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Régler la crise syrienne : une responsabilité collective

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© Dominic Chavez / Banque mondiale
 

Comment un parent en arrive-t-il à embarquer son enfant dans un bateau surchargé pour s’aventurer sur une mer agitée ? Le choix est déchirant : rester dans son pays, et y subir la violence, ou s’enfuir vers une vie de dénuement. Dans un cas comme dans l’autre, la survie n’est pas garantie.
 
Un choix impossible, auquel personne ne devrait être confronté. Un choix que bien des Syriens sont pourtant forcés de faire, optant de plus en plus pour la fuite alors que le conflit dans ce pays entre dans sa sixième année.
 
Il est temps pour les dirigeants de ce monde de rechercher des solutions aux problèmes que pose le conflit syrien. Les morts sont déjà trop nombreux. Des millions de vies ont été bouleversées. Aujourd’hui, le Gouvernement du Royaume-Uni s’affirme comme chef de file en invitant les dirigeants du monde à répondre à la crise humanitaire pressante dans la région, conséquence d’un conflit qui a déjà trop duré.

Cette tragédie s’est déroulée au vu et au su de tous, en Europe même, où un million de Syriens seraient entrés l’an passé. Les graves conséquences du conflit sur les pays limitrophes de la Syrie sont moins visibles. La rencontre de Londres se penchera justement sur cet enjeu de taille. Plus de deux millions de Syriens ont trouvé refuge en Jordanie et au Liban. Le monde a beaucoup à apprendre de ces deux pays qui ont généreusement aidé les Syriens, malgré le sacrifice que cela a représenté pour eux.
 
Ce sacrifice a un coût et il est loin d’être négligeable : quelque 2,7 milliards de dollars par an en Jordanie et 1,6 milliard au Liban. Ces pays ont financé leur réponse à l’afflux de réfugiés en puisant principalement dans leurs propres ressources, alourdissant rapidement leur dette. En Jordanie, le ratio dette/PIB se chiffre à 91 %, et au Liban, à 138 %. On aura compris qu’un tel taux d’endettement est insoutenable.
 
La Jordanie, le Liban, mais aussi la Turquie et la région tout entière, font face non seulement à une crise humanitaire sans précédent, mais aussi à un véritable défi sur le plan du développement. Il est de notre devoir à tous de les aider. 
 
Les crises humanitaires se transforment souvent en conflits prolongés et difficiles à régler. Ce n’est pas demain que les réfugiés, en exil entre deux mondes, pourront rentrer chez eux. Ainsi, ils seront des millions à mener une existence largement improductive pendant des années. Quelle perte pour des communautés tout entières et pour les pays éprouvés !
 
Les rares réfugiés qui arrivent à rentrer chez eux – seuls 126 800 l’ont fait en 2014, le nombre le plus bas en 31 ans – n’y trouvent généralement pas l’appui dont ils ont besoin pour réussir leur réintégration. Ils ont du mal à s’en sortir, fuyant une crise après l’autre, allant de camp en camp, confrontés à tous les périls, notamment la violence envers les femmes et les filles.
Que faire alors ? À Londres, nous discuterons cinq solutions possibles.
 
Premièrement, nous devons partager des analyses plus détaillées émanant de certains pays et régions en particulier, afin de mieux coordonner notre planification et notre réponse aux crises humanitaires. La crise du virus Ebola nous enseigne que lorsque chacun travaille isolément et garde son information pour soi, les conséquences peuvent s’avérer désastreuses.
 
Deuxièmement, la communauté internationale doit fournir plus d’appui technique et financier aux pays touchés, pour améliorer leur capacité d’adaptation aux catastrophes, qu’elles soient économiques, naturelles ou liées à un conflit. En mai, à Istanbul, lors du Sommet humanitaire mondial, les acteurs du développement, les banques de développement et les organisations humanitaires devront s’allier plus étroitement pour répondre à ces difficiles enjeux.
 
Troisièmement, nous devons explorer les perspectives offertes par les outils financiers novateurs, notamment le financement concessionnel aux pays à revenu intermédiaire et les produits d’assurance conçus pour les pays à faible revenu.
 
Par exemple, en partenariat avec le Groupe de la Banque islamique de développement, les Nations Unies et d’autres donateurs, le Groupe de la Banque mondiale œuvre à l’établissement d’un mécanisme de financement concessionnel. Un tel dispositif permettra de soutenir la Jordanie et le Liban en utilisant les dons des bailleurs de fonds pour racheter des intérêts d’emprunt auprès des banques de développement. L’objectif est de lever 1 milliard de dollars de manière à mobiliser entre 3 et 4 milliards de dollars de financement concessionnel. En outre, nous travaillons à la mise en place de garanties qui aideront les banques de développement à libérer des fonds et à émettre des titres, ce qui augmentera les financements destinés aux programmes de redressement et de reconstruction dans la région. 
 
Ces nouvelles initiatives devraient multiplier par trois le montant de nos engagements des cinq dernières années dans la région, le portant à environ 20 milliards de dollars pour les cinq ans à venir. Nous finançons en outre plusieurs grandes initiatives pour aider la Turquie à faire face à l’afflux de réfugiés syriens.
 
Quatrièmement, nous devons intensifier nos efforts pour aider les pays durement éprouvés par les catastrophes, conflits ou afflux de réfugiés, à adopter des politiques plus favorables aux investissements privés.
 
Enfin, nous cherchons à tisser de nouveaux liens dans des domaines comme la gouvernance, l’édification de la nation et la prestation de services qui aideront les pays à mieux résister aux menaces. La paix et la stabilité au Moyen-Orient sont des biens publics mondiaux. Pour y arriver, le monde entier doit travailler de concert.
 
Ensemble, nous investirons dans l’éducation des jeunes, appuierons les communautés qui accueillent les réfugiés et proposerons des outils financiers novateurs pour créer des emplois et des débouchés économiques. Il est impératif de trouver de nouvelles idées pour alléger le lourd fardeau qui accentue cette crise humanitaire, en commençant par les voisins immédiats de la Syrie.

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