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L’avenir de la vie sauvage est entre nos mains

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Botswana. The Global Wildlife Program

Le 3 mars, nous célébrerons la Journée mondiale de la vie sauvage. Cette manifestation, adoptée en 2013 par l’Assemblée générale des Nations Unies, a pour but de sensibiliser le monde entier à l’enjeu que constitue la protection de la faune et de la flore. Le thème de cette année, « L’avenir de la vie sauvage est entre nos mains », souligne la nécessité de comprendre les conséquences de la disparition des espèces animales et végétales sur la santé des écosystèmes et sur la survie de l’humanité.

Nous assistons actuellement à la sixième extinction animale et végétale de masse (a). Selon les estimations des experts, le taux actuel de disparition des espèces est entre 1 000 et 10 000 fois supérieur à ce qu’il aurait été sans activité humaine. L’indice Planète vivante (a) enregistre un déclin de 52 % des espèces entre 1970 et 2010. Nos ponctions sur la nature sont de plus en plus grandes et elles produisent deux menaces absolument catastrophiques pour la biodiversité, à savoir la destruction des habitats naturels et le trafic d’espèces sauvages. La première met en péril 85 % des espèces tandis que le braconnage et le commerce illicite constitue le danger le plus immédiat pour les populations d’espèces sauvages de la planète.

Le trafic d’espèces sauvages est une crise mondiale qui revêt de nombreux aspects. Le problème est particulièrement grave en Afrique, où le braconnage est en train de précipiter plusieurs espèces emblématiques au bord de l’extinction. La chasse illégale a ainsi en grande partie contribué à la disparition du rhinocéros noir d’Afrique de l’Ouest, officiellement déclaré éteint en 2011 par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Selon le programme de suivi de l'abattage illicite d'éléphants (ou « MIKE » selon son acronyme en anglais) conduit par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES), entre 22 000 et 25 000 éléphants ont été abattus chaque année en Afrique au cours des cinq dernières années.

On estime que le trafic d’espèces sauvages représente entre 5 et 20 milliards de dollars par an, ce qui le place au quatrième rang des formes de criminalité transnationale les plus lucratives. Les réseaux criminels s’engraissent tandis que des icônes de la faune africaine et d’ailleurs disparaissent. Cette perte de capital naturel fait d’autres victimes : les populations locales qui vivent à proximité de ces zones protégées et qui voient leurs moyens de subsistance décliner. Une étude de la Banque mondiale de 2014 (a) a montré que le coût annuel de la criminalité environnementale pourrait se chiffrer à plus de 70 milliards de dollars dans les pays en développement. En outre, tout au long de la chaîne d’approvisionnement, la corruption est souvent partie intégrante de ce trafic. Pour toutes ces raisons, nous sommes face à une crise qui exige un programme de lutte multisectoriel et intégré.

En juin 2015, le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) a lancé le « Partenariat mondial pour la préservation de la faune et de la flore sauvages, la prévention du crime lié aux espèces sauvages et le développement durable », avec un financement de 91 millions de dollars. Ce programme, également connu sous le nom de « Programme mondial pour la vie sauvage » (ou GWP, pour Global Wildlife Program), est conduit par le Groupe de la Banque mondiale, en collaboration avec le FEM, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), la Banque asiatique de développement, l’UICN et le WWF.
Le GWP se concentre sur l’Asie et l’Afrique, où la criminalité liée aux espèces sauvages est particulièrement endémique et la nécessité de préserver ces espèces, urgente. Le premier groupe de pays participants comprend le Botswana, le Cameroun, l’Éthiopie, la République du Congo, le Gabon, l’Inde, l’Indonésie, le Mozambique, la Tanzanie et la Zambie. Des projets nationaux sont actuellement en cours d’élaboration. Ils auront pour objectif de lutter contre les principales menaces qui pèsent sur les espèces sauvages et intègreront pour cela des interventions coordonnées dans les domaines suivants : politiques publiques et cadres législatifs, police et répression, gestion des zones protégées, création de moyens de subsistance compatibles avec une exploitation durable des ressources, et communication.

Ce nouveau programme vise à stabiliser les populations d’espèces sauvages, avec l’ambition, à terme, de les voir prospérer. Mais il serait vain de vouloir préserver la vie sauvage sans reconnaître le rôle important que les populations locales exercent dans la conservation des espèces. Si les habitants des villages jouxtant les réserves naturelles peuvent tirer des revenus du développement d’un tourisme durable, leurs champs sont aussi parfois la cible des incursions des éléphants et leur bétail, la proie des animaux sauvages. C’est pourquoi le GWP vise à accroître la participation des populations locales afin qu’elles soient en mesure de cohabiter avec la faune sauvage, de la gérer et d’en tirer profit.

Outre la promotion d’un développement durable, le programme s’emploiera à réduire le braconnage et le commerce illicite en incorporant une palette diversifiée d’approches sur différents sites. Celles-ci consisteront à renforcer les organes chargés de faire respecter la loi, à développer les capacités des agents de police et officiers de justice pour une meilleure gestion des zones protégées, et à intensifier les efforts de lutte contre la corruption. Le programme mettra également au point des systèmes et des mécanismes qui favoriseront la circulation des connaissances entre projets nationaux et experts techniques afin de partager l’expérience acquise d’un pays à l’autre.

Le 18 janvier dernier, mon équipe a organisé la première réunion de partage des connaissances du GWP avec les représentants des pays concernés. Une quarantaine de professionnels de la conservation des espèces sauvages et d’experts techniques y ont assisté. Cette réunion nous a permis de débattre du GWP, d’échanger nos connaissances mutuelles sur les principaux aspects du braconnage et du trafic, et de collaborer avec les parties prenantes au programme. Cette première réunion, qui était destinée à accompagner les efforts des pays dans le cadre de la préparation de leurs projets nationaux, sera suivie d’autres rendez-vous de partage des connaissances en personne ou virtuels. Certes, il ne sera guère facile de réduire l’ampleur du braconnage et du trafic d’animaux et de ralentir le rythme de disparition des espèces sauvages. Mais, forts de cette rencontre initiale et de ses échanges enthousiastes, nous sommes aujourd’hui plus que jamais motivés et déterminés à être à la hauteur de l’ambition portée par le GWP.

Nous avons beaucoup à faire, mais, en attendant, nous vous invitons à célébrer avec nous la Journée mondiale de la vie sauvage et à contribuer à faire connaître les dangers qui menacent la survie des éléphants, des rhinocéros et des félins. 
 

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