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Les jeunes en première ligne du mouvement anti-corruption

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Ce billet, publié initialement sur le site de l'Institut de la Banque mondiale (WBI), a été rédigé par Joseph Mansilla et Boris Weber.

jeunes contre la corruption. Photo: © Bunga Manggiasih/GYAC Jiwo Damar Anarkie est indonésien et il a cofondé une ONG pour sensibiliser à la corruption dès le plus jeune âge (Future Leaders for Anti-Corruption ou FLAC) : il se rend dans les écoles élémentaires du pays pour inculquer l’intégrité aux enfants grâce à des spectacles de marionnettes.

« Ils sont très jeunes, encore à l’âge où l’on peut modeler le caractère. Raconter des histoires est l’un des moyens les plus efficaces d’y parvenir », explique le jeune homme.

L’ONG a commencé par effectuer une première tournée dans quatre écoles à Jakarta, puis a noué des partenariats avec la commission anti-corruption mise en place par le gouvernement, la KPK (Komisi Pemberantasan Korupsi). Cette collaboration a permis à l’équipe de toucher davantage d’établissements dans plusieurs villes, et aussi de former davantage de conteurs et d’acheter des marionnettes.

Aujourd’hui, l’ONG bénéficie d’une reconnaissance mondiale : à l’issue d’un concours international, Jiwo Damar Anarkie a été sélectionné pour participer à la troisième édition du forum « Global Voices Against Corruption » qui s’est tenu à Brasilia, au Brésil, les 5 et 6 novembre 2012. Ce forum a précédé la 15e Conférence internationale anti-corruption (IACC), laquelle s’est déroulée du 7 au 10 novembre, et en était également l’un des partenaires.

Une centaine de responsables de la société civile, journalistes, experts des technologies de l’information et des communications (TIC) et musiciens de 49 pays étaient réunis dans le cadre du forum, organisé par le réseau Global Youth Anti-Corruption (GYAC). Ce « réseau mondial des jeunes contre la corruption » est soutenu par l’Institut de la Banque mondiale (WBI) et totalise aujourd’hui 1 500 membres sur sa plateforme en ligne ; il s’agit de l’une des structures appuyées par le WBI  qui enregistrent l’essor le plus rapide.

Le forum a permis aux participants d’étoffer ensemble leurs compétences et leur savoir dans le domaine de l’utilisation des TIC afin de les mettre à profit dans leurs activités : bonne gouvernance, gestion de projets, levée de fonds, journalisme citoyen, networking ou encore approches novatrices de la responsabilité sociale.

Parmi les intervenants, il y avait des jeunes responsables d’organisations, des membres du GYAC qui ont mis en œuvre des projets dans leur pays grâce à des petites subventions accordées par le réseau, des représentants du programme Global Changemakers du British Council, ainsi que Vinicius Wu, du cabinet numérique (Gabinete Digital) de l’État brésilien du Rio Grande do Sul. Enfin, il y avait aussi des experts du WBI : son vice-président, Sanjay Pradhan, Robert Hunja, chef de l’équipe Open Government, Boris Weber, spécialiste senior de la gouvernance et Keith McLean, économiste senior en développement social.

« Dans mon combat contre la corruption, j’ai toujours entendu le même refrain, 'C’est très difficile'. Mais rien de tel ici, a notamment déclaré Sanjay Pradhan, lors de la conclusion du forum. Vous incarnez l’énergie, l’engagement, la passion, l’enthousiasme, la mobilisation dans la lutte contre la corruption, et c’est ce dont nous avons désespérément besoin. »

Le changement vient des jeunes leaders

Jeunes engagés contre la corruption au Brésil
Photo : © Mariana Ceratti / Banque mondiale
 

Le GYAC avait par ailleurs invité au forum dix jeunes militants de l’association Amarribo, Jr., un groupement de lutte anti-corruption œuvrant au Brésil, avec l’objectif d’approfondir ses liens à l’échelle nationale et régionale dans ce pays. Parmi eux figurait Liana Morisco, qui a reçu des menaces pour avoir publié des écrits à propos d’un homme politique corrompu.

La militante brésilienne a livré ce message percutant : « Les gens ont peur [de s’attaquer à la corruption] parce que les menaces les effraient. Des gens qui combattaient la corruption ont été assassinés, leurs voitures et leurs maisons ont été détruites… [mais] une fois que vous êtes dans la lutte contre la corruption, vous ne pouvez plus en sortir. Ils nous menacent pour qu’on arrête. Mais si on cesse de se battre, alors ils auront gagné. »

Grâce au réseau GYAC et au 3e forum Global Voices Against Corruption, des partisans de la lutte anti-corruption tels que Liana Morisco ont pu trouver des alliés et des partenaires en Amérique latine et dans le monde entier. Ces partenaires ont quant à eux pu familiariser les militants avec les meilleures pratiques et les actions collaboratives mais aussi leur faire connaître ce qui se passe de nouveau dans la lutte contre la corruption.

La Conférence internationale anti-corruption a mis en avant le rôle des jeunes

À la suite du forum, se tenait la conférence IACC. Celle-ci s’est clôturée sur la Déclaration de Brasilia, qui appelle les « pouvoirs publics, les entreprises et la société à opter pour la transparence, gage d’une participation ouverte à tous ». Pendant ces quatre jours de conférence, où étaient rassemblés plus de 1 500 participants de la société civile et du secteur privé ainsi que des chefs d’État, on a surtout pu constater la place croissante de la jeunesse dans la lutte contre la corruption.

Les membres du GYAC ont animé un atelier intitulé Jeunesse, musique et TIC dans la lutte contre la corruption, à l’occasion duquel ils ont présenté des initiatives lancées par des jeunes dans le cadre de leur réseau ou telles que Fair Play Anti-Corruption Youth Voices et Checkmyschool.

La musique joue un rôle clé dans la promotion de l’intégrité chez les jeunes. En 2012, les vidéos en lice sur le site de Fair Play pour ce concours de chansons sur le thème de la corruption ont attiré plus de 70 000 votes en ligne. Ce programme a récemment remporté l’un des prix du Sommet mondial pour la jeunesse, sponsorisés par les Nations Unies. Grâce au WBI, le réseau GYAC a aussi collaboré avec Jeunesses Musicales International (JMI) pour un concert donné le dernier jour de la conférence, lors duquel se sont produits les groupes lauréats de l’édition 2012 du concours musical Fair Play.

Une séance plénière spéciale de l’IACC, organisée conjointement par GYAC et Transparency International, a été consacrée à l’avenir de la lutte contre la corruption. « Le combat contre la corruption n’a rien d’amusant. Il ne s’agit pas de conférences, de photos, de publicité. C’est un travail au quotidien », a expliqué Elena Panfilova, directrice de Transparency International-Russie, qui s’est ralliée à cette cause lorsqu’elle était jeune militante.

« Il faut que la corruption coûte plus cher à ceux qui la pratiquent. Comment pouvons-nous infléchir les incitations ? Comment faire en sorte que les dirigeants corrompus soient inéligibles ? Que le personnel corrompu ne puisse plus être recruté ? Il faut que la corruption ne soit plus une option envisageable », a déclaré Rajiv Joshi, directeur des programmes chez Global Call to Action Against Poverty (GCAP).

» En savoir plus sur les activités du réseau GYAC lors de la 15e édition de l’IACC

Note : les liens en bleu sont disponibles en français.

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