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Printemps arabe : des processus inachevés

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Helen Zughaib, The Places They Will Go, 2015-2016, dimensions variable, individual children’s shoes, painted in acrylic gouache on adhesive photo installation. © Helen Zughaib
Oh, The Places They Will Go, 2015-2016, chaussures d’enfant dépareillées, peintes à la peinture acrylique, sur un support photo adhésif. © Helen Zughaib 


Chacune est différente. Ici, un liseré rose avec un assortiment de pois orange, fuchsia et opaline. À côté, des rayures rouge et orange, avec des bordures turquoise. Plus loin, des damiers violet, bleu et rouge, avec une pointe de lavande. En tout, ce sont 22 baskets en toile pour enfant, peintes à la main par l’artiste Helen Zughaib. Cette œuvre, baptisée Oh, The Places They Will Go, faisait partie d’une exposition monographique présentée au siège de la Banque mondiale, à Washington, du 28 janvier au 16 février 2018, et intitulée The Arab Spring – Unfinished Journeys. Une manifestation née de la collaboration entre le Programme artistique de la Banque mondiale, qui organise des expositions nationales et internationales régulières pour mettre en lumière les grands enjeux du développement, et le vice-président régional pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Hafez Ghanem.

L’exposition The Arab Spring – Unfinished Journeys trace un trait d’union important entre la crise des réfugiés et des déplacés qui s’aggrave chaque jour un peu plus et les efforts continus de la Banque mondiale pour soutenir la reconstruction et le redressement et remédier aux causes profondes des conflits et des violences — de la création de nouveaux dispositifs de financement destinés à la Jordanie et au Liban à la mise en place de programmes de transferts monétaires au Yémen pour permettre aux populations de s’alimenter.

Artiste multidimensionnelle, Helen Zughaib (a) est américano-libanaise. Ce double enracinement dans les modes de vie du monde arabe et des États-Unis lui permet d’observer ces cultures à la fois de l’intérieur et de l’extérieur. L’exposition inaugurée à la Banque mondiale rassemble une série d’œuvres entamée en 2010, dans le sillage du Printemps arabe, dans le but de consigner visuellement la transformation sociale à l’œuvre. L’artiste y décrit le développement de la prospérité et la marche du changement, en invitant le spectateur à interroger sa propre vision de l’immigration, de la culture arabe et de la crise économique et sociale.

Helen Zughaib, Eat the News, 2016, dimensions variable, painted ceramic plates, enamel, newspaper collage, table, glassware, napkins, silverware, candlesticks. © Helen Zughaib
Eat the News.
© Helen Zughaib 

Dans Eat the News (ci-contre), Helen Zughaib juxtapose l’acte de manger et la consommation de l’information. Une table est dressée, avec assiettes, couverts en argent, nappe blanche et chandeliers. Sauf que les assiettes sont tapissées de titres de journaux et d’images chocs sur le Printemps arabe. L’assiette, censée contenir la nourriture qui sustente nos corps, devient ici le réceptacle de quelque chose de plus intangible. L’artiste crée ainsi une confusion qui questionne le rôle « nourricier » de l’information. Manger, boire, vaquer à nos occupations quotidiennes alors que le monde est en proie au désordre et au chaos : l’œuvre d’Helen Zughaib expose des nouvelles insoutenables et difficiles à « digérer », et vient interroger notre relation aux médias en période de crise et la manière dont notre quotidien en est affecté ou non.

Arab Spring Exodus.© Helen Zughaib
Arab Spring Exodus 
© Helen Zughaib 
Dans Arab Spring Exodus, on voit une femme de profil, la tête renversée en arrière, les bras levés et la silhouette dessinée par des formes géométriques noires et blanches. Ses lèvres et ses ongles rouge vif, ses cils longs et recourbés sont autant d’attraits qui tranchent avec le sentiment de douleur qu’expriment sa bouche ouverte et le mouvement de sa tête, dans une posture qui n’est pas sans évoquer le Guernica de Picasso et sa représentation du martyre de la ville. Parce qu’elle ajoute une touche de glamour là où on ne l’attend pas, cette œuvre se joue de nos expectatives et de nos émotions. Le cri de la femme est représenté visuellement par un motif floral très élaboré qui va à l’encontre de la douleur en symbolisant l’espoir et la perspective de lendemains meilleurs. À moins qu’il ne s’agisse de l’expression d’un optimisme révolu...

Car Helen Zughaib décrit ainsi son travail : « On peut aborder une question en ne choisissant qu’un angle de vue. Mais il y a une voie plus difficile, c’est celle qui consiste à ouvrir un chemin dans un entre-deux aux frontières floues et asymétriques. C’est cette zone grise que j’explore. Je ne dis pas que c’est facile, mais le dialogue qui prend ainsi naissance et les expériences de compréhension mutuelle ou, pour le moins, de respect réciproque qui en découlent sont extrêmement gratifiants. »
 

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