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Quelle est la meilleure façon de sauver un million de vies ?

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En octobre dernier, le gouvernement du Nigéria s’est fixé pour objectif ambitieux de sauver un million de vies d’ici 2015 en développant l’accès à des services et produits de santé efficaces et abordables.

Dans ce cadre, le ministère fédéral de la Santé privilégie le recours, fondamental, aux données déjà disponibles. En collaboration avec le service de la Banque mondiale chargé des évaluations d’impact et la Fondation Gates, il établit ainsi de façon stratégique et systématique, un diagnostic rigoureux de programmes qui ont obtenu des résultats prometteurs dans d’autres pays avant de les adapter au contexte nigérian. Cette approche permet au gouvernement et à ses partenaires d’identifier les programmes qui parviennent le mieux à sauver des vies.

L’une de ces évaluations va porter prochainement sur les soins prénatals et les accouchements assistés par du personnel qualifié. Elle consiste à comparer l’impact des incitations financières et non financières destinées à  motiver les sages-femmes à ne pas plus quitter  les dispensaires. Cette évaluation repose sur des données recueillies lors d’une étude sur les agents de santé en Zambie (mais aussi dans d’autres pays) qui montrait que la reconnaissance communautaire avait plus d’impact que les gratifications financières.

En se fondant sur le succès d’un projet mené en Inde, ce programme offre  également aux femmes des incitations monétaires à condition qu’elles aient recours à des soins prénatals et postnatals et consentent à se faire assister par un personnel compétent lors de l’accouchement.
Ce programme prévoit en outre un dispositif de suivi permettant à la communauté de rendre compte d’éventuelles pénuries de médicaments dans les maternités ce qui a également pour but de renforcer le processus de transparence. Cette stratégie a en effet fait ses preuves en Ouganda où elle a permis d’améliorer les résultats sanitaires du pays.

Déperdition d’effectifs chez les sages-femmes, détournement de médicaments et sous-utilisation des services de santé : ces trois problèmes avaient été identifiés par le ministère fédéral de la Santé dans le cadre d’un précédent programme axé sur les sages-femmes. Aujourd’hui, les pouvoirs publics tentent de résoudre ces problèmes en s’inspirant de programmes qui ont porté leurs fruits dans d’autres pays et en testant leur efficacité au Nigéria.

Une deuxième évaluation portera sur le recours aux sages-femmes, aux infirmiers, voire aux travailleurs de santé communautaires, pour dispenser des traitements antirétroviraux destinés à éviter la transmission du VIH/sida de la mère à l’enfant, ainsi que sur l’utilisation de prestataires privés pour ce service indispensable. Enfin, une troisième évaluation explorera de nouvelles méthodes de distribution de médicaments essentiels,  méthodes qui se sont avérées efficaces en Zambie.

Au-delà de l’initiative « sauver un million de vies », des chercheurs de la Banque mondiale, en partenariat avec deux États du pays, analysent l’efficacité d’un dispositif de lutte contre le paludisme qui consiste à déployer des volontaires au sein de la communauté. Ces derniers font la promotion de la prévention et du traitement à domicile dans le cadre de groupes familiaux qui évaluent l’efficacité du programme sur les membres de leur famille. Les données émanant du Nigéria et d’ailleurs indiquent en effet que le traitement est parfois plus efficace lorsqu’il est dispensé à domicile par des travailleurs communautaires.

Cette même étude s’intéresse aussi à l’option de former  des petits vendeurs de médicaments  du secteur privé qui seront capables de diagnostiquer avec exactitude les cas de paludisme et pourront vendre les médicaments appropriés, un programme similaire au Kenya ayant fait ses preuves.

Dans trois États du Nigéria, les autorités travaillent également avec la Banque mondiale pour tester des options de financement conditionné aux résultats dans le domaine de la santé. Cette approche, qui a rencontré un succès significatif au Rwanda, s’appuie sur l’hypothèse selon laquelle les hôpitaux et autres centres de santé seront plus productifs et répondront mieux aux besoins de la population si leur financement dépend de la quantité et de la qualité des soins qu’ils dispensent.

Des programmes pilotes sont testés actuellement et la prochaine étape du projet comportera une évaluation d’impact rigoureuse.

La démarche suivie par le Nigéria, à savoir s’inspirer d’expériences précédentes afin d’identifier les  principaux problèmes, définir les priorités, puis utiliser ce qui a fonctionné ailleurs en l’adaptant au contexte local, est donc prometteuse. Grâce à cette stratégie, et en collaboration avec ses partenaires au développement, le Nigéria sera en mesure d’atteindre plus rapidement l’objectif qu’il s’est fixé : sauver un million de vies.


Photo : Curt Carnemark

 

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