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Journée mondiale de la santé : pourquoi j’ai choisi de parler de la dépression

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Le thème de la Journée mondiale de la santé 2017, « La dépression : parlons-en », prend une résonance particulière, pour moi comme pour des milliers d’autres. C’est l’occasion de faire la lumière sur un problème qui, trop souvent, reste enfoui au plus profond de notre cerveau et nous enferme dans une spirale douloureuse de tristesse, de désintérêt et de peur.
 
J’ai la chance d’être en bonne santé, mais il m’est arrivé à de nombreuses reprises au cours de ma vie d’être submergé par un sentiment de perte et d’indifférence qui, en me fragilisant, m’empêchait d’affronter le quotidien, sans parler de me projeter sur une semaine ou une vie entière. Ces passages à vide se sont souvent produits à un tournant de mon existence, quand j’ai quitté le lycée pour l’université, quand je suis parti du foyer familial ou quand mon père est mort alors que je vivais seul en Afrique à ce moment-là. Grâce au téléphone et, plus tard, à Internet et Skype ou FaceTime, je pouvais parler à mes proches, leur faire part de mon angoisse du moment et, progressivement, à travers ces échanges, réaliser que tout irait bien et que les choses s’arrangeraient. Alors seulement, je parvenais à m’extirper de ces murs invisibles qui pesaient pourtant des tonnes. Quand j’allais mal, j’étais incapable d’apprécier le pouvoir régénérant d’une bonne marche ou d’admirer le miracle du printemps, quand les arbres refont leurs feuilles et que la nature se pare de mille couleurs. 

Je n’ai pas honte de le dire : ces moments-là étaient et sont toujours difficiles à gérer, à affronter. C’est pour cela que la chanson de Bruce Springsteen, « This depression », me parle tellement. Il y évoque effectivement son long combat tout en décrivant très exactement ce que je ressens :


« Chérie, j’ai souvent été mal
mais jamais comme ça.
J’ai souvent été perdu,
mais jamais à ce point.
Je l’avoue,
J’ai besoin de ton amour
au milieu de cette déprime,
J’ai besoin de ton amour.
Chérie, j’ai déjà été au plus bas,
mais jamais autant qu’aujourd’hui.
Si ma foi a été ébranlée,
Je n’ai jamais perdu l’espoir. »

 
Vous vous demandez sans doute pourquoi j’essaie d’exorciser mes démons intérieurs dans un billet ? C’est bien simple : ceux d’entre vous qui sont passés par là savent pertinemment que ce n’est pas un sujet dont on parle facilement, parce que c’est gênant ou parce que la plupart des gens ignorent ce que cela signifie d’être dans un tel état. Contrairement aux maladies du corps, la maladie de l’esprit et ses manifestations — humeur morose, perte d’intérêt et de plaisir, manque de concentration, anxiété permanente et perte d’énergie — sont invisibles aux yeux des autres. Résultat, celui qui souffre de dépression aura tendance à se renfermer, à se retirer du monde pour cacher son mal-être par crainte d’être perçu comme quelqu’un de faible ou incapable de se ressaisir. 
 
Tandis que la mélancolie et la tristesse ont acquis leurs lettres de noblesse grâce au maître du blues qu’était B.B. King et ses riffs de guitare légendaires ou aux portraits de Pablo Picasso pendant sa période « bleue », pour la plupart d’entre nous, se sentir mal, triste ou angoissé est une phase transitoire que l’on doit pouvoir surmonter avec un peu d’efforts et le soutien de nos amis et de nos proches ou, le cas échéant, un conseil professionnel ou une thérapie. Mais pour toutes celles et ceux qui sont privés d’accès à des services de santé ou d’aide sociale, une dépression et une anxiété graves riment souvent avec une vie misérable, aggravée par la dépendance à l’alcool et aux stupéfiants et la terreur d’être percé(e) à jour et de perdre ainsi son emploi ou sa famille — autant de facteurs qui marginalisent la personne dépressive et peuvent, dans le pire des cas, la conduire au suicide.
 
Un rapport récent de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) révèle d’ailleurs que les troubles dépressifs et anxieux sont très courants et rejaillissent sur l’humeur ou les sentiments des personnes concernées avec des symptômes invalidants plus ou moins prononcés (de légers à graves) et plus ou moins longs (de quelques mois à quelques années) mais qui causent des ravages profonds dans la société. Ces troubles, qui sont des états de santé diagnostiquables, n’ont rien à voir avec les sentiments de tristesse, de stress ou de peur que chacun d’entre nous peut éprouver de temps à autre dans sa vie. À l’échelle de la planète, plus de 300 millions d’individus souffriraient de dépression, soit 4,3 % de la population mondiale. Un fardeau qui pèse à plus de 80 % sur les pays à revenu faible et intermédiaire.
 
Personne n’est à l’abri de la dépression, qui touche les personnes de tous les âges, de tous les horizons et de tous les pays. Mais le risque de souffrir de dépression et d’anxiété graves augmente avec la pauvreté, le chômage, le décès d’un proche, une rupture amoureuse, une maladie physique, un conflit, un déplacement forcé, la situation de réfugié, la dislocation sociale ou encore la criminalité et la violence.
 
En cette Journée mondiale de la santé, n’hésitons pas à dire à toutes les victimes de maladies mentales qui perturbent l’état de santé d’un individu, son fonctionnement et son bien-être, que nous les comprenons et éprouvons de la compassion à leur égard. La quête d’une couverture médicale universelle et la réalisation des Objectifs de développement durable passent aussi par l’accès de tous aux soins de santé mentale et à l’offre de services sociaux — une disposition qui doit être au cœur de toute politique sociale et de santé efficace et des dispositifs de planification, d’organisation et de protection financière pour toutes celles et ceux qui en ont besoin.
 
Liens utiles 
 
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