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L’analyse de données au service de la planification des transports : cinq enseignements à tirer de l’expérience sur le terrain

Tatiana Peralta Quiros's picture
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En ce qui concerne l’avenir des transports, une chose est sûre : les données joueront un rôle essentiel.

On nous parle sans cesse des opportunités illimitées offertes par les données, mais une question demeure : comment exploiter les données pour des processus de planification durable ? L’objectif des pouvoirs publics ne doit pas être d’amasser le plus de données possible, mais de « transformer ces données en information, et l’information en savoir » (a). Ce savoir contribuera à améliorer la planification et l’élaboration des politiques.

L’an dernier, dans le cadre de son action de longue date dans le secteur des transports urbains en Argentine, la Banque mondiale a entamé une collaboration avec le département de la planification du ministère des Transports dans le but d’exploiter le potentiel de l’analyse des données. Il s’agissait de créer un ensemble d’instruments susceptibles d’être déployés pour collecter et utiliser les données afin d’améliorer la planification des transports.

C’est ainsi que la Banque mondiale a piloté la mise au point d’un outil qui produit des matrices origine-destination à partir des cartes à puce utilisées pour les transports publics à Buenos Aires et qui fournit, de cette façon, des renseignements sur les modes de mobilité des habitants de la capitale argentine. Ce projet a également soutenu la création d’une application pour smartphone qui collecte des données à haute résolution sur la mobilité et qui peut favoriser la participation des citoyens par le biais de sondages dynamiques. Toutes ces informations ont permis d’actualiser le modèle de transport de la région métropolitaine de Buenos Aires (AMBA).

On peut tirer plusieurs leçons de cette expérience :

1. La technologie et l’innovation ont besoin d’un appui politique

Dans les transports comme dans n’importe quel autre secteur, l’innovation nécessite du temps et un véritable soutien. Le recours à l’innovation pour sauter des étapes du développement ne produit pas automatiquement des résultats rapides et faciles. L’intégration durable de la technologie dans le processus de planification des transports requiert en effet beaucoup de temps, un leadership fort et des ressources suffisantes.

Dans notre cas, l’appui sans faille du ministère argentin des Transports a été capital.

2. Une innovation de pointe nécessite des compétences de pointe

Pour mettre l’analyse des données au service de la planification des transports, il faut des compétences et des connaissances spécifiques qui ne sont pas forcément disponibles sur le marché du travail local.

La réussite de notre projet tient en partie à la création d’une cellule spécifique au sein du ministère des Transports, rassemblant des personnes aux profils différents mais mues par un même intérêt, à savoir utiliser l’analyse des données pour améliorer la planification. En collaboration avec des consultants techniques, l’équipe a mis au point des outils et les a testés sur le terrain, ce qui a débouché sur un véritable transfert de technologies et de connaissances.

3. Les organismes publics et les entreprises technologiques privées doivent travailler main dans la main

Les organismes publics qui s’aventurent dans les technologies de rupture peuvent rencontrer diverses difficultés. Le monde de la technologie et de l’innovation est aussi instable qu’il est fascinant, et il peut s’avérer difficile de justifier le risque qu’il y a à investir des fonds publics dans des solutions au succès incertain. De même, de nombreux gouvernements ne disposent pas des capacités techniques qui leur permettraient de mettre à l’essai des technologies de pointe. Pour surmonter ces obstacles, il est impératif de former des partenariats avec des organismes de développement et des entreprises technologiques spécialisées.

C’est la voie que nous avons suivie à Buenos Aires : nous avons fait équipe avec le Fonds espagnol pour l’Amérique latine et les Caraïbes (SFLAC) et avec des entreprises telles que Korbato (analyse de données), Vizonomy (développement de logiciel) et Logit (modèles de planification des transports).

4. L’évolution des environnements impose de passer d’un développement linéaire à un développement en spirale

L’innovation comporte des risques, mais il est possible de les atténuer si l’on change la manière dont on développe les produits et les idées. Traditionnellement, les projets sont conçus suivant une méthode linéaire, ce qui conduit à sous-estimer de 20-30 % en moyenne les délais d’exécution et jusqu’à 100 % pour les coûts. Nos projets sont aujourd’hui beaucoup plus dynamiques et comportent de nombreux imprévus. Afin de mieux gérer le risque, nous avons décidé de tester les prototypes en continu à différents stades du développement (méthode en spirale) : les équipes peuvent ainsi procéder aux ajustements nécessaires au fur et à mesure, ce qui ramène les risques et les coûts au minimum, et créer des produits finis utilisables. 

5. La technologie est un moyen et non une fin

L’innovation n’a que peu de valeur si elle ne sert pas un objectif plus grand. S’agissant de ce projet, la technologie a pour but d’étayer un processus de planification global qui vise des résultats concrets :

  • Les données que nous avons collectées pour ce projet nous servent à évaluer l’impact du système de transports intégrés (espagnol) que l’Argentine a mis en place cette année. 
  • Nous avons également utilisé nos modèles pour évaluer les avantages du futur réseau express régional (en espagnol), un projet transformateur qui reliera les principales lignes de trains de banlieue desservant la zone métropolitaine de Buenos Aires grâce à un nouveau tunnel dans le centre-ville.
  • Cette appli complètera le prochain sondage sur la mobilité organisé par l’AMBA. Elle pourrait révolutionner la manière dont les enquêtes sont menées, car les résultats produits sont plus précis pour un coût nettement moindre. Grâce à ce nouveau dispositif, il sera possible de recueillir plus facilement l’avis de certaines catégories d’usagers sur des questions qui les concernent directement (par exemple, la sécurité pour les femmes).
 
Nous avons hâte de voir ces projets se concrétiser : l’analyse avancée des données joue un rôle essentiel dans leur conception et nous sommes certains qu’ils amélioreront les résultats. Il ne fait aucun doute que cette approche changera la vie des millions de porteños, comme on appelle les habitants de Buenos Aires, qui utilisent les transports publics au quotidien. Et c’est à cela que doit servir la technologie.
 
ODX Buenos Aires

 

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