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Crowdsourcing : quand le changement émerge de la foule

Mamata Pokharel's picture

Note d'introduction : Le terme anglais « crowdsourcing » désigne littéralement une information « collectée et diffusée par la foule ». C'est une pratique en plein essor qui consiste à utiliser le savoir, les compétences et la créativité de volontaires pour récolter des informations et les diffuser.

Crowdsourcing par Aleem Walji

La Banque mondiale et Google viennent d'organiser récemment un « marathon cartographique », avec l'aide de membres de la diaspora soudanaise basés aux États-Unis, pour mieux localiser les sites et les infrastructures dans le Sud-Soudan.

Après cette manifestation, Aleem Walji, responsable des pratiques innovantes au sein de l'Institut de la Banque mondiale, a discuté en tête à tête avec Mamata Pokharel de Youthink! et abordé le potentiel offert par le « crowdsourcing » pour générer des changements.

Youthink! : Pouvez-vous nous dire en quoi le crowdsourcing s'applique au développement ?

Aleem W. :  La réalisation de cartes par les communautés est un exemple éloquent de l'utilisation du crowdsourcing dans le domaine du développement. De nombreuses régions de la planète restent peu ou mal cartographiées : nous ne connaissons pas le nom des villes, nous ignorons où se trouvent les écoles et les hôpitaux, alors que les habitants, eux, le savent.

Ils savent exactement ce qu'il y a dans leur village, leur ville, leur communauté ou juste à côté de chez eux.

L'initiative de s'appuyer sur les communautés pour établir des cartes part du principe que les gens « du cru » sont les mieux placés pour savoir ce qui se passe autour d'eux. Et c'est ce qui guide notre partenariat avec Google et les Nations unies dans le cas du Sud-Soudan : on se dit qu'en réunissant dans une même pièce des cartographes et des gens qui connaissent le Sud-Soudan, qui y habitent, on parviendra à produire des cartes de meilleure qualité.

On nous a rapporté le cas de travailleurs humanitaires en Afrique qui s'enquéraient de villages dont les gens du coin ne connaissaient même pas l'existence ! Et pour cause, ils utilisaient des cartes qui n'ont pas été mises à jour depuis plus de 80 ans… Si l'on fait participer les communautés, que l'on se base sur leurs connaissances pour dresser des cartes qui, ensuite, leur reviendront, tout le monde bénéficiera d'informations plus fiables et plus utiles.

Il ne s'agit pas seulement d'utiliser les connaissances des habitants, mais aussi de leur donner la parole et de nouer des partenariats.

YT! : Quelles sont les technologies qui permettent aux communautés les plus reculées de participer à ces efforts ?

Aleem W. : La technologie la plus puissante est celle qui est la plus répandue. La radio, par exemple, n'est pas vraiment une technologie de pointe, mais elle reste selon moi l'une des plus importantes dans les pays en voie de développement parce qu'elle touche tout le monde.

Mais les technologies les plus simples peuvent aussi se marier aux technologies de pointe. En Ouganda, par exemple, il y a une station de radio qui diffuse sur les ondes des questions du genre : « Où se trouve le pire nid de poule de Kampala ? ». Et les auditeurs envoient leurs réponses par SMS. La station regroupe ensuite les réponses recueillies auprès de centaines de personnes et les diffuse à des centaines de milliers d'auditeurs.

Actuellement, ces deux technologies sont tout particulièrement efficaces, non pas en tant qu'outils à proprement parler, mais du fait de leur taux important de pénétration.

En Afrique, 60 % des adultes ont accès à un portable. C'est en fait la région au monde où le taux de pénétration de la téléphonie mobile enregistre les plus fortes progressions. Aujourd'hui, le portable, ce n'est plus seulement téléphoner, c'est agir : ce qui veut dire que vous pouvez facilement produire et partager des données sur des sujets d'intérêt local. Vous allez ainsi pouvoir indiquer s'il y a des médicaments dans tel dispensaire, si un enseignant est bien présent à l'école, s'il y a de la nourriture dans le village. Cela donne l'occasion d'accéder à de nouveaux types d'informations et d'en créer.

YT! : Qu'est-ce qui déclenche un projet de crowdsourcing : la technologie ? l'existence d'un problème ? les gens ?

Aleem W. : C'est par les gens que ça doit commencer, par ceux qui connaissent les vrais problèmes, ceux qui en sont affectés. Les gens sont les acteurs du changement. Franchement, toutes ces technologies n'ont aucun intérêt s'il n'y a pas en face des citoyens impliqués. Vous pouvez donner aux gens la technologie, les informations et les données, mais s'ils n'ont pas le pouvoir d'agir collectivement en vue d'obtenir un changement social, rien ne se produira.

J'aime bien cette métaphore : même avec beaucoup de voitures et beaucoup de carburant, si vous n'avez pas d'automobilistes, les voitures ne rouleront pas toutes seules. Mais, si vous disposez d'une armée de personnes équipées pour prendre le volant et si vous leur donnez du carburant, c'est-à-dire des données, des informations, elles pourront aller loin. Mais il faut d'abord avoir des citoyens engagés qui veulent changer les choses. Et s'ils ont des ressources entre les mains, ils iront probablement très loin.

YT! : Quelles sont les caractéristiques démographiques de ces « bénévoles high tech » ? Est-ce que ce sont surtout des jeunes ?

Aleem W. :  Le changement vient effectivement en grande partie des jeunes. Lorsque vous jetez un œil sur les pays dont nous nous occupons, par exemple, au Moyen-Orient, plus de 65 % de la population a moins de 26 ans.

Et ce dont il est question ici, c'est de sociétés qui vont rester jeunes pendant des décennies. Ces jeunes sont à la recherche d'un emploi, à la recherche d'un sens à leur vie. Ils peuvent aussi bien être des vecteurs positifs du changement social ou perdre leurs illusions et devenir source d'instabilité. Pour qu'ils deviennent des vecteurs positifs du changement, il faut leur donner de l'espoir et des opportunités.

La communauté technique de bénévoles est constituée majoritairement de jeunes. Lorsque vous entrez dans une pièce pleine de cartographes, le style est plus jean que costumes. Ce sont en général de tout jeunes diplômés, conscients des problèmes auxquels leur société doit faire face et, à condition d'être correctement orientés, en mesure d'apporter des solutions.

Le concours Développeurs au service du développement, que nous avons organisé récemment, portait exclusivement sur des solutions de type crowdsourcing et la plupart des participants étaient des jeunes.

En fait, la question à se poser est la suivante : Comment pouvons-nous débrider la créativité de ces jeunes au très grand talent et à l'énergie débordante ? Ce sont eux qui vont nous montrer la marche à suivre et ils représentent le groupe majoritaire dans la plupart des pays dont nous nous occupons.

YT! : Il y a des technologies et il y a des bénévoles. Qu'ajoute la Banque mondiale à cette équation ?

Aleem W. :  La Banque mondiale apporte les capacités requises pour se concentrer sur les problèmes importants dans le monde. Nous sommes présents dans de nombreux pays et nous avons une bonne compréhension de leurs problèmes. Et nous sommes en mesure de rapprocher les personnes entre elles, qu'elles viennent du gouvernement, du secteur privé ou de la société civile, pour créer quelque chose de constructif.

Là où nous pouvons vraiment être importants et efficaces, c'est en créant des lieux, des passerelles, des opportunités, qui permettent de rassembler développeurs et experts en développement. Lorsque ces deux communautés sont réunies, cela peut donner des résultats aussi puissants qu'inattendus.

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