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Secteur des transports : une féminisation en marche, mais encore insuffisante

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À partir du mois de juin, 9 millions de femmes (a) pourront prendre le volant en Arabie saoudite, après l’annonce, en septembre 2017, de la levée de l’interdiction de conduire dont elles faisaient l’objet. Alors que l’attention internationale s’est focalisée sur le cas extrême de l’Arabie saoudite, on oublie que, dans plusieurs pays du monde, certains emplois de conducteurs sont interdits aux femmes. Dans sa dernière édition du rapport Les Femmes, l’Entreprise et le Droit, la Banque mondiale recense ainsi 19 pays dans lesquels le travail des femmes dans le secteur des transports est soumis à des restrictions qui ne s’appliquent pas aux hommes.
 
Dans des pays comme le Belize, la Dominique et le Nigéria, les femmes ne peuvent pas travailler dans le transport de marchandises ou de personnes la nuit — une interdiction qui trouve probablement son origine dans des lois remontant à l’époque coloniale et reposant sur des conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT) aujourd’hui dépassées. Dans la Fédération de Russie, comme au Bélarus, au Kazakhstan et en Ouzbékistan, nombre d’emplois dans les transports sont inaccessibles aux femmes. Dans ces pays, les métiers de conducteur de train, de poids lourd, de métro ou de bus ne se conjuguent pas au féminin.

Pourquoi est-il important de réformer des lois discriminatoires ?

Les législations qui restreignent l’emploi des femmes sont internationalement reconnues comme des atteintes aux droits humains. La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et la Convention concernant la discrimination en matière d'emploi et de profession de l’OIT viennent affirmer le droit des femmes au libre choix de la profession et de l’emploi.

Outre ces arguments traditionnels mettant en avant les libertés fondamentales, les bonnes raisons ne manquent pas de mettre fin à des lois discriminatoires dont on sait qu’elles ont des effets nuisibles sur la croissance économique et les entreprises. Selon le rapport Les Femmes, l’Entreprise et le Droit, dans les pays qui imposent des restrictions légales au travail des femmes, on observe une plus faible participation des femmes à la vie active et des écarts de salaires entre les sexes plus élevés.

Dans le cas de l’Arabie saoudite, la décision historique de lever l’interdiction de conduire pour les femmes relève en partie de considérations économiques. Selon le New York Times (a), les dirigeants saoudiens espèrent que cette mesure soutiendra l’économie en augmentant la participation féminine  au marché du travail : le taux d’activité des femmes en Arabie saoudite s’élève à 22 % seulement, contre 79 % chez les hommes. On ne sait pas cependant si les Saoudiennes seront autorisées à exercer la profession de conducteur.

Quant aux entreprises de transport, elles ont tout intérêt à employer des femmes. C’est avant tout une façon de s’assurer qu’elles ne se privent pas, au moment de recruter, d’un vivier qui représente la moitié de la population et de mieux répondre ainsi à leurs besoins en personnel. Cette mixité peut également permettre aux entreprises d’améliorer le service clients, en confiant aux hommes et aux femmes des fonctions de contact avec le public, notamment au volant. L’enjeu, pour les entreprises de transport, est enfin de travailler leur image de marque : celles qui affichent une représentation plus équilibrée des deux sexes se donneront une image plus progressive, représentative de leur clientèle.

Les lignes commencent à bouger

Bonne nouvelle, les tendances sont encourageantes. En décembre 2015, l’Ukraine a abrogé (a) des réglementations qui dataient de l’ère soviétique et interdisaient aux femmes de conduire des poids lourds, des trains, des locomotives, des trams et certains types de bus ; près de 450 autres métiers sont également concernés par cette réforme. Au mois d’avril (ru) dernier, le ministère russe du Travail a présenté un projet de réglementation (ru) qui viendrait remplacer la Résolution No 162 de 2000 (ru) interdisant aux femmes d’exercer 456 professions et ramènerait ainsi la liste des emplois interdits à 35 catégories. Il faut souligner que cette liste ne comprend pas les métiers de conducteur de poids lourd, de métro et de bus.

De fait, les États prennent acte des bénéfices que représente, pour l’intérêt général, la participation égale des femmes dans les transports. Les entreprises du secteur commencent quant à elles à prendre conscience des répercussions négatives des disparités entre les sexes sur leur service clients, leurs recettes et leur efficacité opérationnelle. Mais le démantèlement des restrictions légales au travail des femmes dans les transports n’est qu’une première étape. Il faudra aussi faire tomber d’autres barrières, peut-être moins visibles, mais solidement ancrées dans la société. Ces obstacles relèvent notamment des stéréotypes sexuels qui influent fortement sur les choix des filières d’éducation en fonction du sexe, et réduisent les métiers de conduite à des emplois exclusivement masculins. Ils concernent également les questions de sécurité et de santé au travail, de l’absence d’équipements adaptés au problème du harcèlement sexuel.

Pour aller de l’avant, il est important de continuer à souligner les progrès accomplis et à mettre en lumière tous les arguments qui plaident en faveur de la féminisation des transports, du point de vue des droits humains, de l’économie et de l’intérêt commercial.


Suivez l’équipe Emplois du Groupe de la Banque mondiale sur Twitter @wbg_jobs.

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