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Croissance du commerce mondial : une remontée inattendue, mais des perspectives très incertaines

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Les échanges internationaux ont enregistré un rebond inattendu en 2017, à la suite d’une période de croissance molle et sur fond d’incertitudes autour des politiques commerciales. Le volume des échanges de biens et de services a progressé de 4,3 % en 2017, soit le taux de croissance le plus élevé depuis six ans (graphique 1). Ce redressement, généralisé, a surtout bénéficié des performances de l’Asie de l’Est et de la zone euro. Les données les plus récentes viennent confirmer la poursuite de l’embellie du commerce mondial : au premier trimestre de 2018, le volume des échanges de marchandises a augmenté de 4,4 % par rapport à la même période de l’année précédente. Comment expliquer cette dynamique ?
 

Le dernier rapport de la Banque mondiale sur la situation du commerce mondial (a) apporte des pistes de réponse. L’accélération des échanges internationaux en 2017 s’explique tout d’abord par un certain nombre de facteurs cycliques. Au premier rang de ces facteurs figure l’amélioration de la croissance du produit intérieur brut (PIB) réel, qui a grimpé à 3,7 % en parité de pouvoir d’achat et à 3 % en tenant compte des taux de change du marché, soit des niveaux record depuis 2012 (graphique 1).

Autre facteur favorable, la hausse de la croissance des investissements (graphique 2), qui a contribué à hauteur de 75 % à l’accélération de la croissance du PIB mondial entre 2016 et 2017. L’investissement constitue la composante de la demande globale la plus génératrice d’importations, sachant que la production de biens d’équipement s’inscrit dans des chaînes de valeur mondiales plus étendues. Selon des données mensuelles préliminaires, la croissance des importations de biens d’équipement (machines, équipements électriques, etc.) a atteint en 2017 un niveau sans précédent depuis 2012, du fait principalement de la hausse des importations hors combustibles de l’Union européenne et des États-Unis. Dans les deux cas, c’est l’augmentation des importations de machines et d’équipements électriques en provenance d’Asie de l’Asie, et de Chine plus particulièrement, qui a tiré la croissance enregistrée en 2017.

L’impact de la hausse de la demande de biens d’équipement sur les échanges a été amplifié par les chaînes de valeur mondiales. En effet, même si l’on a assisté à une poussée des importations brutes de machines et d’équipements électriques en provenance de Chine, une part considérable de la valeur ajoutée provient en réalité d’autres pays. En 2016, moins de la moitié de la valeur ajoutée des équipements électriques importés de Chine par les États-Unis et l’Allemagne correspond effectivement à de la valeur ajoutée chinoise (graphique 3).
 
En dépit de ces signes de vitalité, l’expansion du commerce mondial reste relative. De fait, bien que le volume des échanges ait augmenté plus rapidement que le PIB réel en 2017, l’écart entre les taux de croissance des deux indicateurs correspond en gros à celui observé en moyenne dans la décennie 1980-90. Surtout, il est bien en-deçà de celui enregistré dans les années 90, quand la croissance des échanges internationaux était deux fois supérieure à celle du PIB réel (graphique 1).

Plusieurs facteurs, nouveaux et anciens, entravent l’expansion du commerce mondial. La « maturation » des chaînes de valeur mondiales est un facteur de ralentissement structurel. L’avance de la croissance des échanges sur celle de la production dans les années 90 s’était inscrite dans un processus de fragmentation internationale de la production qui a donné naissance aux chaînes de valeurs mondiales et a conduit à un essor rapide du commerce de composants. Ce processus serait arrivé à maturité ces dernières années (graphique 4), entraînant ainsi la décélération de la croissance des échanges (a).
 


Le deuxième facteur réside dans le risque de protectionnisme et, plus généralement, dans le climat d’incertitude qui caractérise actuellement les politiques commerciales. Certes, la part des échanges de marchandises concernée par les mesures de restriction au commerce est restée stable en 2017, à hauteur de 1 % (graphique 5). Mais on observe depuis 2015 une hausse sensible de la proportion des échanges faisant l’objet de procédures relatives à des mesures « correctives », qui sont le signe précurseur de mesures protectionnistes. En outre, les mesures restrictives imposées au premier trimestre de cette année peuvent avoir un effet à retardement sur la croissance des échanges, puisque les contrats commerciaux sont généralement conclus plusieurs semaines ou mois à l’avance.
 

Les perspectives de croissance des échanges internationaux dépendront de la capacité des accords commerciaux existants à empêcher le recours à des dispositifs protectionnistes ainsi que de la rapidité d’effet des nouveaux accords. En effet, s’il existe un risque sérieux de durcissement des politiques commerciales (avec notamment la remise en cause de l’Accord de libre-échange nord-américain et le Brexit), le paysage du commerce mondial est également marqué par l’apparition de nouveaux accords incluant souvent des pays en développement. Accord de partenariat transpacifique (TPP), Partenariat économique régional global (RCET) ou encore Zone de libre-échange continentale (ZLEC) en Afrique : si elles aboutissent, ces nouvelles ententes déjà conclues ou en cours de négociation pourraient avoir un effet considérable et durable sur le dynamisme du commerce mondial.

 

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