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En quoi consiste le développement ? À aider les pauvres pour s’aider soi-même

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Ce billet fait partie d’une série de textes dans lesquels des leaders d’opinion membres du programme LinkedIn Influencers présentent leur secteur d’activité et dessinent son avenir. Consulter tous les billets de blog (a).

Beaucoup associent, à tort, mon domaine d’activité à de la bienfaisance en faveur des pauvres. Il ne s’agit pas de dénigrer les organisations caritatives : elles accomplissent un travail louable et généreux. Mais le développement va au-delà de la philanthropie et son importance pour l’économie mondiale est bien plus grande qu’on ne le pense.

Après la crise financière de 2008-2009, ce sont les pays en développement qui, grâce à leur croissance alerte, ont contribué (à hauteur de 50 % environ) à redonner des couleurs à l’économie mondiale. Aujourd’hui par exemple, une bonne moitié des exportations des États-Unis partent vers les marchés émergents et les économies en développement. Où l’on voit que le développement économique mondial peut aussi améliorer vos bénéfices…

À la Banque mondiale, notre priorité, c’est d’aider plus d’un milliard de personnes à sortir de l’extrême pauvreté et de doper les revenus des 40 % les plus pauvres dans les pays en développement. Pour cela, nous devons concevoir des stratégies de croissance pour les pays émergents qui profitent à tous les pans de la société. Quand je dis « pays émergents », je pense aussi aux États fragiles qui, après des années de conflit, tentent de tourner la page et d’offrir du travail à leurs populations.

Je demande systématiquement aux membres de mon équipe s’ils ont un « plan ». Aujourd’hui, les financements publics diminuent comme peau de chagrin et nous devons rechercher d’autres options pour accomplir notre mission. C’est ainsi que nous pourrons attirer les investisseurs privés, ceux qui créent des emplois : dans 90 % des cas en effet, la création d’emploi dans les pays en développement est le fait du secteur privé. Pour réaliser nos ambitions pour les pauvres et les groupes vulnérables, il n’y a pas à tergiverser : la priorité doit aller au développement des entreprises privées, même dans les pays les plus démunis.

L’action du Groupe de la Banque mondiale en faveur des pays en développement se décline selon trois grands axes.

Premier axe, une croissance inclusive. Nous savons que, pour se développer, les pays doivent adopter des stratégies qui profitent à tous, sans exclusion. Une stratégie efficace d’un point de vue économique et politique bénéficie aux 40 % les plus pauvres de la population.

À l’inverse, lorsque certains membres d’une société sont exclus du fait de leur sexe, leur appartenance ethnique, leur âge, leur religion, leur orientation sexuelle ou pour toute autre raison, l’économie en pâtit. D’autant qu’un jour, ces laissés-pour-compte risquent d’investir les rues pour exprimer leurs frustrations. Une croissance qui exclut ne peut pas durer et va même jusqu’à menacer la prospérité et la sécurité de la planète tout entière.

Deuxième axe, l’investissement dans le « capital humain » : développer les services d’éducation (a), de santé et de protection sociale (a) est rentable non seulement pour ceux qui en bénéficient, parce que leur quotidien s’améliore, mais aussi pour la croissance économique et, par ricochet, pour la stabilité des pays.

La plupart des gens estiment que le moyen d’échapper à la pauvreté consiste à avoir un bon emploi. Mais pour décrocher ce sésame, il faut avoir les compétences requises, un niveau d’instruction suffisant et être en bonne santé, de sa naissance à l’âge adulte.

Selon les travaux d’une commission dirigée par le prix Nobel Michael Spence, les pays les plus performants en termes de croissance investissent entre 7 et 8 % de leur PIB dans l’éducation, la formation professionnelle et la santé. Et l’on sait aussi qu’en parvenant à l’égalité hommes-femmes au travail et dans le monde des affaires, les pays à faible revenu pourraient doper leur PIB par habitant de 15 %.

Troisième axe, la prise en compte systématique des menaces grandissantes liées au changement climatique. Le dérèglement climatique risque d’effacer des décennies d’avancées sur le front de la lutte contre la pauvreté. Ses conséquences, particulièrement douloureuses pour les pauvres, souvent les plus touchés, sont ressenties dans l’économie tout entière. Si nous n’agissons pas contre le changement climatique, nous ne parviendrons pas à mettre fin à l’extrême pauvreté et nous lèguerons à nos enfants et nos petits-enfants un monde dans un piteux état.

Jamais la conjoncture n’a été aussi favorable pour mettre fin à l’extrême pauvreté en l’espace d’une génération. Comment ? À travers une croissance sans exclus, des investissements humains et la lutte contre le changement climatique, seules solutions pour ne pas obérer l’avenir des prochaines générations. D’autant qu’en mettant en place les conditions d’une croissance alerte et durable, les pays en développement participeront à l’économie mondiale. C’est un scénario gagnant-gagnant. Ensemble, nous parviendrons à construire un monde plus prospère, plus durable et plus juste.

Photo : nimon / shutterstock

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