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Un temps d'incertitudes économiques propice à de nouvelles percées

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Un commerce au Sri Lanka est éclairé grâce à des panneaux solaires. © Dominic Sansoni/Banque mondiale


​Alors que l’économie mondiale progresse, la nouvelle année s’accompagne d’une bouffée d’angoisse habituelle qui gagne du terrain et vient compliquer la mission que nous nous sommes fixé : favoriser la prospérité des 40 % les plus pauvres, mettre fin à l’extrême pauvreté d’ici 2030 et éviter une débâcle sur le front du climat.

Alors que des dirigeants du monde entier, responsables politiques ou industriels de tous les horizons, du divertissement aux médias, se réunissent cette semaine à Davos, la question des forces contraires tiraillant l’économie mondiale sera au cœur des discussions. La période est marquée, d’une part, par l’effondrement des prix du pétrole, la volatilité des taux de change et la difficulté qu’ont de nombreux pays à revenu élevé à tourner la page de la crise financière mondiale et, d’autre part, par l’essoufflement des économies émergentes qui ont, globalement, perdu de leur dynamisme.
 
La dernière édition de nos Perspectives économiques mondiales a revu à la baisse les prévisions de croissance, rappelant que si l’économie mondiale continue de progresser, c’est à un rythme légèrement inférieur à celui sur lequel tablait l’édition de juin dernier : en 2014, la hausse ressort à un modeste 2,6 % et devrait atteindre 3 % en 2015. La croissance s’élèvera à 4,8 % dans les pays en développement et à 2,2 % dans les pays à revenu élevé, grâce au regain d’activité aux États-Unis.

À tout prendre, cela vaut mieux que la récession, mais les moteurs de la croissance restent encrassés. Le Japon (a) et la zone euro pourraient sombrer dans une phase durable de stagnation ou de déflation sur fond de nouvel affaiblissement des échanges mondiaux, déjà atones, à moins que les décideurs ne parviennent à se mettre en ordre de marche en vue d’une nouvelle crise, à travers une gestion saine de leurs budgets et des mesures d’anticipation avisées.

Perspectives économiques mondiales  © Banque mondiale


​À tout prendre, cela vaut mieux que la récession, mais les moteurs de la croissance restent encrassés. Le Japon (a) et la zone euro pourraient sombrer dans une phase durable de stagnation ou de déflation sur fond de nouvel affaiblissement des échanges mondiaux, déjà atones, à moins que les décideurs ne parviennent à se mettre en ordre de marche en vue d’une nouvelle crise, à travers une gestion saine de leurs budgets et des mesures d’anticipation avisées.
 
La chute des cours du pétrole crée par ailleurs des incertitudes, faisant à la fois des gagnants et des perdants, et pèse sur l’économie tout entière. De fait, pour les grands pays exportateurs de pétrole dont les perspectives de croissance s’assombrissent, cette dégringolade des prix pose de sérieux problèmes.
 
Comment réagir face à un environnement aussi incertain ?
 
Dans la plupart des pays à revenu élevé, la reprise reste fragile et appelle au maintien d’une politique monétaire accommodante et d’une politique budgétaire flexible. Autrement dit, tout l’enjeu est de parvenir à un équilibre subtil entre soutien indispensable à la croissance et mise en place de plans de réformes structurelles et de consolidation à moyen terme.
 
Dans les pays en développement, la croissance enregistrée depuis la crise achoppe sur la persistance de tensions géopolitiques et l’évolution en dents de scie des cours des matières premières mais aussi sur des faiblesses structurelles. Celles-ci varient d’un endroit à l’autre mais sont en général liées à la rigidité des réglementations du travail, la médiocrité des réseaux routiers et des infrastructures portuaires mais aussi à l’absence de systèmes reposant sur les technologies de l’information et de la communication indispensables à l’essor des entreprises, de services de base fiables et d’accès à l’emprunt. Or, ce sont-là des éléments indispensables à la prospérité et au bien-être de tous.
 
La bonne performance des pays à faible revenu qui, globalement, ont affiché une croissance solide d’environ 6 % en 2014, entretient un certain optimisme. L’augmentation des investissements publics, l’afflux massif de capitaux, des bonnes récoltes et l’amélioration des conditions sécuritaires dans plusieurs pays en conflit expliquent ces résultats. Ce groupe devrait progresser au même rythme en 2015, même si l’affaiblissement des cours du pétrole viendra très probablement contrarier les perspectives de certains pays exportateurs.
 
Ainsi que le soulignent, à raison, bon nombre d’écologistes et de défenseurs du climat, le moment est venu de s’engager sur une trajectoire plus sobre en carbone. Cela passe par des solutions visant à réduire notre dépendance au pétrole et des investissements dans les énergies renouvelables.
 
Les pays importateurs de pétrole doivent profiter de la baisse des cours pour augmenter les impôts sur les carburants et supprimer les subventions mal ciblées. Les fonds supplémentaires ainsi dégagés pourraient être alloués à la protection sociale, des programmes d’emploi et des investissements tant attendus dans les infrastructures et d’autres secteurs porteurs de croissance.
 
Tous ces investissements dans le capital humain pourraient également contribuer à faire reculer sensiblement les niveaux de pauvreté et permettre aux plus vulnérables d’accéder à une prospérité partagée. Selon nos estimations, une hausse durable du revenu par habitant autour de 4 % ramènerait la proportion des individus vivant avec moins de 1,25 dollar par jour autour de 3 % à l’horizon 2030. Sachant que les conflits et les catastrophes naturelles maintiendront toujours une fraction de la population dans un réel dénuement, nous parviendrions ainsi à une disparition quasi-totale de l’extrême pauvreté. Mais au vu de la conjoncture actuelle, qui pourrait affirmer que nous atteindrons et maintiendrons effectivement un tel niveau de croissance au cours des 15 prochaines années ?
 
Ce que nous pouvons en revanche faire dès aujourd’hui, en dépit de cet environnement incertain, c’est diminuer le niveau de substances polluantes dangereuses à l’origine du dérèglement climatique et réduire radicalement le nombre de pauvres. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, nous avons la possibilité de mettre fin à la pauvreté en une génération. D’autant que, et c’est là aussi une première, les dirigeants de la planète semblent déterminés à endiguer le changement climatique à travers des solutions à la hauteur de ce défi.
 
Par son aptitude à rassembler des tenants d’opinions opposées, le Forum de Davos s’est imposé comme un lieu d’innovation et d’analyse exceptionnellement clairvoyante des enjeux mondiaux. Face à l’ampleur de nos défis, la réunion de cette année devra poursuivre dans cette voie, pour que nous puissions construire, ensemble, un monde où le partage de la prospérité, la fin de l’extrême pauvreté et la lutte contre le changement climatique deviendront réalité.

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