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À Kono, les jeunes sierra-léonais sont en première ligne sur le front de la paix

Jessica Sinclair Taylor's picture

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« Kono est connu pour être un district particulièrement agité, mais finalement, les élections se sont déroulées paisiblement », raconte en souriant Ibrahim Fanday, président de la commission Jeunesse de Kono. Même son de cloche chez Martha Lewis, membre du réseau local des femmes : « Une zone sensible, Kono ? Pas le moins du monde ! »

Lorsque les électeurs ont été appelés aux urnes en Sierra Leone en novembre 2012, on craignait depuis des mois que ces élections très disputées n’engendrent une flambée de violence. On pensait que Kono, le district qui a le plus souffert des dix années de guerre civile, et qui est surtout connu pour son instabilité et ses mines de diamants, serait au centre de l’agitation.

Les élections se sont déroulées sans perturbation majeure et les observateurs de l’Union européenne ont déclaré qu’elles avaient été libres et régulières. Ibrahim pense que les jeunes de Kono y sont pour quelque chose car ils ont joué le rôle d’« ambassadeurs de la paix » dans leurs communautés. La fierté d’Ibrahim, je l’ai retrouvée dans les propos de tous ceux avec qui j’ai discuté. En réussissant à organiser des élections pacifiques et à obtenir un taux de participation de 87,3 % de la population, la Sierra Leone semble avoir franchi un cap, tant du point de vue national qu’aux yeux de la communauté internationale.

Et pourtant, quelques semaines après mon départ de Kono, deux grévistes allaient être tués sous les balles de la police alors que les forces de l’ordre tentaient de disperser la foule rassemblée pour dénoncer les mauvaises conditions de travail et le manque de sécurité dans les mines.

Ces troubles sont la manifestation du désespoir des jeunes de Kono, un district qui cumule nombre des problèmes qui se posent en Sierra Leone, l’un des pays les plus pauvres de la planète, où le taux de chômage des jeunes atteindrait 70 %.

Malgré la présence de mines de diamants et de coltan, la population locale ne bénéficie guère des richesses qui sont extraites du sol. Ceux qui ont la chance de se faire embaucher par la compagnie minière n’obtiennent que des contrats temporaires, qui peuvent être résiliés à tout moment sans préavis. Le plus souvent, c’est une visite médicale humiliante qui sert de prétexte à un licenciement.

L’exploitation minière et le chômage des jeunes constituent un problème très visible et à forte connotation politique. Les jeunes sont impatients et critiquent le pouvoir en place, très conservateur, qui ne semble pas faire grand-chose pour répondre à leurs besoins. Comme l’a déclaré un ancien combattant, aujourd’hui leader de la jeunesse, « la patience ne durera pas ».

Il n’est pas facile de percevoir une issue à cette situation dans un contexte politique autant grevé par la corruption et le népotisme (Transparency International classe la Sierra Leone à la 123e place sur 174 pays dans son indice de perception de la corruption pour 2012). Cependant, les groupes de jeunes sont bien organisés. Soutenus par une ONG locale (Democracy Sierra Leone), ils organisent avec d’autres groupements de la société civile des forums avec les chefs locaux et les députés. Lors d’une rencontre récente, 14 chefs locaux ont accepté d’appuyer un fonds collectif, alimenté par les contributions des sociétés minières de toutes tailles, afin de financer des formations pour les jeunes. Même si ce fonds n’est pas encore constitué, les groupes de jeunes savent désormais pourquoi ils font des efforts, car les chefs leur ont promis de les aider. Dans la vidéo ci-dessous (en anglais), Ibhrahim Fanday parle de son travail avec l’ONG locale et de ses espoirs concernant le nouveau fonds.

Malgré les défis gigantesques que rencontrent les jeunes sierra-léonais, on perçoit un sentiment d’optimisme et d’unité, comme en témoigne la satisfaction qui a accompagné la tenue pacifique des élections, et, en général, un rejet de la violence. La Sierra Leone doit combattre la pauvreté et gérer ses ressources naturelles de façon durable et équitable. Elle doit écouter tous ses citoyens. Le programme Mwananchi collabore avec des organisations de la société civile locales (dont la Campaign for Good Governance] pour épauler ce processus.  

Crédits photo : Mwananchi-Africa

Commentaires

Les nouvelles de Sierra Leone semblent très contrastées. Avec une forme de coupure entre l'apparence donnée au niveau international et les faits de terrain d'où ressort une violence latente qui ne semble pas prise en compte dans les discours officiels.

Laurent, merci pour ton message. L'objectif de ce post n'est pas de minimiser la situation en Sierra Leone mais de montrer qu'il persiste une lueur d'espoir parmi tous ces jeunes qui s'engagent et qui participent, avec les moyens qu'ils ont, à l'apaisement des tensions politiques. Il me semble que l'avenir du pays dépend en grande partie de ceux qui gardent espoir et qui parviennent à le transmettre. Qu'en penses-tu ?

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