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Pourquoi une hausse globale de 4 °C ne provoquera pas qu’une seule crise de l’eau

Julia Bucknall's picture
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On parle beaucoup de « crise de l’eau », au singulier. Mais pour nous qui travaillons sur ces questions, les crises de l’eau sont  multiples, et elles s’aggravent à mesure que le mercure monte pour dépasser le niveau des températures préindustrielles de 2, voire 4° C. Inondations ici, sécheresses là… Il y a des endroits où les infrastructures ne sont pas à même de protéger les citoyens parce qu’elles sont mal exploitées ou mal entretenues tandis que dans de nombreuses régions la faille dans l’application des réglementations entraînent des crises de pollution ou une surutilisation chronique des eaux souterraines. Les crises de l’eau sont donc nombreuses ; si certaines sont attribuables à la nature et d'autres provoquées par l'homme, elles découlent pour la plupart d’une combinaison des deux. Et lorsqu’elles se conjuguent à des crises de gouvernance et des crises économiques, c’est toute une société qui risque de s’effondrer.
 
Dans un rapport commandé par la Banque mondiale et intitulé Turn Down the Heat, les auteurs prédisent de nombreuses crises de l’eau dans trois régions du monde qu’ils passent au crible : l’Asie du Sud-Est, le l'Asie du Sud et l'Afrique. Chacune de ces crises serait avérée si de mauvais choix humains se combinaient avec une instabilité politique et économique. Selon le rapport, au cours de notre existence, nous assisterions à une hausse des températures de deux degrés Celsius et il y aurait 40 % de chances au moins d’atteindre voire de dépasser les 4 °C d’ici à la fin du siècle. Les auteurs estiment qu’avec une telle hausse la superficie totale des zones arides et hyperarides en Afrique aura crû de 10 % par rapport à la période 1986-2005. Là où l’aridité augmente, les rendements agricoles diminuent et la période de végétation se réduit. En Asie du Sud, le cycle des saisons devrait s’accentuer : pendant la saison sèche, le taux des précipitations diminuerait jusqu'à 30 % et augmenterait d'un tiers environ pendant la saison des pluies (dans le scénario à + 4 °C). L’Asie du Sud-Est serait confrontée à une combinaison de divers facteurs en évolution (hausse du niveau de la mer, urbanisation et régime des pluies) qui créeraient une grande vulnérabilité dans le delta du Mékong, notamment.
 
Le rapport souligne la grande incertitude qui entoure le régime de la mousson, source de préoccupation majeure : « Dans le cas d'un réchauffement mondial moyen avoisinant les 4 °C on pourrait s’attendre à une hausse de 10 % de l’intensité annuelle moyenne et une augmentation de 15 % en variabilité interannuelle des précipitations estivales de la mousson indienne par rapport au niveau traditionnel observé durant la première moitié du XXe siècle. Pris dans leur ensemble, ces changements signifient que les moussons extrêmement pluvieuses, dont le taux d’occurrence n’est aujourd’hui estimé qu’à une par siècle, pourraient survenir tous les 10 ans à l’horizon 2100 ». Mais le rapport souligne cependant les effets dévastateurs de changements qui risquent d’intervenir au cours des 20 prochaines années, venant exacerber les vulnérabilités actuelles découlant de cette combinaison de choix regrettables et de précipitations difficiles à gérer. En l’absence de mobilisation, ces changements saperont les initiatives de réduction de la pauvreté.
 
Le degré de probabilité est trop élevé et les répercussions prévisibles trop désastreuses pour faire preuve d’attentisme. Beaucoup d’initiatives politiques ou institutionnelles et de projets d’investissement judicieux peuvent être pris aujourd’hui avec un effet immédiat. Des actions d’autant plus utiles qu’elles serviront aussi le long terme, comme nous l’apprennent les informations produites dans ce rapport.