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Les cinq raisons pour lesquelles la simple construction de toilettes n’améliorera pas l’assainissement urbain

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On sait que l’essentiel de la population mondiale vit en milieu urbain. Ce que l’on sait sans doute moins, c’est que la couverture des réseaux d’assainissement ne progresse pas aussi vite que la population urbaine. Loin s’en faut : selon les estimations de UN-Habitat, 40 % des citadins vivent dans des bidonvilles – une proportion qui augmente constamment, puisque plus de 20 millions de personnes supplémentaires viennent s’y entasser chaque année.
 
Si les citadins bénéficient en général d’un meilleur accès aux toilettes que les ruraux, les conditions sanitaires en ville se dégradent. En cause, la forte densité de population, l’inadéquation de la gestion des boues septiques et des déchets solides et la déficience des réseaux d’évacuation. Le Programme pour l’eau et l’assainissement (WSP) a récemment conclu à la nécessité d’adopter une approche multidimensionnelle de ce problème complexe pour obtenir des résultats significatifs. Ci-dessous, cinq raisons pour lesquelles l’assainissement urbain ne peut se résumer à la construction de toilettes.
 

  1. L’assainissement urbain est une chaîne de services : les zones urbaines densément peuplées n’ont pas d’espaces pour enfouir les excréments (qui contiennent des agents pathogènes nocifs) ou déplacer les fosses quand elles sont saturées. D’où l’importance critique de services fiables et hygiéniques d’enlèvement des boues fécales, afin de les traiter ailleurs et, si possible, de les recycler. Toute défaillance dans cette chaîne – vidange des fosses, transport et traitement – peut avoir de graves conséquences pour la santé publique, sans parler des risques pour l’environnement urbain et des désagréments pour les résidents. Le même constat s’applique aux égouts : malgré les énormes investissements réalisés dans les infrastructures, les problèmes de transport et de traitement sont monnaie courante.
 
  1. L’assainissement urbain doit intégrer les pauvres et s’inscrire dans un cadre couvrant toute l’agglomération : toute faille dans la gestion des excréments des particuliers ou d’une communauté entraîne une contamination qui, dans ces espaces densément peuplés, va concerner un grand nombre d’autres habitants. D’où l’intérêt très relatif de solutions partielles en matière de santé publique, d’économie, de société et d’environnement. Pour développer des services d’assainissement urbain rentables, la planification doit couvrir tous les habitants, quel que soit leur niveau de richesse.
 
  1. L’assainissement urbain ne peut pas être géré de manière isolée : l’inadéquation des politiques d’urbanisme et la défaillance des réseaux d’évacuation provoquent des inondations, surtout dans les régions tropicales, qui rendent inopérantes les infrastructures souterraines (latrines, fosses septiques et égouts) et entraînent une contamination fécale généralisée. Mal gérés, les déchets solides viennent obstruer les réseaux d’évacuation – ce qui aggrave les inondations – et augmenter le volume qui atterrit dans les latrines, ce qui rend leur vidange plus pénible et plus risquée.
 
  1. L’assainissement urbain exige un cadre propice solide : la clarté des cadres politiques, des législations et des normes favorise la cohérence et l’homogénéité entre tous les maillons de la chaîne de services. Pour bien fonctionner, l’environnement institutionnel doit impliquer des acteurs publics et privés dans les domaines où ils sont le plus efficaces, en conjuguant des accords financiers adéquats, une offre équilibrée et diversifiée de services privés de qualité tout au long de la chaîne et des financements publics destinés à la fourniture de biens publics en aval.
 
  1. L’assainissement urbain doit s’appuyer sur des mécanismes clairs de redevabilité : le développement de l’assainissement urbain achoppe souvent sur l’absence de services continus et efficaces une fois les infrastructures en place (latrines, réseaux d’évacuation, égouts et stations d’épuration). Pour que tous les prestataires de services puissent jouer à plein leur rôle essentiel, au quotidien, ils doivent être tenus responsables de leurs actes. Cela passe par l’introduction de mécanismes de redevabilité spécifiques et efficaces.
 

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