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2015, une année plus sûre pour les femmes dans les transports publics ?

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NEW DELHI – C’est arrivé devant une galerie marchande à Gurgaon, un centre financier et industriel en pleine expansion au sud-ouest de la capitale. Une jeune femme de 21 ans, qui vient de s’installer à Gurgaon, prend un taxi collectif pour rentrer chez elle après sa deuxième journée de travail. « Quand le chauffeur a commencé à rouler dans des rues désertes, j’ai compris tout à coup que j’étais dans sa propre voiture, et pas dans un taxi, me raconte-t-elle, deux ans après. Il m’a emmenée dans un endroit où il n’y avait personne, il m’a frappée, menacée et violée. J’aurais dû me méfier. Si seulement il existait des moyens de transport sûrs. » 



D’après un rapport du National Crimes Record Bureau (a), en Inde, toutes les 51 minutes, une femme est harcelée ou agressée dans un lieu public. Pour les femmes et les filles, il est difficile et dangereux de prendre les transports publics, surtout à la nuit tombée. Le nombre de cas de violence et de harcèlement, signalés ou non, est effrayant.
 
Récemment, le viol d’une femme de 25 ans par un chauffeur de la société de taxi Uber a amené à se demander si les radio-taxis constituaient réellement un moyen de transport plus sûr. À New Delhi, le métro ne fonctionne que jusqu’à 23 h 00 (c’est donc un moyen de transport exclu pour les personnes qui se déplacent tard le soir) et il est également périlleux de prendre un bus la nuit. On se souvient encore du viol en réunion et du meurtre particulièrement sauvages, en 2012, d’une physiothérapeute de 21 ans qui voyageait à bord d’un bus de nuit.
 
Faut-il en conclure que les femmes et les filles ne devraient pas du tout sortir de chez elles ? Ou ne devrait-on pas plutôt se dire que leur vulnérabilité dans les lieux publics impose de repenser la conception et l’organisation des transports publics afin qu’elles se sentent plus en sécurité ?
 
La conception des transports est primordiale
 
Des rues sombres, des arrêts de bus mal éclairés et vides ou un parking désert qu’il faut traverser seule la nuit sont un cauchemar pour la plupart des femmes. Dans les zones urbaines, les audits de sécurité se multiplient afin de rendre ces endroits plus sûrs.
 
En Inde, Jagori a commencé à mener des audits de sécurité en 2007. Grâce à Safetipin (a), son application pour smartphones, cette ONG a réalisé des audits dans sept villes indiennes, et envisage de faire de même à Bogota et à Jakarta. L’organisation HarassMap a lancé une initiative similaire dans plusieurs villes d’Égypte.
 
Caren Grown, directrice principale du pôle Genre et égalité des sexes du Groupe de la Banque mondiale, insiste sur la nécessité de prendre en compte la sécurité et les besoins des femmes à chaque phase des projets de transport et d’infrastructure.
 
« Dès la conception d’un projet, il s’agit de veiller à ce que les marches ne soient pas trop hautes pour les femmes, que les trottoirs soient suffisamment larges, que des rampes soient installées et que le problème du ‘dernier kilomètre’ soit résolu », explique-t-elle.
 
Rédactrice indépendante, Ha Nguyen fait la navette entre Hanoi et Washington. Lorsqu’elle est au Viet Nam, elle préfère utiliser son propre moyen de transport et, comme la plupart des jeunes femmes, va travailler en scooter, car les transports publics ne proposent généralement pas de solution porte à porte.
 
Une enquête de la Banque mondiale (a) aboutit aux mêmes constats : au Viet Nam, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à se déplacer à pied ou à vélo.
 
« À Hanoi, le réseau de transports publics n’est pas satisfaisant. Du temps où j’étais étudiante, je prenais le bus et je subissais des formes de harcèlement classiques. De jeunes garçons apostrophaient et essayaient de tripoter des femmes dans les bus bondés. Depuis, je prends rarement les transports en commun », affirme Ha.


 
Des transports réservés aux femmes
 
Pour tenter de lutter contre le harcèlement sexuel, Katmandou, la capitale du Népal, est la dernière ville en date à avoir introduit des bus réservés aux femmes. Selon un rapport de la Banque mondiale paru en 2013 (a) sur les transports publics au Népal, dans les transports en commun, 96 % des femmes préfèrent s’assoir ou se tenir debout à côté d’une autre femme, tandis que 33 % optent pour un mode de transport favorisant leur sécurité. Si, pour beaucoup, les transports réservés aux femmes sont garants de leur sécurité, pour d’autres, la ségrégation ne fait que renforcer les inégalités.
 
Dans le métro de Mexico, « certaines voitures sont réservées exclusivement aux femmes et aux enfants, mais ces espaces ne sont pas suffisants car les usagers des transports sont très nombreux. En outre, cette solution ne saurait être permanente. Il faut mener des campagnes de sensibilisation afin que les femmes soient davantage respectées », estime Rosario Carmona, une journaliste mexicaine.
 
Comme au Mexique, des voitures réservées aux femmes existent aussi dans le métro au Japon, au Brésil, en Égypte, en Russie, en Inde, à Dubaï et en Iran, mais, dans beaucoup de villes de ces pays, comme à Delhi, le taux de harcèlement dans les transports publics reste élevé.
 
Julie Babinard, spécialiste des transports à la Banque mondiale, considère que les voitures réservées aux femmes ne sont pas la panacée mais seulement une solution à court terme.
 
« L’intérêt nouveau que suscitent ces moyens de transport non mixtes devrait être considéré comme une opportunité d’améliorer la sécurité dans les villes, et non comme un remède miracle à la violence qui s’exerce à l’égard des femmes dans les transports et en milieu urbain », explique-t-elle..
 
Croissance économique
 
Le travail des femmes étant intrinsèquement lié à l’offre de transports, celle-ci influe directement sur les efforts visant à éradiquer la pauvreté et à promouvoir une croissance inclusive.
 
D’après une enquête nationale (a), en Arabie saoudite, 11 % seulement des femmes adultes travaillent, notamment parce que la plupart n’ont pas les moyens d’avoir un chauffeur et que la loi leur interdit de conduire.
                                                                                                         
La réduction des disparités entre les sexes dans le monde du travail pourrait faire considérablement avancer le développement. Selon une étude de Goldman Sachs, si l’on réduit ces disparités dans l’emploi, le revenu par habitant pourrait progresser de 14 % sur les marchés émergents d’ici 2020.
 
La sécurité dans les rues et les transports fait partie des grandes priorités à travers le monde. Dans un sondage mené à l’initiative des Nations Unies (a) dans le cadre des consultations sur les cibles qui succèderont aux objectifs du Millénaire pour le développement, « l’amélioration des transports et des rues » a été citée parmi les 10 grandes priorités par les plus de 7 millions d’hommes et de femmes qui ont répondu à cette enquête.
 
Le message passe. Cette semaine, à Washington, par exemple, l’Académie nationale des sciences organise la plus importante réunion au monde d’experts des transports (a), et plusieurs sessions consacrées à la question des femmes (a) sont prévues.
 
De son côté, le Groupe de la Banque mondiale a accordé au Brésil un prêt de 500 millions de dollars à l’appui des politiques de développement pour un projet d’infrastructure de grande ampleur visant à moderniser les transports urbains à Rio. Ce projet, qui tient compte du problème de la violence à l’égard des femmes, vise à doter toutes les gares de toilettes pour femmes et d’un meilleur éclairage. Une initiative similaire, qui bénéficie d’un prêt de 205 millions de dollars, est en cours en Équateur.
 
Il est urgent de prendre en compte les femmes dans tous les aspects des transports et de l’infrastructure, car le retard dans ce domaine n’a que trop duré. Les avantages qu’en tireront les femmes et les filles, leur famille et leur communauté sont évidents. Les femmes doivent rester au premier plan et tout en haut de la liste des priorités.

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