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Déficit d’infrastructures dans les pays émergents : mieux localiser les opportunités d’investissement

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Les estimations du volume de financement qui permettrait de remédier au déficit infrastructurel dans les pays émergents sont entre près de 500 millions de dollars et plus de 1 000 milliards de dollars par an sur la prochaine décennie. Cette fourchette reflète l’écart entre le niveau d’infrastructure jugé nécessaire pour une croissance durable dans ces économies et le niveau réel de ces investissements.
 
Les obstacles à surmonter sont considérables, et les ressources financières peu abondantes. Le financement existant provient à plus de 70 % des budgets publics nationaux. La deuxième source la plus importante est le secteur privé (environ 20 %). Le reste est apporté par l’aide internationale au développement ou du monde développé[1]. Étant donné les restrictions budgétaires actuelles, tant dans les pays développés que dans ceux en développement, il est probable que tout accroissement du financement passera par une intensification des partenariats avec le secteur privé et par une plus large contribution financière de ce dernier.

 

De nombreux facteurs pourraient pousser les investisseurs à s’intéresser à l’infrastructure des pays émergents. En effet, le contexte de croissance faible et de taux d’intérêt bas dans les économies avancées est peu attractif pour les investisseurs en quête de rendements supérieurs. De plus, la population des pays développés est vieillissante et son taux d’épargne ne cesse d’augmenter. Investisseurs et gérants d’actifs pourraient donc se tourner vers les marchés émergents, qui offrent des perspectives de rendements plus élevés.  
L’infrastructure est un investissement particulièrement intéressant : la construction d’une bonne infrastructure (routes et ponts) et l’amélioration de l’accès à des énergies propres créent un cercle vertueux qui favorise une hausse de la consommation et un élargissement du marché permettant au secteur privé de prospérer. La population et les autorités des pays émergents en bénéficieront, de même que les épargnants et les investisseurs dans les pays développés.
Mais comment le secteur privé peut-il obtenir davantage d’informations sur les opportunités d’investissement pour financer l’infrastructure des économies émergentes ?
 
Afin d’aider les investisseurs, plusieurs bases de données tentent de localiser les projets d’infrastructure par pays, par secteur et par importance, entre autres caractéristiques. Infrastructure Journal (IJ), par exemple, gère une vaste base de données, très appréciée, qui recense plus de 7 500 projets dans le monde entier, couvrant une grande diversité de secteurs[2].

Cependant, moins de la moitié de ces projets concerne l’Asie de l’Est et le Pacifique, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, l’Afrique subsaharienne et l’Amérique latine. Dans ces régions, la valeur cumulée de ces projets avoisine 2 900 milliards de dollars, mais seulement quatre pays (Australie, Chine, Inde et Japon) représentent plus qu’un quart du total.
 
Base de données CG/LA , ventilation des projets par secteur (2016)
Base de données CG/LA , ventilation des projets par  région (2016)
 
CG/LA, un cabinet-conseil basé à Washington dispose d’une base de données plus restreinte mais davantage axée sur les économies émergentes. Sur plus de 1 700 projets répertoriés, près des trois quarts sont situés hors de l’Amérique du Nord et de l’Europe. À elle seule, l’Amérique du Sud et centrale représente quelque 40 % du total. La moitié de ces projets concerne le transport (dont près de 36 % le transport de transit) et 25 % l’énergie. Le modèle de CG/LA est innovant en ce qu’il s’agit d’une plateforme de crowdsourcing alimentée par des spécialistes de l’infrastructure. 
 
Pour encourager les investisseurs à opérer sur les marchés émergents, il est essentiel de mieux les informer sur les opportunités existantes. C’est pourquoi le secteur public s’attache aussi à identifier les possibilités de partenariat avec le secteur privé dans le domaine de l’infrastructure. Le PPIAF (a), un mécanisme de conseil à l'appui de la formation de partenariats public-privé dans le secteur des infrastructures mis sur pied par la Banque mondiale, travaille dans ce sens avec des donateurs et banques multilatérales de développement. Cette collaboration porte en particulier sur un outil de gestion en ligne conçu pour favoriser et faciliter la réalisation de projets d’investissement public. Géré par la Sustainable Infrastructure Foundation, cet outil, baptisé International Infrastructure Support System (IISS), repose sur une base de données issue de la collaboration entre huit banques de développement et le Groupe de la Banque mondiale (via le PPIAF). 
Autre outil de partage du savoir, la Plateforme globale pour l’infrastructure (GIF) (a) est un partenariat entre États, banques multilatérales de développement, investisseurs et bailleurs de fonds privés. Il propose un nouveau modèle de collaboration pour la préparation, la structuration et la réalisation de projets d’infrastructure complexes, tout en permettant de lever des capitaux privés.
Le Groupe de la Banque mondiale cherche aussi à renforcer l’environnement d’investissement dans les pays qu’il aide, ainsi qu’à sensibiliser aux opportunités d’investissement dans l’infrastructure au travers de partenariats public-privé (PPP). Je me réjouis tout particulièrement de la publication, hier, du rapport Benchmarking PPP Procurement 2017 (a), qui constitue une première tentative de présenter des données comparables et factuelles sur les marchés publics recourant à des PPP. Ce rapport évalue le cadre de réglementation des PPP dans 82 pays, à l’aune des meilleures pratiques internationales, notamment en ce qui concerne la préparation des projets, les achats et la gestion des contrats. Il montre comment les pouvoirs publics peuvent :
  • renforcer la gestion budgétaire des PPP ;
  • améliorer la préparation des projets afin d’attirer davantage le secteur privé ;
  • communiquer des informations sur les contrats et leur exécution, de manière à accroître, entre autres, la transparence du processus.
Toutes ces initiatives contribueront largement à donner aux investisseurs confiance dans les pays émergents et à créer un environnement plus propice.  
Nous discuterons la semaine prochaine de ces questions d’actualité avec les gouvernements nationaux et le secteur privé, lors des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque mondiale du Fonds monétaire international. Nous vous invitons à participer à cette réflexion dans le cadre d’une session d’échanges intitulée en anglais Making Infrastructure Rewarding (a), le 5 octobre, à 16 heures (heure de Washington). Donnez-nous votre avis sur Twitter (#InvestinInfra). Je relaierai ces idées dans de prochains billets. Je vous remercie à l’avance pour vos commentaires ! 
 
 

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