pour augmenter l’interventions publique sur les marchés agricoles. La communauté internationale, à l’instar du G20 de 2011, n’a pas respecté ses engagements prix en 2008 (la crise financière est passée par là) et s’est porté avec plus de visibilité sur les systèmes d’information et des velléités de réglementation des marchés, notamment financiers, qui malheureusement ne se sont pas traduites dans les faits. Il s’avère cependant que les données disponibles ne justifient pas vraiment l’importance accordée à la volatilité des prix. Certains experts indépendants reconnus et la CNUCED produisent des chiffres montrant que la volatilité est conforme à ce qui a déjà été observé dans le passée, et moindre que celle vue lors des années 70 et 80. D’autres, notamment à la FAO, insistent sur le fait que l’augmentation de la volatilité observée récemment sur les marchés globaux (Chicago, etc.) liée aux spéculations financières notamment, de doit pas être confondue avec la volatilité au niveau national, sur des marchés souvent déconnectés du marché mondial pour toute une série de raisons. Des études récentes de la FAO montraient ainsi que la volatilité des prix dans les pays africains était supérieure à celle observée ailleurs dans le monde, alors même que leurs marchés étaient déconnectés du marché mondial. On peut donc se demander si l’importance accordée à la question de la volatilité des prix se justifie par rapport à l’objectif de réduction de la faim dans le monde. L’exemple africain indiquerait qu’il s’agit là d’une grave erreur et qu’en donnant tant de poids aux considérations sur les prix, on se trompe de priorité dans la lutte contre la faim. En effet, une question centrale qui s’impose en Afrique est celui d’une croissance inégale: pendant la première décennie de ce siècle, et alors que le revenu moyen par tête croissait de 5% par an en Afrique, le nombre de personnes souffrant de la faim a augmenté de plus de 40 millions. Voilà un fait qui devrait nous interpeller mais dont personne ne parle. Il soulève la question de la distribution des fruits de la croissance en Afrique et des politiques qu’il s’agirait de mettre en place pour développer des mesures de protection sociale pour les plus défavorisés afin de leur permettre d’une part de manger à leur faim et d’autre part d’augmenter leur capacité à saisir les opportunités créée par la croissance. Cela ne veut bien sûr pas dire qu’il ne faut pas chercher à trouver des moyens pour stabiliser davantage les prix et réduire les risques dans l’agriculture afin d’encourager l’investissement dans ce secteur et augmenter ainsi la production agricole et alimentaire. Mais cessons de confondre la lutte contre la faim aujourd’hui avec la nécessité d’augmenter la production agricole pour faire face à l’accroissement future de la demande alimentaire.

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