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Libérer l’investissement privé dans les énergies renouvelables

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Angus McCrone, Jin-Yong Cai, and Rune Bjerke discuss renewable energy. © Franz Mahr/World Bank


​Plus de 700 millions de personnes dans le monde vivent dans l'extrême pauvreté. Ce chiffre vous semble effrayant ? Il y a pire : 1,1 milliard de personnes, c'est-à-dire plus de trois fois la population des États-Unis, vivent sans électricité.

Il va donc sans dire que mettre fin à la pauvreté énergétique constitue une étape essentielle pour mettre fin à la pauvreté elle-même. Et les dirigeants de la planète sont d'accord : un objectif de développement durable consacré spécifiquement à l'énergie a ainsi été adopté le mois dernier. Ce choix met en avant le rôle essentiel que jouent les sources renouvelables pour atteindre les objectifs de l'initiative Énergie durable pour tous d'ici 2030. Qu'est-ce qui pourrait donner un coup de fouet dans cette course contre la montre ? Les financements privés.

Au cours d'un débat qui s'est tenu le 9 octobre lors des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque mondiale et du FMI à Lima (Pérou), sept experts du public et du privé se sont réunis pour discuter des énergies renouvelables et du rôle clé que les financements privés peuvent jouer dans ce domaine. Cette réunion a été animée par Angus McCrone, rédacteur en chef de Bloomberg New Energy Finance.

Dans son allocution d'ouverture, Jin-Yong Cai (a), directeur général et vice-président exécutif de la Société financière internationale (IFC), et Rune Bjerke (a), PDG de DNB, le plus grand groupe de services financiers de Norvège, ont abordé la situation actuelle des énergies renouvelables dans le monde. Selon ce dernier, l'argent nécessaire pour financer les investissements dans les énergies renouvelables est là, mais pas les infrastructures… « Je pense qu'il faut que nous nous penchions davantage sur les systèmes de distribution : comment rendre les réseaux plus accessibles, comment investir dans les nouvelles technologies de stockage de l'énergie, comment tirer parti de la révolution technologique pour davantage mettre en avant les nouvelles sources d'énergie vertes », a-t-il indiqué.

Le Sénégal constitue un exemple intéressant, car ce pays a accompli de grandes avancées dans ce domaine (particulièrement concernant l'hydroélectricité), mais continue à rencontrer d'importantes difficultés au niveau de la distribution. « En Afrique, les villages sont souvent isolés. Même si vous avez une grosse centrale électrique, cela ne signifie pas que les gens y ont accès », a expliqué Thierno Alassane Sall (a), ministre sénégalais de l'Énergie et du Développement des énergies renouvelables. « Nous ne parviendrons pas à résoudre ce problème sans trouver des solutions de financement pour le transport et la distribution de l'électricité. C'est à ce niveau que nous avons besoin des investisseurs et du soutien de la communauté internationale. »

Pourtant, si la construction des infrastructures nécessite des investissements, les investisseurs veulent quant à eux voir des infrastructures déjà en place… « Pour qu'un projet énergétique réussisse à grande échelle, il faut avoir de solides réseaux de transport et de distribution. Il faut avoir des réglementations claires et raisonnables […] pour que les gens sachent dans quoi ils s'engagent », a souligné M. Cai. « Nous avons été bien plus audacieux et disposés à prendre des risques dans nos investissements. Nous nous efforçons de démontrer que les énergies renouvelables font indéniablement partie de la solution. »

La Jordanie est parvenue à transformer une crise en véritable opportunité. « Ce qui se passe chez nous montre qu'en faisant preuve de résilience, on peut transformer des défis insurmontables en véritables opportunités. En toute honnêteté, c'était une question de survie, quasiment de vie ou de mort », a renchéri Imad Najib Fakhoury (a), ministre jordanien de la Planification et de la Coopération internationale. « Nous faisons partie des rares pays du Moyen-Orient totalement dépourvus de pétrole. Nous importions ainsi 96 % de notre énergie. Nous nous sommes donc engagés dans une stratégie de diversification en 2008. Dès 2010, nous avons adopté une loi relative à l'efficacité énergétique et mis en place le cadre nécessaire à la mise en œuvre de cette stratégie. En 2011, les Printemps arabes ont éclaté et […] la Syrie voisine a sombré dans la violence. Nous avons donc vu arriver de nombreux Syriens en Jordanie, et ils représentent à l'heure actuelle près de 20 % de la population du pays. Nous avons également perdu l'approvisionnement en gaz (en provenance d'Égypte) que nous utilisions pour la production d'électricité. »

L'État jordanien a ainsi dû remplacer le gaz par le fioul, à un coût cinq fois supérieur. Cette crise a poussé le pays à passer la vitesse supérieure. « Le gouvernement a tout de suite lancé un programme de stabilisation macroéconomique et conclu un accord avec le FMI pour réformer le secteur de l'énergie national. […] Nous avons éliminé toutes les subventions aux produits pétroliers, mis en place des mesures incitatives en faveur des solutions hybrides, et encouragé une approche de diversification ambitieuse. »

Maja Wessels (a), de la société First Solar, l'un des principaux acteurs mondiaux du développement de projets solaires, a également participé à la discussion. Selon elle, bien que le solaire ne soit pas en mesure de couvrir l'intégralité des besoins des pays pour le moment, cette situation pourrait bien changer d'ici 2040 du fait de l'évolution rapide des technologies (en particulier en matière de stockage).

Selon Rosa Maria Ortiz Rios (a), ministre péruvienne de l'Énergie et des Mines, les énergies renouvelables sont appelées à jouer un rôle majeur dans la diversification des sources de production d'électricité du pays.

L'ensemble des participants au débat sont tombés d'accord sur un point : sans recourir aux énergies renouvelables, il ne sera clairement pas possible de mettre fin à la pauvreté d'ici 2030.

« Les énergies renouvelables constituent sans aucun doute les fondations de toute économie moderne », a conclu M. Cai.

Commentaires

Soumis par SOUMBOUNOU le

Horizon 2030 mettre fin à la pauvreté, j' en doute car chaque année l'université produise beaucoup de milliers des diplômés. La problématique de l'emploi est un challenge global mais une exigence qui effraye la jeunesse pour surmonté ce challenge "lors de recrutement, demander une expérience pratique à un sortant de l'université". Tant qu'on trouve pas une solution à cette exigence nous resterons comme ça pendant 2100 ans.

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