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Les débutants : une grande source d’énergie en Côte d'Ivoire, par Fabio Hirschhorn

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La mission en Côte d'Ivoire doit se dérouler du 13 au 17 février. Il est temps de préparer mon premier voyage pour la Banque : obtenir les billets d'avion et les réservations d'hôtel, me rendre au service de médecine des voyages de l’infirmerie, demander un laissez-passer des Nations Unies et un visa, lire les recommandations en matière de sécurité, changer de l'argent, etc. Ah, et bien sûr, préparer tous les documents de référence et coordonner l'établissement de calendrier de nos réunions. Simples démarches qui deviennent vite routinières pour ceux qui les ont accomplis à plusieurs reprises, mais qui sont plutôt excitantes pour un débutant.

J'ai atterri en Côte d'Ivoire juste à temps pour la grande finale de la Coupe d’Afrique des nations : la Côte d'Ivoire, équipe favorite, rencontrait la Zambie à l’issue d’un parcours surprenant. L'attention de tous était rivée sur le match, et la ville se préparait à une semaine de festivités. Le football est toutefois un sport capricieux et la Côte d'Ivoire a connu la défaite en finale. Le pays n’en a pas pour autant changé ses plans : lundi 13 a été déclaré fête nationale pour permettre à la population d'accueillir les joueurs, et c'est ce qu’elle a fait. Un léger contretemps, inattendu pour nous, puisque que la plupart des réunions que nous avions prévues pour cette journée ont été annulées. Un début un peu décevant.

Notre mission s’inscrivait dans le cadre d’activités exploratoires entreprises conjointement par trois équipes du Groupe de la Banque mondiale, qui s’efforcent d’améliorer le climat de l'investissement dans le pays, et de rechercher des opportunités de faire participer le secteur privé aux activités du secteur ivoirien de l'électricité. Les discussions ont mis l'accent sur les opérateurs de petites et de moyenne taille, travaillant éventuellement hors réseau, ou exploitant de mini-réseaux ruraux. Les trois équipes étaient convenues de poursuivre une mission conjointe parce qu’elles s’intéressaient toutes au secteur de l’électricité et pour faciliter les interactions avec le client. La collaboration entre des membres d’équipes ayant des vues complémentaires a, sans doute aucun, porté ses fruits et a permis de tirer grand profit de notre séjour à Abidjan.

La situation telle que nous l’avons ressenti en Côte d'Ivoire est celle de la préparation à un nouveau départ. La première élection législative du pays depuis plus de dix ans s'est tenue en décembre 2011, et le président qui a récemment pris le pouvoir en Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, bénéficiera d'une solide majorité parlementaire. Il rencontrera néanmoins de lourds défis dans le cadre des efforts qu'il déploie pour rétablir la paix et la prospérité, conforter la reprise économique et promouvoir la réconciliation nationale au sein de ce pays si longtemps divisé. Le retour des donateurs et des investisseurs internationaux en Côte d'Ivoire ouvre des perspectives de relance et de croissance économiques. Ce nouveau départ prometteur débouchera-t-il sur des résultats concrets ?

Cette phase de transition est marquée par des contrastes frappants : quelques Casques bleus dans les rues ou encore des affiches informant qu’il est interdit d’entrer avec une arme (y compris dans les bureaux de la banque) alors même que de nombreuses Mercedes et Audi rutilantes conduites par des chauffeurs sereins poursuivent leur chemin sur les routes poussiéreuses.

La préparation à un nouveau départ décrit également la situation dans le secteur de l'électricité : le principal texte de loi régissant le secteur ivoirien de l'électricité (loi 85-583 de 1985) est en cours de révision. Une nouvelle loi sur l'énergie est à l’étude, et des sujets tels que les énergies renouvelables et l’électrification rurale, qui ne font actuellement l'objet d'aucune démarche organisée, pourraient être abordés de manière différente ou simplement, encore une fois, laissés-pour-compte, les responsables de l'action publique s’intéressant davantage à des projets de grande envergure, qu'il s'agisse d'accroître la capacité de production d'électricité des centrales au gaz actuelles ou de construire de nouvelles grandes centrales hydroélectriques. L'avenir d’ANARE, qui est l'Autorité de régulation du secteur, n'est pas non plus clair : sera-t-elle renforcée, et jouira-t-elle du droit de fixer les tarifs et d'imposer des sanctions ou sera-t-elle tout simplement liquidée dans le cadre des réformes en cours ? Et dans ce cas, qui la remplacera ?

Nous avons quitté la Côte d'Ivoire empreints d’un prudent optimisme. Le pays a des possibilités extraordinaires de générer de l'énergie à partir de la biomasse - ce qui lui permettrait de diversifier les sources d’énergie utilisées, d’élargir l'accès à l'électricité et d’accroître la sécurité énergétique, tout en créant des emplois verts. Trois initiatives menées dans le domaine de la production d'électricité par le secteur privé à partir de sources d’'énergies renouvelables – Biokala (déchets agricoles), Sitrade (déchets solides), and Groupe Eoulee (déchets solides) – ont été remarquées durant notre visite. Elles ont l'intention de produire de l'électricité à des fins d'autoconsommation et éventuellement d'alimenter le réseau. Ces trois chefs de file dynamiques, pour autant qu'ils bénéficient d'une assistance adéquate, contribueront à ouvrir la voie à d'autres débutants souhaitant suivre leurs traces. La Côte d'Ivoire est donc parvenue donc à un stade stratégique et peut-être même décisif si le nouveau Code de l'énergie permet de saisir des opportunités uniques. Le Code pourrait lui permettre de se positionner de manière favorable dans le domaine des énergies renouvelables en tant que débutant ayant le potentiel de devenir un acteur sur la scène internationale. Nous pouvons participer à ce moment stratégique, qui se prête parfaitement à la poursuite d’interventions ponctuelles et résolues. La Côte d'Ivoire profitera-t-elle de son important potentiel énergétique ? Ce nouveau départ pour le secteur de l’électricité se concrétisera-t-il ? Il pourrait certainement être, lui aussi, un excitant début.

 

* Pour conclure ce blog de débutant (le premier que j'ai jamais écrit), je vous recommande un film qui me paraît approprié : sur le vol de retour d'Abidjan, j’ai regardé « ‘Beginners » (les débutants), dans lequel jouent Ewan McGregor, Christopher Plummer et Mélanie Laurent. S’il n’est pas un chef-d'œuvre, ce film permet néanmoins de passer deux heures agréables en avion.

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