Syndicate content

Envie de réagir ? Envoyez-nous vos questions et commentaires

Le harcèlement homophobe en milieu scolaire mine les efforts de la Banque mondiale en faveur de l'égalité

Caroline Vagneron's picture

Tableau d'Ernest Katantazi Mukasa La question de l'inclusion et des apprentissages pour tous a été au cœur des discussions entourant la stratégie de la Banque mondiale pour le secteur de l’éducation à l’horizon 2020 (a). L'un de ses principaux messages est le suivant : « Il est indéniablement profitable de veiller à ce que les populations défavorisées bénéficient d'une égalité des chances en termes d'apprentissage et de réussite pour que les ménages, les communautés et les nations puissent atteindre la prospérité ». Par conséquent, mettre en place des environnements scolaires adaptés à ces populations constitue un aspect essentiel de notre action visant à améliorer l'accès à l'éducation et sa qualité partout dans le monde.

En matière d’éducation, la Banque concentre ses efforts sur les filles (a), les minorités ethniques et les enfants handicapés. Mais il existe un autre facteur d’exclusion que la Banque doit prendre en considération et auquel elle doit tenter de remédier : celui du harcèlement scolaire, en particulier à caractère homophobe.

De l'intimidation à l'agression physique, l’homophobie en milieu scolaire apparaît aujourd’hui comme un problème grave auquel seraient confrontés plus de 100 millions d'élèves dans le monde entier. Un rapport récent de la Banque mondiale, consacré à l’enjeu de l’inclusion pour le partage de la prospérité,relève que « ce que l’on prenait autrefois pour de simples taquineries inoffensives est désormais reconnu comme du harcèlement, un phénomène qui conduit à l'exclusion des élèves présentant certains traits particuliers ». Si le harcèlement scolaire est souvent associé à une discrimination liée à l'origine ethnique (comme l'illustre une étude (a) réalisée par la Banque mondiale en 2012 sur la nécessité de lutter contre les discriminations dont sont victimes les Roms en Europe de l’Est dès leur plus jeune âge) ou à des caractéristiques personnelles (par exemple l'apparence physique ou le handicap, comme l'ont montré de nombreux rapports de l'UNICEF), un rapport établi en 2006 par le Secrétaire général des Nations Unies sur la violence contre les enfants montre que la plupart des actes de harcèlement sont d’ordre sexuel ou sexiste, aussi bien en ce qui concerne le choix des victimes que la nature des agressions.

Les données disponibles mettent en lumière des environnements hostiles

Aux États-Unis, une enquête nationale réalisée en 2011 sur le climat en milieu scolaire (a) auprès d’élèves se déclarant comme appartenant à une minorité sexuelle révèle que les écoles du pays constituent un environnement hostile pour un nombre alarmant de jeunes LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres), l'écrasante majorité étant victimes de remarques homophobes (y compris de la part des professeurs et des autres membres du personnel scolaire).

Près de 40 % d'entre eux affirment avoir été victimes de harcèlement physique au sein de leur établissement au cours de l'année écoulée à cause de leur orientation sexuelle ou de l'expression de leur identité sexuelle. On retrouve des chiffres similaires en Amérique du Sud : Chili (68 %), Guatemala (53 %), Mexique (61 %) et Pérou (66 %). Une étude menée en Inde et au Bangladesh a révélé que 50 % des hommes homosexuels ont subi un harcèlement de la part des autres élèves et des professeurs à l'école ou à l'université. Selon le rapport de 2011, cette incidence élevée du harcèlement et des agressions physiques est exacerbée par le fait que les membres du personnel scolaire n'interviennent que rarement, voire jamais, pour défendre les élèves LGBT.

Ces taux sont encore plus élevés pour les jeunes transgenres (a). En Afrique du Sud, lesbiennes et gays signalent qu'ils sont très fréquemment victimes d'agressions verbales, sexuelles ou physiques à l'école, principalement de la part d'autres élèves, mais aussi des professeurs et des directeurs d'établissement. Cela corrobore les résultats d'une étude nationale sur la violence des jeunes et les politiques et programmes associés en Afrique du Sud (a), publiée en juin 2013. Une enquête menée auprès des élèves sortis du système scolaire révèle que 68 % des gays et 42 % des lesbiennes déclarent avoir été victimes de propos haineux à l'école, et 10 % de violences sexuelles.

L'homophobie et le harcèlement à caractère homophobe sapent les chances d'éducation et d'apprentissage. Les victimes de harcèlement ont plus tendance que les autres à manquer les cours, à avoir de mauvais résultats et, potentiellement, à sortir du système scolaire. En Inde et au Bangladesh, une étude menée auprès d'hommes ayant des rapports homosexuels a révélé qu'un grand nombre de ceux qui ont été victimes de harcèlement scolaire homophobe sont sortis prématurément du système scolaire, ce qui a eu ensuite des répercussions sur leur aptitude à l'emploi.

Le harcèlement conduit également à une incidence plus élevée des problèmes de dépression, d'anxiété, d'isolement social et de suicide, et plusieurs études ont montré un lien indéniable entre harcèlement et violence sexuelle. Dans une étude réalisée dans plusieurs pays d'Amérique latine, près de 15 % des personnes interrogées au Chili ont rapporté envisager de mettre fin à leurs jours. D'autres données indiquent que les jeunes qui sont victimes de harcèlement sont plus exposés à l'alcoolisme et à la toxicomanie, et sont davantage susceptibles d'adopter des comportements sexuels à risque.

L'enquête américaine sur le climat en milieu scolaire confirme les effets ravageurs des violences liées à l’orientation sexuelle ou à l'expression de l’identité sexuelle sur la santé et les résultats des élèves concernés.

Une menace sérieuse pour les droits humains

Il faut lutter contre l'homophobie et le harcèlement homophobe à plusieurs titres. Bien trop souvent, ces phénomènes ne donnent lieu à des réactions que lorsque des tragédies se produisent (a). Or, le harcèlement menace considérablement les droits humains les plus fondamentaux, notamment le droit à l'éducation. Si l'on considère la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948), le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, la Convention des Nations unies relative aux droits de l'enfant et la Convention de l'UNESCO concernant la lutte contre la discrimination dans le domaine de l'enseignement, le harcèlement mine également tous les aspects d'une approche de l'éducation basée sur les droits de l'homme : accès, qualité et respect au sein de l'environnement scolaire, comme le reflètent les objectifs du Millénaire pour le développementainsi que le Cadre d'action de Dakar et les Principes de Jogjakarta qui leur sont associés.

En 2011, le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies a voté la toute première résolution visant les violations des droits de l'homme spécifiquement liées à l'orientation ou à l'identité sexuelle. Elle réaffirme l'universalité des droits de l'homme et fait part des préoccupations du Conseil vis-à-vis des actes de violence et de discrimination liées à l'orientation ou à l'identité sexuelle. En 2012, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a exhorté les pays du monde entier à lutter contre « l'indignité morale et l'atteinte grave aux droits de l'homme » que constitue l'homophobie et à « adopter les mesures nécessaires pour protéger les personnes — toutes les personnes — contre les actes de violence et de discrimination, y compris ceux qui sont liés à l'orientation ou à l'identité sexuelle ».

Parallèlement au travail effectué au sein des Nations Unies, des pays du monde entier ont uni leurs efforts de lutte contre ces atteintes spécifiques aux droits humains dans le cadre des différentes unions régionales et communautés d'États auxquelles ils appartiennent (par exemple le Conseil de l'Europe en 2010 et l'Organisation des États américains en 2011). Certains pays ont intégré cette question à leur Constitution (comme l'Afrique du Sud) ou adopté des politiques nationales ciblées (comme le Brésil, le Népal, Hong Kong et les Philippines). D'autres pays ont élaboré des politiques spécifiques pour lutter contre les discriminations liées à l'orientation ou à l'identité sexuelle dans le cadre spécifique du secteur de l'éducation (par exemple le Salvador et le Brésil).

Disposer des outils adéquats

À la suite du Colloque sur les politiques et les pratiques efficaces pour combattre le harcèlement homophobe dans l’éducation qui s'est tenu à Paris en mai dernier, l'UNESCO a développé un ensemble d'outils spécifiques dans ce domaine (a). Ces outils mettent l'accent sur la conception de programmes et de méthodes d'enseignement capables de lutter contre les phénomènes de harcèlement, en particulier à l'encontre des élèves LGBT, ainsi que sur des actions décisives de formation et de soutien des enseignants.

De la même façon, l'Institut de la Banque mondiale a développé une formation en ligne sur la prévention de la violence et de la criminalité urbaines (a) qui présente un certain nombre d'approches théoriques de la prévention de la violence en milieu scolaire. Enfin, l'équipe de la Banque mondiale œuvrant dans le secteur de l’éducation a développé le programme RES-360° (a), qui a pour objectif de cibler les ressources et les démarches participatives dans les écoles et les communautés locales qui, si elles étaient identifiées et appuyées, pourraient renforcer la pertinence et l'efficacité des programmes éducatifs nationaux dans les contextes difficiles, une approche qui pourrait facilement s'appliquer en milieu scolaire aux jeunes appartenant à des minorités sexuelles. De plus, ces initiatives pourraient être aisément incorporées aux projets de la Banque mondiale dans le domaine de l'éducation.

Cette question entre dans le cadre des efforts de la Banque mondiale dans le secteur de l'éducation. Alors que la Banque met en œuvre sa stratégie à l’horizon 2020, qui cible particulièrement les populations défavorisées, nous devons prendre le temps de réfléchir à ces problèmes, en gardant bien à l'esprit le caractère potentiellement hétéronormatif de notre action. La Banque s'engage à favoriser l'égalité d'accès à une éducation de qualité pour tous les enfants, et cette démarche doit inclure ceux qui sont victimes de discriminations liées à l'orientation ou à l'identité sexuelle, perçue ou réelle. Il nous reste à trouver la marche à suivre pour rendre notre approche totalement inclusive.

 

Suivez sur Twitter l'action de l'équipe de la Banque mondiale œuvrant dans le secteur de l'éducation :@wbeducation

 

Plain text

  • Balises HTML autorisées : <br> <p>
  • Passage à la ligne et paragraphes automatiques.
En soumettant ce formulaire, j'accepte la politique de confidentialité de Mollom.