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Le Kenya: champion de la lutte contre la mortalité infantile grâce à l'usage répandu des moustiquaires

Kavita Watsa's picture


Ma vie, en Inde, a été marquée par les moustiquaires. Quand j'étais enfant à Bangalore, je ne dormais jamais sans : on les fixait aux pieds des lits, aux portes, aux placards, aux grilles des fenêtres et à tout support qui offrait une hauteur satisfaisante. Chaque nuit, c’était comme si je plantais ma tente ; et si le voile venait à se décrocher, j’étais prise de fous rires incontrôlables.Plus tard, dans ma résidence universitaire de Madras (devenue Chennai), sur les rives nonchalantes du Cooum, j’évitais à la tombée du jour les assauts des moustiques du fleuve en me réfugiant sous une moustiquaire dès six heures sonnées. Victime, petite fille, d’un grave accès de paludisme, j’ai passé le plus clair de mon temps sous ces voiles… Jusqu’à ce que les appareils électriques anti-moustiques n’apparaissent sur le marché, et que les moustiquaires ne perdent de leur attrait.



J’étais dernièrement à Mombasa, une ville côtière du Kenya, et j’ai rendu visite à Halima Ibrahim, une habitante du quartier de Majengo, dont la famille venait de recevoir des moustiquaires distribuées par le gouvernement. Je me suis sentie immédiatement à l'aise dans son minuscule salon, où s’étaient massés proches et amis. Les avis fusaient sur les vertus comparatives des anciennes et des nouvelles moustiquaires. Tout le monde parlait du fléau que représente le paludisme pour la société. Les voiles qui venaient d’être distribués gratuitement marqueront un véritable tournant, répétaient les convives, expliquant qu’ils les protégeraient des piqûres de moustiques et leur épargneraient de lourdes dépenses. Ici, la plupart des familles  n’ont pas les moyens d’acheter des moustiquaires efficaces et robustes aux prix pratiqués localement.



De là où j’étais assise, une scène familière s’offrait à moi. De l’autre côté de la pièce, l’embrasure d’une porte donnait sur une petite chambre où un grand lit s’étalait d’un mur à l’autre, recouvert d’une gigantesque moustiquaire. Un nouveau-né y était allongé, vêtu d’une robe rouge et d’un bonnet, seul membre de la famille à faire la sieste à 5 heures de l’après-midi. Asanat, fille d’Halima et mère de trois enfants, nous a présenté son bébé, en nous disant que lors de sa première grossesse, le dispensaire où elle était suivie lui avait remis une moustiquaire. Les nouveaux modèles sont bien mieux que ceux d’avant, a-t-elle poursuivi : leur taille convient tout à fait, ils sont de meilleure qualité et durent plus longtemps.
Au Kenya, où le paludisme est endémique dans certaines régions, comme celle de Mombasa et ses quartiers en bord de mer, huit foyers sur dix sont désormais équipés de moustiquaires pour lutter contre cette maladie virulente, responsable de nombreux décès et d’une productivité réduite.

Les moustiquaires qui protègent du paludisme ont largement contribué à la survie des enfants durant leur première année de vie. Selon une étude de la Banque mondiale publiée en 2012, l'utilisation de moustiquaires a en effet contribué pour moitié à la formidable réduction du taux de mortalité infantile enregistrée au Kenya. Avec une baisse annuelle de 7,6 % du taux de mortalité chez les nourrissons de moins d’un an, les progrès du Kenya sont les plus rapides parmi les 20 pays d'Afrique subsaharienne pour lesquels on dispose de données issues d’enquêtes récentes sur la démographie et la santé.

Investir dans l’avenir : vaincre le paludisme, tel était le thème de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme pour l’année 2013. Devant la pertinence de cet enjeu, il est bon de saluer les résultats obtenus par le Kenya.

Photo@Gates Foundation