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Face à la montée des eaux, la communauté internationale fait du surplace

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19e conférence des Parties (COP19) à Varsovie, Pologne

Samedi soir dernier, les négociations climatiques se sont achevées sur fond de lassitude et de bilan mitigé : si les délégations réunies à Varsovie pour la 19e conférence des Parties (COP19) n’ont guère été enclines à prendre des engagements financiers fermes ni à promettre des mesures ambitieuses, elles sont parvenues à entretenir l’espoir d’un accord à l’horizon 2015.

La conférence a finalement accouché d’un accord-cadre global qui dessine les contours d’un système de contributions à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et donné naissance à un nouveau mécanisme de gestion des « pertes et dommages » dus au changement climatique. Malgré de nouveaux engagements et financements concrets pour réduire la déforestation à travers le programme REDD+ et en faveur du Fonds d’adaptation (a), la conférence n’aura en fait eu pour vertu que de déblayer la voie vers l’accord attendu à Paris en 2015. L’engagement financier conjoint de 280 millions de dollars annoncé par les États-Unis, la Norvège et le Royaume-Uni au profit du Fonds biocarbone pour des paysages forestiers durables, administré par le Groupe de la Banque mondiale, fait partie des rares gestes concrets.

La 19e Conférence des Parties à la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) a néanmoins été chargée d’émotion, l’ouverture des négociations coïncidant avec le passage du super-typhon Haiyan. Comment ne pas y voir, hélas, une nouvelle confirmation du tribut à payer pour notre incapacité à nous atteler à la question du changement climatique ? Certes, des considérations de solidarité et de justice font leur chemin dans les discours mais, pour l’instant, cette rhétorique ne parvient pas à empêcher un recul des engagements à réduire les émissions de GES.

Pour autant, et comme lors des conférences de Cancun, Durban ou Doha, on note une mobilisation croissante, sous l’égide de leaders d’opinion de tous horizons et en dehors des négociations officielles, en faveur de mesures pragmatiques pour endiguer le dérèglement climatique. Le sentiment d’urgence et d’occasion historique à saisir gagne du terrain. Reste à trouver un accord formel.

Le Groupe de la Banque mondiale s’emploie à réunir des preuves à l’appui de l’action et a pu présenter de nouveaux éléments lors de la conférence de Varsovie — de la résilience aux catastrophes naturelles (a) aux solutions pour aider les villes à financer leur développement durable, en passant par la promotion d’une approche globale du paysage et d’une agriculture climato-intelligente (a) et, dans le cadre de la Coalition pour le climat et l’air pur (a), des travaux récents sur la possible mise en place d’une plateforme de financement à la performance (a) appliqué à des projets de réduction des émissions de méthane (un polluant à courte durée de vie qui contribue au réchauffement climatique).

Plus encore que d’habitude, les couloirs de la conférence de Varsovie ont brui de discussions sur la manière de « rééquiper » les économies. Pour atteindre la barre symbolique des 100 milliards de dollars de financement climatique, le dialogue s’est tout naturellement orienté vers les politiques budgétaires et les subventions à l’énergie qui, trop souvent, nuisent aux objectifs climatiques. Les débats sur la mobilisation du financement public en faveur du climat, qui seul peut attirer des investisseurs institutionnels et des fonds de pension, ont évolué pour englober une réflexion sur la manière dont, face au risque systémique que pose le dérèglement climatique pour la croissance à long terme et la compétitivité, nous pouvons agir plus résolument en dehors du Groupe de la Banque mondiale pour fournir aux gardiens de la santé des économies nationales et mondiale les données scientifiques et statistiques dont ils ont besoin.

Après la décision prise à Doha en 2012 sur la place des femmes dans la lutte contre le changement climatique, plusieurs grandes personnalités ont pris la parole à Varsovie pour plaider en faveur de l’action. Parmi elles, Mary Robinson milite courageusement depuis des années, à travers sa fondation pour la justice climatique (a), pour souligner le rôle des femmes dans les solutions à apporter et montrer que le changement climatique ne touche pas les hommes et les femmes de la même manière. Mary Robinson a fait des émules au fil du temps parmi des femmes d’influence, qui profitent de leur position sociale pour appuyer sa cause, de Connie Hedegaard à Patricia Espinosa en passant par Maite Nkoana-Mashabane. Sans parler de Christiana Figueres, première femme nommée à la tête de la CCNUCC et figure exemplaire de premier plan.

De plus en plus, on voit que ce sont les femmes qui s’emparent de la question climatique, avec leur sens pratique, aiguillonnées par un sentiment d’urgence. Une évolution particulièrement patente dans le centre de conférence de Varsovie.

La ministre brésilienne de l’Environnement, Izabella Teixeira, a plaidé pour « 50 nuances de vert », prônant une action tous azimuts pour relever le défi du changement climatique en renonçant aux postures retranchées pour s’intéresser à ce qui fonctionne, secteur par secteur.

Lindiwe Sibanda, présidente du Réseau d’analyse des politiques agricoles et alimentaires et des ressources naturelles (FANRPAN) (a) et de l’Institut international de recherche sur l’élevage (ILRI) (a), connue pour défendre avec force la nécessité d’ancrer la prise de décisions sur des données probantes, a plaidé pour une approche de bon sens : l’intégration de l’agriculture dans tout accord international, puisque celle-ci est à la fois la cause du changement climatique et l’une des solutions pour l’endiguer.

Lucille Sering, vice-présidente de la commission parlementaire sur le changement climatique (CCC) des Philippines, n’a pas ménagé ses efforts pendant la COP19 : elle était partout, cachant derrière sa calme détermination à faire avancer la cause de l’environnement sa frustration vis-à-vis d’une communauté internationale incapable de réguler les émissions de GES. Un engagement enraciné dans le vécu : elle est malheureusement bien placée (a) pour connaître l’impact de conditions météorologiques extrêmes et leur coût exorbitant sur le plan humain et financier.

Toutes ces femmes cherchent des solutions pour renforcer la résilience et permettre à ceux qui vivent de l’agriculture, de la forêt ou de la pêche, aux femmes et aux citadins pauvres de prospérer dans des économies dynamiques.

Nous savons qu’un paysan africain se convertira à l’agriculture climato-intelligente non pas pour réduire les émissions mais parce que c’est un moyen de se nourrir et de gagner sa vie. Nous devons absolument admettre l’impératif économique de l’action climatique. Si le Groupe de la Banque mondiale peut aider les pays à identifier des trajectoires sobres en carbone, au service de l’emploi et de la résilience, alors il peut contribuer en profondeur à la lutte contre le changement climatique.

Il y a des milliers d’Izabella, de Lindiwe et de Lucille dans le monde. Résolument pragmatiques, elles peuvent faire en sorte que les prochaines conférences des Parties, à Lima puis à Paris, ne consacrent pas, une fois encore, le surplace de la communauté internationale. Mais elles doivent s’entraider, et être aidées. Jetons-nous à l’eau, même si les courants semblent encore contraires… La vague finira bien par nous porter.

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