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Comment aider les plus démunis ? Jim Yong Kim et Kaushik Basu répondent aux questions de Yang Lan

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Les chiffres indiquent que la pauvreté recule, mais un milliard de personnes vivent toujours dans une extrême pauvreté. Et, partout, les inégalités se creusent. Alors, que fait le Groupe de la Banque mondiale ?

Son président Jim Yong Kim, avec à ses côtés l’économiste en chef de l’institution, Kaushik Basu, ont apporté quelques réponses à cette question au cours d'une discussion diffusée en direct sur le Web mercredi matin et animée par la journaliste et propriétaire de médias Yang Lan. Ce débat, intitulé Bâtir une prospérité partagée dans un monde d'inégalités, se déroulait dans le cadre des manifestations organisées en prélude aux Assemblées annuelles du Groupe de la Banque mondiale.

Présentatrice de l'émission « Yan Lan 101 » et personnalité connue de tous les foyers chinois, Yang Lan a questionné les deux dirigeants du Groupe sur le double objectif que s’est fixé leur institution : ramener à 3 % l'extrême pauvreté dans le monde à l'horizon 2030 et promouvoir une prospérité partagée au profit des 40 % les plus pauvres de la population mondiale.

« Pour ceux qui vivent dans la pauvreté, la ‘Banque mondiale’ représente quelque chose d’énorme et de très éloigné d’eux », a souligné la journaliste, en demandant à ses interlocuteurs « d'expliquer à ces personnes en quoi le double objectif de la Banque mondiale les concerne au quotidien ».
 
Joseph Jeune avant et après avoir suivi un traitement pour le VIH-Sida et la tuberculose
 

Pour Jim Yong Kim, la notion de « prospérité partagée » s’est incarnée dans la personne de Joseph Jeune, séropositif haïtien autrefois décharné et qui respire aujourd’hui la santé. Au début des années 2000, on imaginait que ces médicaments n’étaient pas destinés aux pays pauvres. Les photographies de Joseph avant et après traitement sont devenues « un symbole de tout ce qu'il est possible de réaliser » à Haïti ou encore en Afrique, a expliqué le président du Groupe de la Banque mondiale.

« Ce sont des histoires comme celles-là qui sont à la base de notre engagement en faveur de la prospérité partagée. Ces histoires où l’on prétend que les pauvres ne peuvent pas jouer un rôle dans la société, trouver un emploi ou accéder à la santé et à l'éducation, nous n’en voulons plus », a affirmé Jim Yong Kim.





Mais le double objectif du Groupe de la Banque mondiale est-il vraiment réaliste, a demandé Yang Lan avec insistance, en précisant qu'il implique de sortir 50 millions de personnes de l'extrême pauvreté chaque année, sans compter les incertitudes qui pourraient entraver sa réalisation — conflits ou flambées épidémiques, comme l’illustre la crise actuelle liée au virus Ebola.

L’économiste en chef du Groupe de la Banque mondiale a admis que ramener le taux de pauvreté à 3 % à l'horizon 2030 est ambitieux, tout en soulignant qu'il s'agit bien d'une cible à atteindre et non d'une prévision, et que l’on peut y parvenir dans l’hypothèse où les pays ont une croissance annuelle d'au moins 4 % et que la répartition des revenus reste identique.

« Ce que nous essayons de faire, c'est de réduire la pauvreté chronique, et ce, partout dans le monde », a expliqué Kaushik Basu. « Nous avons atteint nos objectifs annuels ces deux dernières années, et nous sommes en bonne voie pour réaliser l'objectif intermédiaire qui consiste à ramener la pauvreté à 9 % d'ici 2020 », a-t-il ajouté.

L’économiste en chef a néanmoins reconnu que la dernière ligne droite sera plus difficile. La lutte contre la pauvreté exige que les politiques économiques soient guidées par des données précises, et celles-ci restent insuffisantes dans bon nombre de pays en développement. De plus, ces pays devront parvenir à maintenir un taux de croissance de 4 %.

Jim Yong Kim a souligné que le Groupe de la Banque mondiale s’emploie à soutenir la croissance et à obtenir des avancées plus rapides par des initiatives telles que le nouveau Mécanisme mondial de financement des infrastructures (GIF), qui vise à promouvoir des investissements « à bien plus grande échelle » dans les infrastructures des pays en développement. Le Groupe s'intéresse également à des outils de financement novateurs pour aider les pays à se préparer et à répondre rapidement à des chocs tels que les pandémies.

« L'épidémie d'Ebola nous a montré que nous ne sommes pas préparés. […] Si nous voulons avoir une chance de mettre fin à la pauvreté d’ici 2030, nous devons mettre en place des dispositifs qui permettront d'amortir ce genre de chocs. »

Les inégalités s'aggravent dans le monde entier, a rappelé Yang Lan, en citant des données récentes qui montrent que les écarts se creusent entre les riches et les pauvres sur toute la planète.

Selon Jim Yong Kim, le Groupe de la Banque mondiale lutte contre les inégalités à travers son objectif de prospérité partagée, dans la mesure où celui-ci vise à améliorer l'accès à des biens essentiels (alimentation, logement, santé, éducation, emploi) pour les 40 % les plus pauvres des pays en développement.

L'élargissement de l'accès aux technologies, aux smartphones et à l’internet va aussi contribuer à changer la donne, car les personnes à faible revenu seront de plus en plus conscientes de la façon dont vivent les classes moyennes de leur propre pays, a-t-il renchéri. « Selon moi, il est évident que les aspirations des plus pauvres à accéder à ce niveau de vie, notamment sur le plan de l'éducation et de la santé, ne pourront que s'accroître. »

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