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Afrique : les oubliées de la révolution numérique ?

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Afrique : les femmes, oubliées de la révolution numérique ? Youthink!

Esdras Dayiri, un jeune consultant en informatique originaire de Côte d’Ivoire, milite au sein de l’ONG Epsilon-Technology pour convertir les Ivoiriennes aux joies de la révolution numérique. A cette fin, il organise au printemps un concours  informatique en ligne  baptisé « African IT Girl » ciblant les filles  dans le but « d’aider les Africaines à entrer dans l’ère numérique et  devenir des actrices de poids dans le secteur des technologies de l’information», explique-t-il. Car si les Africaines n’ont pas l’air de s’intéresser à l’informatique c’est, selon lui, parce qu’elles n’ont pas suffisamment accès à des formations leur permettant de maîtriser les TIC (technologies de l’information et de la communication).

Si l’Afrique est souvent décrite par les médias comme le nouvel eldorado de la téléphonie mobile, le téléphone portable jouant aujourd’hui le rôle d’ordinateur de poche et les cyber-cafés fleurissant sur le continent, rares sont les jeunes femmes à fréquenter les clubs informatiques, regrette ce dernier.  Esdras veut donc pousser les femmes qui ont déjà des connaissances de base en informatique à  proclamer haut et fort leur passion pour les TIC en s’inscrivant à un concours en ligne testant leurs connaissances dans le domaine.

Christelle Assirou, présidente de l’ONG Femmes et TIC , créée en 2007,  mène un combat similaire. Son association organise des ateliers de formation en TIC ciblant les femmes et les jeunes filles. « L’objectif numéro trois des OMD (objectifs du millénaire pour le développement) qui consiste à promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes m’a particulièrement motivée à créer mon association », précise-t-elle. « Les femmes doivent pouvoir bénéficier de l’opportunité que représente la révolution numérique, le défi principal restant d’améliorer l’accès aux formations ainsi qu’aux outils informatiques », martèle-t-elle. Dans un entretien publié sur le monde.fr, elle faisait valoir également que le cybercafé  restait aujourd’hui le principal accès à Internet pour les femmes en Afrique.

Les résultats d’une étude sur les disparités hommes-femmes dans l’accès et l’utilisation des TIC au Sénégal, publiées tout récemment par le CRES (Consortium pour la recherche économique et sociale) sont édifiants : l’étude note qu’au Sénégal, la (faible) proportion d’hommes disposant d’un ordinateur est deux fois plus élevée que celles des femmes (8,7% contre 3,5%) et que seules 10% des femmes ont accès à des ordinateurs contre 20,2% des hommes.

Microsoft vient d’annoncer en grande pompe la création de  « Microsoft 4 Africa », initiative visant à épauler le développement économique  du continent via un meilleur accès aux TIC (Microsoft  s’engage notamment à former 200 000 personnes en Afrique dont 100 000 jeunes). Sur son site, le géant informatique fait également part de son intention de lancer un portail ciblant en particulier les femmes (en commençant par l’Afrique du nord et l’Egypte en particulier), portail qui comportera un volet éducatif. « Ce portail vise à donner plus de pouvoir aux jeunes femmes, leur permettre de jouer un rôle de leader dans leur communauté, renforcer leurs compétences et confiance en soi, et introduire de nouveaux modèles de travail autonome», précisait Microsoft dans un communiqué de presse.

L’apprentissage mobile au service des femmes et des filles

Malgré la croissance phénoménale du marché de la téléphonie mobile en Afrique, les initiatives visant à  transformer le téléphone portable en outil d’apprentissage  pour les femmes et les filles restent encore rares sur le continent constatait ce récent article du Guardian. En décembre dernier, l’UNESCO a organisé un atelier de consultation régionale pour l’Afrique intitulé : « L’alphabétisation par téléphone mobile : l’autonomisation des femmes et des filles» afin d’évaluer l’impact de programmes innovants d’apprentissage basés sur des technologies mobiles dont l’initiative Jokko au Sénégal, le projet ABC (alphabétisation de base par cellulaire) au Niger ainsi que le projet Nokia Life au Nigeria .

Selon Diane Boulay, responsable de ce projet à l’UNESCO, «les téléphones portables sont des outils d’apprentissage efficaces à condition que les femmes prennent consciences de la plus-value qu’ils peuvent leur apporter».  Selon elle, il est essentiel que les femmes réalisent que cet outil va non seulement les instruire mais aussi leur faciliter la vie en leur fournissant par exemple des informations sur le prix des denrées agricoles, informations qui leur permettront par exemple d’augmenter leur productivité, leur revenus et leur qualité de vie ( l’UNESCO prépare un rapport complet sur le sujet qui sera publié en mai prochain).

Autre défi souligné notamment dans cet article : « Même si une femme ou une jeune fille possède un téléphone mobile, elle n’aura pas forcément les moyens de payer l’électricité pour recharger son téléphone, acheter du crédit pour les communications et SMS, ou encore accéder à Internet ». Si de telles considérations ne sont pas prises en compte,  on peut douter de la viabilité de ce type de programmes pourtant prometteurs.

Photo : Le projet ABC (alphabétisation de base par cellulaire) au Niger @ http://sites.tufts.edu/projectabc

Commentaires

Soumis par raphaelle le

Bonjour à tous

Quelle belle idée et  initiative que de vouloir familiariser l'outil informatique de façon approfondie à la gent féminine. C'est vraiment une initiative à encourager et à suivre de près d'autant plus que maintenant la connaissance de l'informatique est primordiale et les innovations trouvées dans ce domaine deviennent de plus en plus puissantes. 

Comme toute invention, cette nouvelle technologie de l'information et de communication ( je dis bien N TIC en ce sens qu'en tant qu'africains cet outil est encore nouveau pour nous) comporte un certain nombre de logiques, à savoir: la logique d'accès,la logique d'usage; la logique d’appropriation etc.

Il est important d'organiser des formations pour la bonne maitrise de cet outil je suis d'accord, mais cette formation sera organisée à l'endroit des femmes de quelle situation sociale?  pourront-elles continuer d'apprendre après la formation si l'accès à un ordinateur n'est pas chose aisée? Le désintéressement remarqué quant à l'appropriation de l'informatique n'est pas forcément dû au manque de formations mais plutôt à ces différentes logiques cités plus haut.

Cordialement

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