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Des emplois verts pour l’Afrique

Par Daniel Kammen

Lors d’une réunion du Forum de partenariat des Fonds d’investissement climatiques (FIC), au Cap, j’ai présidé une séance consacrée à la science du changement climatique au cours de laquelle un représentant du ministère de l’Énergie de l’Éthiopie s’est levé pour faire un commentaire éloquent : « Je me réjouis que nous parlions du développement sobre en carbone et des instruments de planification communautaire disponibles, mais, dans les zones rurales d’Afrique de l’Est, tout le monde voit bien que le climat change. À chaque nouvelle saison, ma mère me dit que les pluies et les températures n’étaient pas les mêmes du temps de sa jeunesse ».

Que faire ?

Il est essentiel de consacrer davantage d’énergie et d’argent à la fabrication des technologies vertes innovantes : essayer d’exploiter le vent ou le soleil sans panneaux solaires ni éoliennes, c’est comme essayer d’attraper des poissons sans filet ni canne à pêche. Or l’Afrique est à même de fabriquer les « filets » nécessaires.

Des opportunités existent à tous les niveaux : depuis la mise en place de programmes à l’échelle des villages pour la fabrication de poêles à bois plus efficaces ou la construction de matériel et de systèmes de connaissances destinés à la mise au point de « mini-réseaux » locaux, jusqu’aux efforts nationaux et aux partenariats mondiaux pour une production à grande échelle. La communauté internationale du développement peut y contribuer, comme c’est déjà le cas par exemple avec le Programme de valorisation à grande échelle des énergies renouvelables (SREP), dont il a notamment été question au Forum de partenariat des FIC. Les investissements massifs que réalise actuellement la Chine en Afrique pourraient porter sur les installations de production locales et le renforcement des capacités nationales.

À l’occasion d’une session que je présidais et consacrée justement aux possibilités de déploiement à grande échelle de cette production, les intervenants ont offert des exemples tout à fait remarquables. Dan Gizaw, l’un des fondateurs de Danotek, une entreprise basée à Canton (Michigan) qui fabrique des alternateurs à aimants permanents pour les éoliennes, a montré comment le secteur des énergies vertes peut générer des emplois. Il est originaire d’Éthiopie, et sa société a implanté des unités de production dans ce pays. « La fabrication d’éoliennes, et des composants qui vont avec, dans un pays présente un avantage sur l’importation : elle crée des emplois. Avec notre usine, nous avons donné naissance à 475 postes ».

Nancy Chege, coordinatrice nationale pour le Kenya du Programme de microfinancements du Forum pour l’environnement mondial, a relaté une expérience analogue axée sur le rôle des communautés. Son programme accorde des aides de démarrage destinées aux communautés qui conçoivent des solutions fondées sur la technologie et le savoir pour résoudre les problèmes auxquelles elles sont confrontées. Ainsi, un programme visant à développer des fourneaux de cuisine pour des écoles et des centres communautaires a obtenu une aide et a été récompensé par le prestigieux prix Ashden. L’un des directeurs de ce projet, Charles Kirubi, a obtenu son Ph.D. avec moi à Berkeley ; aujourd’hui, il est de retour au Kenya où il donne des conférences à l’Université Kenyatta tout en commercialisant des lanternes solaires.

Silvia Pariente-David, spécialiste senior du secteur énergétique à la Banque mondiale, abonde dans ce sens. Commentant un projet-phare de production et d’énergie propre au Maroc, elle observe qu’il permettra de créer des milliers d’emplois dans les prochaines années. « Le nombre d’emplois dépend de la proportion d’applications qui sont fabriquées localement. Si 65 % des composants des panneaux solaires sont produits dans le pays, le secteur solaire marocain générera jusqu’à 80 000 emplois en 2020-2025 ». L’équipe de Silvia table sur la production au Maroc de trois gigawatts d’énergie solaire destinés à la consommation intérieure et à l’exportation vers l’Europe.

Bien entendu, certains facteurs rendent complexe la fabrication de composants pour les énergies renouvelables en Afrique.

« La certification étant limitée en Afrique, la qualité n’est pas toujours optimale. Nous devons améliorer cet aspect, afin de ne pas dissuader ceux qui souhaitent investir dans le secteur africain de l’énergie verte, explique Tanja Faller, économiste à la Banque africaine de développement. L’Afrique est également aux prises avec une pénurie de travailleurs qualifiés. Ces problèmes ne sont pas insolubles mais requièrent de l’attention. »

Je suis néanmoins convaincu que ce secteur peut enregistrer une croissance incroyablement rapide et que l’Afrique peut en bénéficier triplement. Dans de nombreux pays africains, les populations qui ont accès à l’électricité sont peu nombreuses, et les marchés sont donc à portée de main. Des financements supplémentaires sont nécessaires, mais grâce à la coordination des donateurs et du secteur privé, ils sont prêts à affluer. Et surtout, la demande d’énergie se fait sentir de même qu’il existe un intérêt économique pour les ressources solaires, éoliennes, géothermiques ou encore hydroélectriques.

Au cours de mes recherches sur les emplois verts dans le monde, j’en ai constaté le potentiel économique et rédigé un rapport avec Ditlev Engel, directeur de Vestas Wind Energy.

Dans un autre rapport, Putting Renewables and Energy Efficiency to Work, j’ai développé avec mes étudiants un outil de calcul open source en ligne qui permet d’évaluer le potentiel économique de la maîtrise énergétique et de l’énergie renouvelable. L’intérêt et la pertinence de cet outil tiennent au fait que nous ne nous sommes pas appuyés sur des modèles théoriques, mais sur l’expérience d’entreprises du secteur. La semaine prochaine, je me rendrai au Sud-Soudan et en Éthiopie pour rencontrer des entrepreneurs comme Dan Gizaw afin de dresser le bilan des efforts actuellement déployés sur le terrain.

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