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Les femmes et le commerce en Afrique : mettre un visage sur des chiffres

Maura K. Leary's picture
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© Banque mondialeEn mai dernier, je me suis rendue au  Kenya, en Ouganda et en Tanzanie pour produire, aux côtés d’une équipe basée à Nairobi, un documentaire consacré à la question de la relation entre commerce et égalité hommes/femmes en Afrique.

Pendant que je me rendais sur le lieu de mon premier voyage officiel, j’ai lu et relu les chapitres du nouvel ouvrage formidable que ce film devait illustrer : Women and Trade in Africa: Realizing the Potential (« les femmes et le commerce en Afrique : un potentiel à ne pas négliger »). Si j’étais très à l’aise avec les faits et les chiffres en jeu — le tourisme représente 12,5 % du PIB du Kenya, le coton est la troisième plus grande exportation de l’Ouganda, les propriétaires de petites entreprises représentent une part très importante de l’économie d’exportation en Tanzanie, etc. — ce n’est qu’après avoir rencontré Mary que j’ai pleinement compris la situation que nous tentions d’appréhender.

Mary est la première personne que nous avons interviewée. Avant de la rencontrer, je savais qu’elle était une guide de montagne et entrepreneuse à succès, l’une de ces femmes de plus en plus nombreuses qui essaient de se faire une place dans le secteur en plein essor du tourisme au Kenya, lequel, selon le livre, génère chaque année près d’un milliard de dollars. Ce que je ne pouvais pas savoir, jusqu’à ce que je la rencontre, c’est tous les obstacles qu’elle a dû surmonter pour arriver là où elle en est, et les difficultés qu’elle continue de rencontrer du simple fait qu’elle est une femme : Mary a été victime d’un viol dans sa jeunesse, elle a dû lutter pour continuer sa scolarité et poursuivre sa formation, et aujourd’hui elle subit le harcèlement de ses collègues (presque tous des hommes) lorsqu’elle est en montagne et a systématiquement des invitations à dîner à chaque fois qu’elle va demander un prêt ou un permis pour accroître sa clientèle étrangère.   

Ce qui m’a frappé, en entendant son histoire et celles des nombreuses autres femmes que j’ai rencontrées pendant ce voyage, des agricultrices aux petites chefs d’entreprise citadines, c’est l’importance de savoir qui se cache derrière les chiffres — en l’occurrence qui sont ces femmes dont on parle ? où vivent-elles ? quel est leur quotidien ? — pour pouvoir totalement comprendre et utiliser ces données et être en mesure, in fine, de fournir de meilleurs services et des conseils plus adaptés sur les politiques à suivre. Cette découverte ne va pas m’empêcher de continuer à étudier avec acharnement les faits et les chiffres qui ne manqueront pas d’être publiés mais il est évident qu’elle m’incitera dorénavant à en savoir plus et à creuser davantage sous la surface pour savoir ce qu’ils représentent et, par-dessus tout, qui ils représentent.