Youthink! le blog de la Banque mondiale dédié aux jeunes qui s'engagent pour le développement
Syndicate content

Envie de réagir ? Envoyez-nous vos questions et commentaires

Pourquoi faut-il créer les coopératives agricoles en Haïti

Fritz-Gerald Louis's picture

Disponible en : english
Développer les coopératives agricoles en Haïti

Dans mon pays, Haïti, le secteur agricole représente 25 % du PIB national et plus de 50 % des emplois en dépendent. Mais il faut savoir que les métiers de l’agriculture sont d’une grande précarité et ne permettent pas aux paysans et à leurs familles de vivre dignement. Plus de deux tiers des habitants des régions rurales sont pauvres et l’agriculture est leur principale source de revenu. (Source : Institut haïtien de statistique et d'informatique)

L’agriculture est une profession difficile et particulièrement vulnérable aux aléas climatiques. Les exploitants sont confrontés à des risques importants liés aux catastrophes naturelles, au manque de mécanisation et de savoirs faires, et à la difficulté d’accéder aux marchés pour y vendre leurs produits.

Si rien ne change, les revenus des populations rurales resteront faibles et instables et les problèmes liés à la pauvreté ne feront que s’aggraver.

Pourquoi créer des coopératives agricoles ?

Pour aider à augmenter la productivité du secteur agricole et améliorer le niveau de vie des populations rurales en Haïti, je suis convaincu que les coopératives agricoles ont un rôle crucial à jouer. Elles peuvent en effet contribuer au développement de projets communs entre les agriculteurs, par exemple : achat de matériel agricole et de véhicules pour transporter les produits jusqu’aux acheteurs, formation à de nouvelles techniques agricoles, etc.

En se constituant en coopératives, les travailleurs agricoles pourront se soutenir les uns les autres et mettre en place des mécanismes de co-financement et de filets sociaux de sécurité pour protéger leurs familles. Car, comme cela a déjà été prouvé dans d’autres pays, en Amérique latine et en Afrique, les coopératives peuvent renforcer la sécurité alimentaire et générer des emplois et participer à une meilleure intégration sociale en Haïti.

Un projet international vient d’être lancé par l’Agence française de développement (AFD) et la Banque interaméricaine de développement (BID) afin de soutenir les coopératives de producteurs de café haïtiens. Dans le cadre de ce projet, c’est Nestlé, une des plus grandes entreprises alimentaires et de nutrition au monde, qui fournira l’assistance technique et les matériaux de plantation nécessaires pour aider les agriculteurs haïtiens à réhabiliter leurs caféiers.

Trouver des distributeurs et accéder aux prêts bancaires

Grâce aux coopératives, les agriculteurs haïtiens pourraient assurer avec plus d’efficacité la gestion de leurs activités de production. En se groupant ils pourront acheter des matières premières « en gros », c’est-à-dire en plus grande quantité, ce qui leur reviendra moins cher. Parce que l’union fait la force, ils deviendront des interlocuteurs privilégiés pour les distributeurs et auront ainsi la possibilité de négocier de meilleures conditions de vente de leurs produits.

En outre, les coopératives peuvent contribuer à la sécurisation des droits fonciers. Elles sont davantage en mesure de satisfaire les exigences des banquiers (en termes de garanties et de capacités de remboursements des prêts) que des particuliers. Par conséquent, elles permettent aux agriculteurs d’obtenir plus facilement un crédit pour financer leurs investissements et se couvrir contre des risques éventuels.

Le rôle de l’État dans la promotion des coopératives

Le Gouvernement haïtien doit s’engager avec force et conviction dans la promotion de coopératives agricoles et de l’entrepreneuriat agricole. Car le potentiel agricole en Haïti est énorme mais, faute d’organisation, la productivité du secteur demeure faible.

Pour remédier à cette situation, le gouvernement doit favoriser le développement de conditions optimales pour l’épanouissement des coopératives agricoles. Pour cela, il est indispensable de créer des politiques, des lois et des programmes qui tiennent compte des besoins et des préoccupations des petits exploitants agricoles haïtiens.

J’espère que le développement des coopératives agricoles deviendra bientôt une priorité aux yeux de l’État dans le but de soutenir le développement des zones rurales, car il s’agit d’une solution sur le long terme pour lutter contre la pauvreté et la précarité, notamment chez les plus jeunes.

Légende et crédits photo. Grâce à la PADF, de nombreux projets de coopératives et de modernisation des activités agricoles (notamment par la transformation et le conditionnement des produits) sont rendus possibles en Haïti. © Tous droits réservés par PADF.org

 
À propos de l'auteur
Fritz-Gerald Louis a 30 ans, il est haïtien et travaille au ministère de l'Économie et des Finances en Haïti. Fritz-Gerald est un expert en analyse économique et développement international et veut contribuer activement à sortir Haïti de sa situation de pays le plus pauvre du monde.