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Repenser les transports pour des villes plus sûres et plus équitables

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Des responsables du secteur des transports, du développement et, pour la première fois, du monde de l’entreprise vont se retrouver cette semaine à Washington pour un colloque sur la transformation des transports.
 
Véritables locomotives de la croissance mondiale, les villes sont pourtant souvent à la traîne quand il s’agit d’offrir à leurs habitants un accès sûr et bon marché aux emplois, à l’éducation et à la santé. Cela tient en partie à l’inadéquation et au manque de viabilité de leurs systèmes de transport. L’explosion des bidonvilles ou le cauchemar quotidien de ceux qui doivent se rendre en ville ou y circuler — sans parler du prix de ces déplacements — en témoignent clairement.

Les défaillances des systèmes de transport entraînent par ailleurs d’autres coûts en termes de qualité de l’air et de sécurité. En Chine, Pékin connaît régulièrement des pics dangereux de pollution, à cause notamment des émissions des véhicules automobiles. Au lieu de privilégier la construction d’immeubles en hauteur, les grandes métropoles indiennes que sont Bombay, Calcutta et Chennai pratiquent l’étalement urbain. Ce faisant, elles accroissent les distances à parcourir et les risques (quelque 550 accidents de la route mortels par jour). À l’échelle planétaire, les villes produisent 70 % des émissions de gaz à effets de serre (GES), avec les conséquences que l’on sait pour le climat.
 
L’indigence des systèmes de transport n’est pas seulement un frein à la croissance ou la source de problèmes de santé publique, elle favorise aussi la contestation populaire. C’est ainsi que plus de 100 000 manifestants ont investi les rues de Rio de Janeiro, au Brésil, une nuit de juin 2013 pour exprimer leur ras-le-bol face à la flambée du prix des transports et la médiocrité des services publics, malgré une ponction fiscale importante, et quantité d’autres griefs liés à la vie en ville.
 
Et si l’on abordait ces problèmes comme autant d’opportunités, notamment pour les entreprises et le secteur du transport urbain ?
 
Villes et entreprises : une association gagnante
 
Des systèmes publics de transport de qualité et bon marché améliorent l’attractivité d’une ville pour les investisseurs et contribuent ainsi à y développer l’emploi. Des systèmes publics de transport fiables favorisent également l’insertion et permettent à chacun de profiter du potentiel économique qu’offre une agglomération, quelle qu’elle soit.
 
Cette semaine, le réseau EMBARQ — un programme du World Resources Institute (WRI) pour des transports et un aménagement urbains durables — et la Banque mondiale co-organisent un colloque sur la transformation des transports avec plusieurs organisations partenaires. Cette manifestation de deux jours rassemblera des chefs d’entreprise, des décideurs et des responsables en charge de la ville et des transports autour du thème « Villes et entreprises : une association gagnante ». L’ambition, en réunissant un groupe d’acteurs aussi variés, est de contribuer au partage d’idées et de convaincre chacun que le monde de l’entreprise et le secteur des transports peuvent œuvrer ensemble à l’amélioration des conditions de vie en ville, pour leur propre profit comme pour celui des millions de citadins de par le monde.
 
Les entreprises ont une fonction essentielle dans l’amélioration des zones urbaines, même si leur rôle a souvent été négligé. Les 25 plus grandes métropoles de la planète produisent ensemble 50 % du PIB mondial environ. Toute initiative visant à améliorer les villes sera donc fructueuse pour les entreprises comme pour les résidents. Aujourd’hui, plus de 3,5 milliards d’habitants vivent en milieu urbain, soit plus de la moitié de la population mondiale. Chaque année, ces cités attirent des dizaines de millions de nouveaux résidents, soucieux de se rapprocher physiquement des emplois. Certains d’entre eux, parmi les plus déshérités, savent qu’ils auront ainsi plus de chances de sortir de la pauvreté. Les entreprises, quant à elles, décident souvent de s’installer en ville pour la même raison : la proximité.
 
Dans la course mondiale aux talents, villes et entreprises doivent s’associer pour créer des lieux de vie et de travail attrayants et dynamiques. Et, dans cet objectif, il est un secteur dans lequel les entreprises doivent en priorité s’engager et qui ouvre des perspectives prometteuses : celui des transports.
 
À Mexico (Mexique), la circulation est telle que 20 % des travailleurs perdent chaque jour plus de 3 heures pour aller à leur travail, tandis que les embouteillages coutent chaque année jusqu’à 8 milliards de dollars au Caire, soit 4% du PIB égyptien. Autant de pertes de productivité qu’il est possible d’inverser en recourant à des solutions durables. À Mexico, par exemple, la ligne 3 du système de transit rapide par bus (BRT), Metrobús, a permis d’économiser 142 millions de dollars rien qu’en temps de trajet.
 
On sait également qu’un investissement dans des infrastructures durables de transport améliore la sécurité routière, tous modes de transport confondus, et notamment celle des usagers des services publics, des cyclistes et des piétons. Alors que 1,2 million de personnes perdent chaque année la vie dans un accident de la circulation (en passe de devenir la cinquième cause de mortalité en 2030), toute opération visant à améliorer les infrastructures pour les piétons et les cyclistes pourrait changer radicalement la donne. À New York, le fait d’avoir rendu Times Square aux piétons — une décision abondamment commentée — s’est révélé rentable pour les entreprises qui voient le trafic piétonnier augmenter : depuis le début de sa mutation, le lieu figure dans les dix destinations commerciales préférées au monde. Ce qui s’est révélé positif pour les résidents l’a également été pour la ville et les entreprises au sens large. De la rue Florida à Buenos Aires (Argentine) jusqu’au marché Pandara de New Delhi (Inde), les zones piétonnes représentent un atout commercial évident et attirent chaque jour des hordes de touristes, consommateurs et travailleurs locaux.
 
Œuvrer ensemble en faveur d’une urbanisation durable
 
L’interconnexion et la mondialisation croissantes de notre monde sont incompatibles avec un fonctionnement en vase clos, que ce soit au niveau des entreprises, des transports ou du développement. Si l’on veut améliorer les villes pour le plus grand profit de tous, il faut prendre des initiatives concertées et transversales, et tirer parti de toutes les possibilités qui se présentent aujourd’hui à nous, qu’il s’agisse des technologies, des financements de la lutte contre les changements climatiques ou encore des évolutions en cours dans le plan d’action mondial pour le développement. Nous devons aussi nous inspirer des innovations les plus récentes, à l’instar de l'auto-partage, en plein essor (notamment en France), ou de la réorganisation des flottes de rickshaw motorisés, et ne pas hésiter à sortir des sentiers battus. Les solutions les plus efficaces ne sont pas forcément les plus sophistiquées mais elles exigent une bonne dose de créativité et de collaboration.
 
Ne ratons pas le coche et profitons de l’occasion que nous offrent les deux prochaines conférences des Parties (COP 20 et COP 21) à la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), à Lima en 2014 et à Paris en 2015, ainsi que la définition des objectifs de développement durable (ODD). Ces évènements fixeront le cadre de l’action de la communauté internationale après 2015. Dans la perspective de ces ODD, le colloque sur la transformation des transports est l’occasion idéale pour les entreprises, les experts du secteur des transports et les décideurs de soulever les bonnes questions et de peaufiner la réflexion sur les enjeux qui seront au cœur des prochains sommets internationaux. Ces discussions contribueront à la pérennité économique, écologique et sociale de nos modèles de développement pour les décennies à venir.
 
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