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Le camp de réfugiés de Kakuma

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Témoignage : camps de réfugiés de Kakuma
Au nord du Kenya, dans la ville de Kakuma (dont le nom signifie « nulle part » en Swahili), se trouve un camp de réfugiés abritant plus de dix nationalités différentes (Somalie, Soudan, Rwanda, Éthiopie, Ouganda, etc.), sans oublier les habitants locaux qu’on appelle les Turkana.

Vous arrivez à imaginer un peu à quoi peut ressembler la vie dans un camp de réfugiés ?

L'endroit est si sec qu'aucune activité agricole n'a pu se développer. Le camp reçoit un peu d'aide alimentaire offerte par le Programme alimentaire mondial (PAM).

Plus de la moitié des 75 000 réfugiés à Kakuma ont moins de 17 ans. Il n’y a qu’un seul lycée secondaire, prévu pour 560 élèves. Des milliers de jeunes se voient donc refuser l’accès à l’éducation. Et ils n’ont pas accès à la formation non plus.

Le commerce et le transport (en camion, voiture, motocyclette ou même à pied en transportant les objets sur sa tête) sont les seules sources de revenus pour les personnes qui vivent sur le camp. Et encore, seules les personnes capables physiquement peuvent travailler.

Mais à Kakuma, il y a aussi tout un ensemble d’activités plus mystérieuses, qui conduisent beaucoup de jeunes – aussi bien les réfugiés que les autochtones – sur une voie dangereuse...

Des jeunes sans avenir ?

La jeunesse de Kakuma se divise en quatre catégories :

  • la jeunesse fonctionnaire et estudiantine,
  • la jeunesse analphabète mais employée,
  • la jeunesse main-d’œuvre qui travaille pour les commerçants,
  • et enfin, la « jeunesse perdue ».

La première catégorie a peu d'histoire car ils bénéficient d’un minimum de sécurité financière et morale, mais leurs conditions de vie restent très précaires. Les fonctionnaires gagnent entre 30 et 50 dollars par mois.

« Avec le peu de salaire que je gagne je peux m'acheter des habits, une nouvelle paire des souliers, recharger mon portable et c'est tout! C'est très regrettable puisque mes frères ne peuvent rien attendre de moi », c’est ce que m’a confié Gustave, employé à l’UNHCR (Agence des Nations Unies pour les réfugiés).

Quant aux étudiants, chaque jour ils doivent parcourir de longues distances sous un soleil brûlant pour atteindre l’école où ils se retrouvent entassés dans une petite pièce faite de murs et de tuiles, dans une chaleur accablante.

La catégorie de la jeunesse analphabète mais employée concerne ceux qui ont eu la chance d'être formés à un métier tel que la mécanique, la maçonnerie etc. Certains deviennent entrepreneurs, les autres se font engagés.

André, un jeune burundais qui conduit une motocyclette m’explique qu'il ne pouvait pas attendre de terminer l'école car ses deux petits frères avaient besoin de lui : « ils n'ont que moi » ajoute-t-il.

La majorité des jeunes dans cette catégorie ont des obligations à accomplir dans leurs foyers ce qui les différencie de la jeunesse main-d’œuvre. Ces derniers n'ont pas d'emploi fixe, parfois ils gagnent leur pain en faisant de la manutention ou en nettoyant des restaurants, etc. Certains ne travaillent que pour gagner de quoi s'acheter des boissons alcoolisées et d'autres produits censés tranquilliser l'âme, comme ils le disent souvent. La plupart de ces jeunes sont des locaux et non des réfugiés.

La dernière catégorie, celle que j’ai appelée « la jeunesse perdue » --sans doute parce qu'eux-mêmes se disent souvent « perdus » -- est illustrée par ce dialogue que j'ai eu avec l'un des jeunes que j'ai rencontré dans un bar, il était en train de jouer au billard :

Moi : Salut Jay ! Est-ce que tu peux me rendre un service ? Va puiser de l'eau pour moi je vais te payer. 
Jay : Auntie ! Tu m'insultes terriblement ! Même ma mère n’oserait pas me demander un tel service.

Je connais Jay et sa famille depuis deux ans maintenant. Si tu ne trouves pas Jay à la table de billard, c’est qu’il est dans une salle de vidéo avec d’autres jeunes réfugiés. Sa mère ne le compte plus parmi ses enfants, sauf lorsqu’il faut payer les dégâts causés par Jay lors d’un combat avec sesamis.

Ces jeunes vivent comme des rebelles, si on a un problème avec l'un d'eux, il revient avec un groupe entier prêt à vous causer des problèmes…

Tous ces jeunes venant de différentes nations font face aux mêmes problèmes dans un même endroit. Si on leur vient en aide, c’est en quelques sortes toute l’Afrique qu’on aide. L’aide morale et psychologique est sans doute la plus urgente, mais comment les atteindre ? À qui dois-je m’adresser pour pouvoir les aider, je ne sais même pas.

Et moi, dans quelle catégorie suis-je donc ? bien agir ou mal agir, c'est plus compliqué que je ne l'imaginais…

Crédits photo. ©UNHCR – Camp de Kakuma, Kenya.

 
À propos de l'auteur
Vestine Umubyeyi a 27 ans, elle est rwandaise mais a dû quitter son pays et abandonner ses études de Lettres à l'Université pour rejoindre le camp de réfugiés de Kakuma au Kenya, où elle vit depuis 2009.