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La participation des jeunes au Sommet international des coopératives

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Participation des jeunes au Sommet internationale des coopératives 2012 Québec

Youthink! a rencontré Stéphanie Guico, chargée du Programme « Futurs leaders coopératifs » dont le but est d'encourager la participation des jeunes employés et dirigeants de coopératives (âgés entre 20 et 35 ans) durant le Sommet international des Coopératives qui se déroulera du 8 au 11 octobre 2012, dans la ville de Québec (Canada).

Youthink! : Bonjour Stéphanie. D'abord, peux-tu nous raconter le parcours qui t'a menée jusqu'au Sommet des Coopératives ?

Stéphanie Guico : En 2008, je suis allée travailler plusieurs mois au Honduras au sein d'une fédération de coopératives agricoles, c'est là que j'ai vécu mon « éveil coopératif ». À mon retour au Canada, j'ai fait une Maîtrise en Gestion d'entreprises coopératives pour laquelle j'ai rédigé un mémoire sur les enjeux de gouvernance stratégique des coopératives de solidarité au Québec. Durant ces études, j'ai intégré une coopérative de solidarité et, un jour, j'ai été invitée à donner mon opinion sur le rôle des jeunes dans le mouvement coopératif. Quelques semaines plus tard, on me contactait pour me proposer de porter le projet des « Futurs leaders coopératifs ».

Youthink! : Peux-tu nous expliquer en quoi, à ton avis, le modèle des coopératives est-il plus intéressant que celui des entreprises privées classiques ?

Stéphanie Guico : Il faut savoir que là où les entreprises coopératives se sont développées, le PIB et le niveau de vie tendent à être plus élevés et le taux de chômage plus bas qu'ailleurs. Je pense entre autres aux régions d'Emilia Romagna en Italie et de Mondragon dans le Pays Basque espagnol.

D'autre part, mon expérience au Honduras m'a permis de constater que les villages qui comptaient; ne serait-ce qu'une seule coopérative prospère; tendaient à avoir un meilleur accès aux services sociaux : écoles, cliniques, terrains de jeux, routes et transports, etc. Ces infrastructures sont construites avec l'appui financier des coopératives locales qui réinvestissent une partie de leurs profits annuels dans l'amélioration des conditions de vie de leur communauté.

Du fait de cet ancrage dans la communauté, les coopératives auront aussi moins tendance à mettre la clé sous la porte en période de crise économique. Certaines coopératives choisissent de diminuer leur production et de réduire les heures de travail, comprenant que cette solution est plus favorable sur le long terme que celle qui consisterait à cesser toute activité (d'autant que, souvent, la crise est temporaire tandis que la fermeture, elle, est définitive). On a constaté, durant les mois qui ont suivi la crise économique de 2008, que les coopératives se révélaient plus résilientes que les entreprises privées, qui ont souvent décidé de fermer leurs portes ou de déplacer leur production.

Les coopératives offrent aussi une option entrepreneuriale aux jeunes qui ont des difficultés à trouver un emploi. Les jeunes créent ainsi leur propre emploi et leur propre entreprise de manière collective, collectivisant le capital de départ et entreprenant ensemble. Cette tendance est particulièrement forte au Québec, où un bon nombre des coopératives développées dans les dernières années œuvrent dans des secteurs moins conventionnels et sont constituées par des jeunes.

YT! : Quels sont les objectifs du Sommet international des coopératives ?

Stéphanie : C'est une sorte de « Davos des coopératives », c'est-à-dire qu'il s'agit de réunir des dirigeants d'entreprise, des responsables politiques du monde entier ainsi que des intellectuels et des journalistes, afin de débattre des problèmes les plus urgents de l'économie mondiale, en s'appuyant sur le système des coopératives. Il va rassembler 1 500 coopérateurs venus du monde entier autour de quatre thèmes :

  • la place des coopératives et des mutuelles dans l'économie mondiale;
  • la performance du modèle coopératif et mutualiste;
  • l'évolution du modèle coopératif et mutualiste;
  • l'influence sociopolitique mondiale des coopératives et des mutuelles.

Le Sommet est organisé par Desjardins (une coopérative financière québécoise), l'Alliance coopérative internationale et l'Université canadienne St Mary dans le cadre de l'Année internationale des coopératives. Le principal objectif est de faire connaître le rôle des coopératives sur l'échiquier mondial et d'entamer des discussions stratégiques afin de bâtir un véritable mouvement qui stimulera le progrès économique et social.

YT! : Comment le Programme des futurs leaders coopératifs (PFLC) est-il né ?

Stéphanie : Le PFLC est né de deux constats. D'abord, il faut savoir que de nombreuses coopératives ont des difficultés à recruter une « relève ». Faute d'information sur le modèle coopératif, les jeunes s'orientent rarement vers des carrières dans des entreprises coopératives. Il est donc important d'aborder le sujet de l'intégration des jeunes et d'intégrer des représentants de la jeunesse coopérative dans le débat.

D'autre part, suite à la crise financière mondiale, le modèle économique a été profondément remis en question. Des changements sont nécessaires, et on sait désormais que le système des coopératives favorise une économie plus juste et plus équilibrée. Or ce sont les jeunes qui sont les acteurs du changement et qui vont décider de l'évolution de l'économie mondiale. C'est pourquoi il est primordial que les jeunes participent à ce sommet.


Pour plus de détails sur les conditions d'inscription, consulter le site du Sommet international des coopératives.

Pas sûr de bien comprendre le principe des coopératives ? Ne manquez pas notre billet intitulé Coopératives et développement : un secret de Polichinelle.

Commentaires

Le problème des coopératives au Québec, c’est la méconnaissance par le grand public (modèle peu enseigné à l’école et par les médias incapables de sortir de la facilité du discours dominant.  Keynes disait que « La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d’échapper aux idées anciennes. »

Plus de 8 millions de Québécois sont membres ou consomment des produits coop sans le savoir. Qu’ils aient leur compte chez Desjardins ou que les aliments proviennent du géant coop Agropur, ils ne voient pas la différence avec l’entreprise privée traditionnelle. Méchant défi pour les coopératives pour vulgariser leurs valeurs et principes. On dit que ces valeurs se sont envolées dans le sillage de l’Église

Pourtant le poids économique des coopératives au Québec est imposant :
- 3 300 entreprises coopératives et mutuelles
- 8,8 millions de membres (particuliers et entreprises)
- 92 000 emplois
- 25,6 milliards $ de chiffre d'affaires
- 173 milliards $ d'actif
- 60 % des emplois sont situés dans des coopératives en région
- 16 coop non financières ont plus de 75 ans d’existence)
- Elles créent plus d’emplois que les autres types d’entreprises.
- De 2003 à 2007, le nombre d’emplois nets dans les coopératives non-financières (création moins disparition d’emplois) a progressé de 12,4 % ou 3,1 % par année. Pendant la même période dans l’économie du Québec le nombre d’emplois nets a progressé de 6,1 % ou 1,5 % par année
Les coopératives présentent un taux de survie deux fois plus élevé que les entreprises traditionnelles, et ce, après cinq ans (62 % vs 35 %) ou dix ans (44 % vs 20 %)

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