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Une nouvelle génération de PDG : Six femmes d’affaires africaines discutent de la question de l’égalité hommes-femmes dans le secteur privé

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Lisa Barutel (au centre) et son équipe. Crédit : La Fabrique.

Comme nous l'avons vu dans notre deuxième billet de blog, l'entrepreneuriat joue un rôle essentiel dans la promotion d'une croissance durable. Pourtant, dans de nombreux pays d'Afrique de l'Ouest, les préjugés de longue date à l'encontre du secteur privé demeurent des obstacles majeurs pour les femmes et les jeunes qui aspirent à devenir entrepreneurs.

« Le soutien familial, en particulier, demeure essentiel pour les choix de carrière des femmes, et le secteur privé ne jouit pas toujours d'une bonne réputation auprès des parents. Il est très difficile pour eux [les parents] de comprendre pourquoi nous voulons faire cela au lieu d'obtenir un emploi stable au sein du gouvernement », explique Binta Ndiaye, PDG de MakeSense Afrique. « Ma mère est entrepreneure, mais elle a fait ça à côté de son travail principal et de ses obligations familiales en France, donc pour elle ce n'est pas une carrière en tant que telle. »

« L'entrepreneuriat est intrinsèquement risqué, donc si vous n'avez pas ce soutien et ces encouragements, ou même la bénédiction de votre famille pour aller de l'avant, je peux comprendre que cela peut être extrêmement difficile pour certaines femmes », dit Mariem Kane, fondatrice et présidente de l'incubateur Hadina RIMTIC en Mauritanie.

Binta Ndiaye n'est pas découragée : « C'est à nous de les sensibiliser sur ce potentiel et d'avoir la détermination d’aller au bout des choses. Si vous pouvez convaincre des parents sceptiques, vous pouvez convaincre n'importe quel investisseur. »

Considérant que ces incubateurs sont dirigés par des femmes, s'efforcent-ils tout particulièrement de recruter des femmes entrepreneures ?

Lisa Barutel, fondatrice et PDG de La Fabrique, reconnaît que même si La Fabrique a reçu beaucoup de réponses à un récent appel à propositions ciblant les femmes, beaucoup moins répondent aux appels généraux qui ne se focalisent pas particulièrement sur l'entreprenariat féminin. Normalement, nous ne cherchons pas de candidats, car il arrive que nous soyons inondés de candidatures, mais lorsque nous avons remarqué cette divergence, nous avons lancé un programme visant à identifier les femmes à fort potentiel », dit-elle.

La Fabrique se targue actuellement d’un ratio femmes-hommes de 40/60 parmi ses participants et de 7-1 parmi son personnel, bien que les décisions en matière de recrutement ne soient fondées que sur le mérite.

MakeSense Afrique encourage l'équilibre entre les sexes dans le processus de sélection des incubés et organise des ateliers et des événements ciblant les femmes intéressées par l’entrepreneuriat, y compris les mères. Il existe également des programmes de formation destinés à développer les compétences des femmes en matière de TIC, ainsi qu'à leur fournir un enseignement sur les chaînes de valeur et les différentes manières d'accéder aux marchés.

Certaines PDG ont fait remarquer que les femmes entrepreneures sont concentrées dans les secteurs alimentaire et agricole. Certains des incubateurs qui se concentrent sur des secteurs traditionnellement dominés par les hommes, tels que les TIC et les énergies renouvelables, ont cependant moins de femmes.

Saboutech et CTIC Dakar ont tous deux exprimé le souhait d'avoir plus de femmes participantes. « Ce n'est pas quelque chose dont je suis fier, je sais que nous pouvons faire mieux », déclare Regina Mbodj, PDG de CTIC Dakar, reconnaissant qu'attirer plus de candidates nécessitera probablement une approche plus proactive. « Les femmes ne viennent pas nous chercher comme les hommes le font », ajoute-t-elle. « Je connais des femmes qui dirigent leur propre entreprise ou qui ont une idée de création d'entreprise, mais qui ne répondent pas à nos appels d'offres. Nous devons trouver un moyen de les impliquer et de les intégrer dans notre programme. »

« Nous essayons de donner la priorité aux candidates », déclare Fatoumata Guirassy, PDG du premier incubateur d'entreprises de technologies vertes de Guinée, Saboutech. « Mais les femmes ont toujours tendance à travailler dans le secteur informel, de sorte que notre réservoir de candidates potentielles est tout simplement plus restreint. »

Hadina, l'incubateur mauritanien des TIC, fait exception à la règle. Dans ses concours et initiatives, Hadina a connu, en moyenne, un taux de participation des femmes de 40 %. Bien que l'initiative la plus récente de Hadina, le Marathon de l'Entrepreneur, a explicitement donné la priorité aux équipes comptant au moins une femme, l'incubateur a réussi à maintenir un réservoir très diversifié et équilibré d'incubés depuis sa création.

Pour Mariem, l'inclusion a toujours été la pierre angulaire de l'incubateur. Axée sur les jeunes et les femmes dès le premier jour, l'équipe Hadina a présenté une image de diversité, représentative de toute la Mauritanie, tant en termes d'ethnicité que de genre. « Cela a été particulièrement important dans notre travail de sensibilisation auprès des écoles et des universités », dit Mariem. « Je pense que les jeunes femmes dans les universités ont été encouragées en voyant des femmes dans nos équipes de communication et se sont senties plus à l'aise de postuler. »

« L'image de diversité de Hadina était promue en partie dans l'espoir que nos participants feraient de même », dit Mariem. « Nous avons finalement projeté ce que nous espérions obtenir en retour. »

Il sera intéressant de voir si cet effet de démonstration continue d'attirer avec succès des candidates et divers groupes ethniques. Cela peut éclairer nos efforts plus vastes visant à assurer l'égalité d'accès des femmes à l'emploi et aux possibilités de formation dans les petites et moyennes entreprises.

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