Youthink! le blog de la Banque mondiale dédié aux jeunes qui s'engagent pour le développement
Syndicate content

Envie de réagir ? Envoyez-nous vos questions et commentaires

Internet et participation citoyenne : les jeunes marocains réinventent leur démocratie

Liviane Urquiza's picture

Cette semaine, j’ai eu l’occasion de discuter de l’essor de la participation citoyenne au Maroc avec Tarik Nesh-Nash. Si ce nom ne vous dit rien, il est grand temps de découvrir qui se cache derrière !

Tarik Nesh-NashTarik a trente-quatre ans. Il est ingénieur en informatique et possède une conscience aigüe de la politique dans son pays. Jeunesse, compétences et compréhension des enjeux : mélangez tous ces ingrédients et pour finir ajoutez une bonne dose d’inventivité. Vous obtenez un jeune innovateur social prêt à révolutionner le rôle des citoyens dans son pays.

Début 2011, les bourgeons du Printemps arabes sont sur le point d’éclore. Les Marocains descendent dans la rue pour dénoncer l’injustice sociale, le chômage, la corruption, et réclamer une vraie monarchie constitutionnelle. En mars, le roi Mohamed VI annonce le lancement d’une réforme constitutionnelle. Quelques jours plus tard, Tarik lance Reforme.ma, une plateforme participative, aujourd'hui fermée, qu’il a co-fondée avec un autre jeune ingénieur en informatique, Mehdi Slaoui Andaloussi. Cette plateforme  va permettre à des milliers d’internautes marocains de contribuer à l’élaboration de la nouvelle Constitution.

« Les citoyens doivent pouvoir donner leur avis avant que des décisions importantes ne soient prises par les responsables politiques », explique Tarik. « Un des principaux objectifs de Reforme.ma était d’informer les jeunes, de les inciter à lire et commenter la Constitution qui régirait bientôt leur pays ».

Les commentaires et propositions des internautes ont été soumis à la commission consultative chargée de la réforme de la Constitution. D’après Tarik, « 40% de ces contributions ont été prises en compte dans la nouvelle Constitution ».

En plus du succès de Reforme.ma et Floussna.ma (« dépenses transparentes ») – une initiative qui consiste à divulguer les dépenses publiques –, Tarik a lancé un troisième projet collaboratif, consacré cette fois-ci à la lutte contre la corruption.

Grâce au site Mamdawrinch.com (« nous ne nous laisserons pas corrompre »), toute personne victime ou témoin d’un acte de corruption (pot-de-vin, détournement de fonds, trafic d’influence, etc.) peut envoyer son témoignage de façon anonyme. Afin de protéger à la fois les témoins et les personnes qui pourraient être accusées à tort, chaque témoignage donne lieu à une vérification. Seuls les faits validés par Transparency Maroc, la branche marocaine de Transparency International, sont publiés de façon anonyme sur le site et les réseaux sociaux en vue de sensibiliser le grand public à la corruption passive – lorsqu’on accepte un pot-de-vin ou qu’on laisse faire la corruption.

Mawdawrinch.com senbilise les citoyens pour freiner la corruption

Internet permet aux jeunes de prendre les rênes du changement

Tarik fait partie de ces jeunes innovateurs qui ont ouvert la voie. Désormais, nombreux sont les jeunes marocains qui font appel aux nouvelles technologies pour accélérer le changement dans leur pays. Par exemple, le projet 475LeFilm.org qui vient d’être récompensé par les Bobs comme la « meilleur campagne d’activisme social ». La campagne a été créée par un collectif de jeunes Marocains et vise à faire abroger l'article 475 du Code pénal marocain, soit la loi qui permet à un violeur d’éviter des poursuites judiciaires en épousant sa victime, celle-ci étant généralement forcée d’accepter.

En bref, la priorité pour la jeunesse marocaine est que l’avis du peuple soit mieux pris en compte. Se constituer en collectif, voire en communauté virtuelle, s’avère une solution à la fois efficace et constructive pour accélérer le changement social déjà à l’œuvre.

En réduisant l’influence de groupes d’intérêts qui font pression sur le gouvernement, et en levant le tabou de la corruption, la jeunesse marocaine tente de peser en proposant un nouveau système de prise de décision, plus fiable, plus respectueux de l'avis des citoyens et plus transparent.